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Critiques

Ceci est mon sang, Olivier Véron (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 20 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Ceci est mon sang, Olivier Véron, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, septembre 2025, 160 pages, 15 €

Au mois d’octobre 2025, l’Église catholique a commémoré le soixantième anniversaire de la déclaration Nostra Aetate. Ce document, qui selon l’usage a reçu son nom des premiers mots du texte original latin, fut un fruit, moins amer que les autres, du second Concile du Vatican, un événement qui s’éloigne inexorablement dans le temps et auquel seuls les fidèles les plus âgés (la fameuse génération des boomers) font encore référence. Le débat est toujours ouvert, quant à savoir si ce concile, dont un des buts avait été de remédier (déjà) à une désaffection croissante des églises, fut ou non la matrice de la catastrophe à venir et quelle fut la responsabilité des Pères conciliaires les plus progressistes, qui aboutirent entre autres choses à un alignement du catholicisme sur la Réforme, dont il ne s’est jamais remis.

Nostra Aetate fut, dit-on, le résultat d’une rencontre entre le pape Jean XXIII et Jules Isaac, l’historien bien connu, auteur du séminal Jésus et Israël (1948). Mais la déclaration conciliaire provenait de plus haut. Lorsqu’il était encore Angelo Roncalli, délégué apostolique à Istanbul, le futur Jean XXIII délivra des milliers de visas à des Juifs, leur permettant d’échapper à la mort (voir Alexandre Adler, Une Affaire de famille. Jean XXIII, les Juifs et les Chrétiens, 2014).

Dans la peau d’un Buster Keaton, Stéphane Botti (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 19 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Dans la peau d’un Buster Keaton, Stéphane Botti Éditions La Trace – Janvier 2026 200 pages – 20 €

Suivant la déclaration du protagoniste de ce roman, « le hasard n’existe donc pas ». Partant de ce principe, on peut admettre que son nom, Hector Follet, ne peut être le fruit du hasard : en effet, ce patronyme nous laisse entrevoir la quête, difficile, volontaire et émouvante, du personnage, c’est-à-dire la quête de sa propre grâce, justement celle d’un feu follet, celle d’une silhouette qui voudrait s’effacer subrepticement en ne cessant pas d’être présente, celle d’une âme suffisamment déraisonnable pour être remarquée avec admiration, celle d’une souplesse du corps et de l’esprit prêts à lui faire atteindre les moments de grâce de sa vie.

Hector Follet (donc) rencontre Solène Vérel le jour de ses dix-huit ans, par pur « hasard ». « Pour nous aider à y voir clair, ce qu’on nomme le hasard distille sur notre chemin des êtres, des émotions, des indices. » (p. 188) Il tient coûte que coûte à lui rendre le bonnet péruvien qu’elle a égaré dans le métro : sa restitution n’interviendra pourtant que bien longtemps après. À travers cet objet formant la boucle de notre histoire, le passé d’Hector Follet nous est révélé, et sa témérité à séduire Solène, dépassant l’apparente gaucherie et la carence d’estime personnelle qui le caractérisent, l’emmènera sur les routes d’un grand artiste : Buster Keaton.

James, Percival Everett (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 16 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

JAMES, Percival Everett, éditions de L’Olivier, 2024 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, 283 pages. Edition: L'Olivier (Seuil)


As-tu lu le roman de Mark Twain, Les Aventures de Huckleberry Finn, paru à Londres en 1884 ?

Avant de lire James, tu dois savoir qu’il est la réponse de Percival Everett au livre de Mark Twain. L’hommage. La suite ou une recomposition, peut-être même un parti pris. La continuité d’une écriture, de 1884 à 2024. Le narrateur n’est plus l’enfant, Huck, le narrateur c’est Jim. Jim est l’esclave qui ose dire Je. Défier le langage.

L’attente constitue une grande partie de la vie d’un esclave, qui attend et attend qu’on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. La récompense chrétienne, juste et méritée, au bout du bout.

Bastard Battle, Céline Minard (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 14 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Tristram, Cette semaine

Bastard Battle, Céline Minard, Ed. Tristram souples, 114 p. 7,95 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Tristram


A bele hystoire Minard nos conviet. Dans un bonheur permanent de jeux avec notre langue telle qu’elle fut au XVe siècle, agrémentée de clins d’œil et d’anachronismes, avec une dextérité folle et une jouissance débordante, ce bref roman nous jette dans la folie sans frein des hommes de guerre, abreuvés de sang, nourris de ripailles, ivres de vin et de sexe. Pochade sanglante et débridée, ce récit – loin des sources historiques – est irrésistiblement cinématographique, proche de Tarantino, revisitant Les sept samouraïs, et en allusion directe aux Kill Bill.

C’est ainsi que le quatre septembre mil quatre cent trente sept, nous autres sept samouraïs avons pris Chaumont ville et chasteau, et c’est ainsi que le cinq du mesme mois mil quatre cent trente sept, à prime, tant court vitement le bruict, nous recevions toute la menuaille des gens de la hourde d’Enguerrand, demandant asile et résolus à defendre les murs, item gens de commerce anciennement enfuis ou chassés, item divers artisans.

Paolina - Mystères du Coperto des Figini, Iginio Ugo Tarchetti (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Mardi, 13 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Italie

Paolina - Mystères du Coperto des Figini, Iginio Ugo Tarchetti, Traduction : Elena Miraglia Lambert, Les défricheurs, 138 p, 15€.


Iginio Ugo Tarchetti (1839–1869) est un écrivain italien lié au mouvement de la Scapigliatura, une avant-garde littéraire et artistique née à Milan dans les années 1860. Anticonformiste et critique envers les valeurs religieuses et patriotiques du Risorgimento, il développe une œuvre marquée par le fantastique, le pessimisme et la satire sociale. Mort à trente ans, il laisse des romans, des poèmes et des récits qui annoncent les bouleversements esthétiques de la modernité.

La traductrice : Elena Miraglia Lambert, née à Turin, enseigne la littérature italienne entre l’Europe et l’Amérique latine. Elle s’intéresse à la Scapigliatura milanaise du XIXe siècle et a publié en 2024 dans la revue Daïmon une traduction française d'un texte d’Iginio Ugo Tarchetti.


Paolina :  figure intemporelle d’une condition féminine