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Critiques

Sœurs dans la guerre, Sarah Hall (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 25 Juin 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Rivages

Sœurs dans la guerre, mai 2021, trad. anglais, Éric Chedaille, 300 pages, 20 € . Ecrivain(s): Sarah Hall Edition: Rivages

Les centurionnes

Le roman Sœurs dans la guerre se présente comme un document de profilage d’archives, du fichier 1 au fichier 7. Nous allons suivre la quête de Sœur, le personnage principal, depuis une cité, Rith, située dans un secteur « où rodaient les chiens sauvages ». La description des humeurs humides d’une planète nécrosée, ravagée du point de vue climatique, « un fumoir à poisson », d’où s’échappent des miasmes léthaux, provoque la nausée. Les souvenirs de famille, la routine réconfortante, ont cédé la place à un enfer. Les survivants de l’ancien monde sont parqués sur des aires surveillées, répartis dans un habitat insalubre – un univers orwellien. De ce monde périmé ne subsiste plus qu’une « version fantomatique », au milieu « des débris non identifiables ». « La réorganisation », « l’effondrement » qualifient ce no man’s land cauchemardesque.  Il n’y a plus que désolation et pillage, il ne subsiste que des ruines, noyées sous la boue et les ordures. Les administrés sont prisonniers d’un camp sous contrôle de « sbires » au service d’un régime totalitaire, militaires et mercenaires. Il s’agit de « la zone », un endroit non répertorié, une arrière-base où les citoyens sont encagés, d’où il est impossible de s’échapper sans encourir de graves dangers. L’eau courante est réduite, l’électricité coupée, les pluies, les inondations, les ruisseaux, les égouts infiltrent les murs, les appartements, les rues.

Un oiseau de feu, Susan Sellers (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 25 Juin 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Mercure de France

Un oiseau de feu, Susan Sellers, Traduit de l’anglais par Constance Lacroix, mai 2021, 354 pages, 23,50 € Edition: Mercure de France

 

Nous avons tous entendu parler de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, écrite dans les années trente par John Meynard Keynes, professeur renommé et économiste de son état, auteur de la doctrine économique associée à son nom : le keynésianisme. Susan Sellers, dans une biographie romancée, évoque ce personnage sous un tout autre angle : celui de sa vie privée, de ses repères moraux, de sa conduite, de ses relations mondaines, littéraires avec le groupe de Bloomsbury, auquel appartenaient entre autres Virginia Woolf, Stephen Woolf, son époux, Lytton Strachey, écrivain, Bell Clive, critique d’art, ou encore Vanessa Bell, sœur de Virginia, peintre et décoratrice.

C’est à un duo que nous convie Susan Sellers, un rendez-vous culturel entre Keynes, un universitaire reconnu, embourgeoisé, issu de Cambridge, un pur produit de l’élite britannique ; et Lydia Lopokova, une danseuse russe, dont la formation et l’arrière-plan artistique sont forcément marqués par l’empreinte des Ballets russes, de Diaghilev, et de Nijinski. Cette artiste a rencontré Mikhaïl Fokine, célèbre danseur chorégraphe russe, Isadora Duncan, danseuse en rupture avec les canons de la danse classique.

Le peuple de Manet, Marc Pautrel (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 24 Juin 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Le peuple de Manet, juin 2021, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Gallimard

 

« Il a vu des morts, il va montrer des vivants, il n’a pas pu sauver ceux-là, il va rendre éternels les autres, tous les corps glorieux qu’il croisera, les humains et leurs visages, parfois même les perroquets ou les chiens, et jusqu’aux fleurs, les pivoines, les roses, l’hibiscus dans les cheveux d’une femme offerte, les violettes, les lilas, les tulipes, les œillets et les clématites dans leurs vases de cristal. La vraie vie vécue dans l’étendue du Temps ».

Manet est au cœur de la mitraille ce 4 décembre 1851, Paris se révolte, c’est là dans les rues que le peintre apprend à voir sur le motif. Il voit des corps, du sang, les barricades, la charge des dragons, l’œil est dans sa main, et sa main dessine, c’est sa manière de se mêler à la révolte. Vingt ans plus tard, c’est la Commune, Manet est loin de Paris, il y revient à la fin de la « Semaine sanglante », une nouvelle fois, c’est la mort, les larmes et les fusillés : contraire exact de l’Art, et donc contraire à la vie.

May Fly, Gérard Coquet (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 23 Juin 2021. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Roman, Jigal

May Fly, Gérard Coquet, mai 2021, 256 pages, 18,50 € Edition: Jigal

 

La mouche de mai est un insecte éphémère dont raffolent les farios, ces truites sauvages à la robe ornée de gros points rouges comme autant de gouttelettes de sang, qui pullulent dans les eaux pures des rivières irlandaises. C’est surtout le leurre préféré des pêcheurs à la mouche, et principalement, dans ce dernier roman de Gérard Coquet, le symbole d’une histoire où mensonges et manipulations, distillés par l’ex-comptable d’une organisation de blanchiment de l’argent de Daesh basée dans les pays de l’Est, fonctionnent à merveille pour brouiller les pistes et déstabiliser une enquêtrice de la Garda. Il faut préciser que l’homme a eu la très mauvaise idée de détourner une grosse somme d’argent et que son salut ne tient qu’à un fil : celui de sa sécurité qu’il négocie auprès des autorités policières irlandaises en échange de renseignements sur les comptes secrets de l’organisation.

La vie sans savoir, Christophe Etemadzadeh (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 23 Juin 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Arléa

La vie sans savoir, Christophe Etemadzadeh, janvier 2021, 398 pages, 21 € Edition: Arléa

 

Du côté de chez Etemadzadeh.

En 2006, dans Zardosht et autres pièces du puzzle (Gallimard), Christophe Etemadzadeh évoquait déjà la figure paternelle dans un récit autobiographique qui avait été salué par la critique. Quinze ans plus tard, dans La vie sans savoir, l’auteur revient sur les douze premières années de son enfance lilloise et sur ceux qui l’ont entouré, parmi lesquels son père qui fera « ce que font les autres hommes : boire, fumer, refaire le monde, jouer aux échecs, tromper sa femme », qui quittera la maison et dont le narrateur n’entendra plus parler pendant longtemps.

Dès les premiers mots, Christophe Etemadzadeh inscrit son texte dans la lignée des autobiographies les plus classiques : « Je suis né en septembre 1975, à Lille, de Zardosht Etemadzadeh et de Catherine B ». L’état-civil de ses parents ayant été déclaré, le pacte signé, le narrateur peut se lancer dans le récit de sa vie, même si du tout début de sa vie, il n’a rien à dire : « Si je me fie aux souvenirs qui m’appartiennent en propre, il ne s’est rien passé au cours de mes deux premières années ».