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Critiques

Substance, Claro (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 19 Décembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Substance, août 2019, 352 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

 

Après une vingtaine de livres, Claro, né en 1962, propose ici un livre complètement hors cadre, déjeté, décalé, nourri d’une fiction qui mêle personnages réalistes, science-fiction, théorie sur les ectoplasmes, réflexions nombreuses sur la vie, la mort.

Tout se passe dans la ville natale de Bachelard, Bar-sur-Aube, autant dire la province la plus reculée. On y trouve Benoît, narrateur, et sa Tante, qui l’a recueilli après la DASS, les trois amies de la Tante, Ginèbre, Jacqueline, Yvette, sans oublier Marguerite, qui a été « abductée » par des puissances spatiales…

Tout ce petit monde vit dans des maisons hors du temps, poussiéreuses ; on y pratique le spiritisme, on y croit à la « substance » des ectoplasmes, ces fluides des humains, conservés comme des fioles.

Jacques Cauda : Profession de foi / Vita Nova (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 18 Décembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

. Ecrivain(s): Jacques Cauda

 

Profession de foi, Tinbad, octobre 2019, 144 pages, 18 €

Vita Nova, Editions Unicité, mai 2018, 108 pages, 14 €

 

« Au delà de l’expression “manger des yeux”, la peinture a beaucoup à voir avec le corps bu et le corps mangé. Boire ses paroles, dit-on, car les images sont des paroles silencieuses qui s’échangent de l’un à l’autre » (Profession de foi).

« Pédaler n’est-il pas ajouter du sien à la réalité du paysage, de la même façon qu’écrire distingue la réalité du monde d’avec l’acte qui en même temps le dépose ? Mémoire des mains pour mémoire des jambes… » (Vita Nova).

La Paria, Claude Kayat (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 18 Décembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Editions Maurice Nadeau

La Paria, Claude Kayat, octobre 2019, 235 pages, 19 € Edition: Editions Maurice Nadeau

 

La Paria met en scène une sombre et émouvante transposition du Roméo et Juliette de Shakespeare. Au décor de Vérone dans le contexte du XIVe siècle se substitue le cadre de deux villages voisins en Galilée au XXe siècle. Ici les Montaigu sont les Appelbaum, colons israéliens d’une part, et les Capulet sont représentés par la famille bédouine de Karim d’autre part. Yoram Appelbaum endosse le statut de Roméo, et Juliette est réincarnée en Fatima. Quant à Tybalt, le cousin jaloux de Juliette, il se nomme ici Brahim, cousin germain de Fatima.

Le théâtre nocturne du jardin des Capulet, où se rencontrent Roméo et Juliette, est transposé dans un site archéologique désert entre les deux villages de Galilée où Yoram et Fatima se déclarent initialement leur amour puis se retrouvent plusieurs nuits de suite pour des étreintes de plus en plus ardentes, et forcément fatales. Evidemment, les similitudes se limitent à cette trame héritée de la tragédie classique.

Ceux qui partent, Jeanne Benameur (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 17 Décembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Ceux qui partent, août 2019, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jeanne Benameur Edition: Actes Sud

 

Éloge du départ

Après un récent recueil de poésie, L’exil n’a pas d’ombre (éd. Bruno Doucey), Jeanne Benameur continue, avec son nouveau roman, Ceux qui partent, d’explorer les profondeurs de l’exil. La fiction se déroule en 1910 où des émigrants venus de différentes terres débarquent sur l’île Ellis Island, à l’entrée de New-York. Ici, ils doivent attendre et passer les contrôles avant leur acceptation sur le sol américain. Leur vie est suspendue entre la terre quittée et la terre d’accueil. « Nous sommes, nous, ici en longues files, attendant dans une brèche du temps, coincés entre deux tours d’horloge. Notre vie est suspendue » (p.106).

Parmi les nombreux émigrants, il y a les deux Italiens, Donato et sa fille Emilia. Lui est un célèbre comédien, fou passionné de L’Enéide de Virgile qu’il porte toujours dans sa main ; sa fille sait peindre. Il y a aussi Esther, la jeune Arménienne, et Gabor, le violoniste… Le seul personnage qui ne vient pas d’ailleurs est Andrew. C’est un jeune Américain qui vient sur l’île pour photographier les arrivants. La beauté d’Emilia le secoue et bouleverse ses sentiments, les photos de l’île le mènent au secret de ses origines et ses ancêtres.

Les Jungles rouges, Jean-Noël Orengo (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 17 Décembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Grasset

Les Jungles rouges, août 2019, 268 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jean-Noël Orengo Edition: Grasset

 

Le dernier et très beau roman de Jean-Noël Orengo, Les Jungles rouges, marque à nouveau l’élection de l’Asie du Sud-Est comme « matière » romanesque par son auteur. En effet, son premier roman, La Fleur du Capital, évoquait Pattaya, ville-bordel de Thaïlande. Ce nouveau livre nous plonge dans l’histoire complexe et violente de ce qui fut L’Indochine française et devint le Cambodge des Khmers rouges, le Vietnam de la guerre. Bangkok, quant à elle, se révèle comme le lieu des échappées et la France, celui des exils politiques ou biographiques. Le roman traverse aussi le temps, s’ouvrant en 1924 et se refermant en 2016. Durant cette longue période, la trame romanesque construite en triptyque entrelace des épisodes autour des personnages, jouant ainsi sur des apparitions, des disparitions successives sur le principe du récit choral et sa résolution finale où les principaux personnages voient leur destin s’accomplir. Les personnages qui se croisent, au fil des époques, sont à la fois empruntés à l’Histoire comme le couple Clara et André Malraux en voleurs de biens archéologiques, ou plus tard André en journaliste anti-français.