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Critiques

Sonnets du petit pays entraîné vers le Nord et autres jurassiques, Jean-Charles Vegliante (par Valérie T. Bravaccio)

Ecrit par Valérie T. Bravaccio , le Jeudi, 16 Janvier 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Sonnets du petit pays entraîné vers le Nord et autres jurassiques, Jean-Charles Vegliante, L’Atelier du Grand Tétras, mai 2019, 56 pages, 13 €

Livre d’une rare qualité d’impression, avec une couverture en papier Tintoretto 250 gr et des pages en vélin ivoire Palatina, relié en cahiers cousus, auprès des Presses de L’Atelier du Grand Tétras, pour y accueillir 9 encres de Véronique Cheanne (peintre qui travaille différents matériaux : cendres, enduits, pigments naturels, terre, encre et aquarelles). L’une d’entre elles est reproduite sur la couverture afin d’accompagner le titre du recueil de 21 poésies de Jean-Charles Vegliante, Sonnets du petit pays entraîné vers le nord et autres jurassiques.

Si la forme poétique très connue, le sonnet, est le lieu de l’expression du « je » poétique par excellence, néanmoins, le titre est énigmatique. Quels sont les référents pour « petit pays », « le nord », « jurassiques » ? D’autant plus qu’une présentation du poète est très succincte : « né à Rome, a vécu en Franche-Comté puis à Paris ». Sur la 4 de couverture, est mentionné « un exil […] reparcouru le long d’un arc temporel […] ».

La punition, Tahar Ben Jelloun (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

La punition, novembre 2019, 176 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Tahar Ben Jelloun Edition: Folio (Gallimard)

 

Casablanca, 23 mars 1965 : 9 ans après l’indépendance, les forces de l’ordre marocaines placées sous l’égide du règne autoritariste d’Hassan II répriment dans le sang une manifestation formée initialement autour de la grogne lycéenne consécutive à la parution d’une circulaire ministérielle restreignant l’accès à l’éducation. Bilan : une dizaine de morts selon les autorités marocaines, un millier selon la presse étrangère et l’UNFP, parti d’opposition fondé en 1959 par Medhi Ben Barka. Parmi les manifestants, le jeune Tahar Ben Jelloun, étudiant en philosophie. Quelques mois après les turbulences contestatrices, les autorités marocaines, soucieuses de mâter, neutraliser voire éliminer les opposants au régime, convoquent Ben Jelloun et le conduisent manu militari, comme 93 autres étudiants politisés, dans une caserne au nord du Maroc. La catabase commence, sorte de Midnight Express version marocaine et sans hachisch…

« C’est l’époque où des jeunes gens disparaissent, où l’on vit dans la peur, où l’on parle à voix basse en soupçonnant les murs de retenir les phrases prononcées contre le régime, contre le roi et ses hommes de main – des militaires prêts à tout et des policiers en civil dont la brutalité se cache derrière des formules creuses ».

Dans la mansarde, Marlen Haushofer (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Babel (Actes Sud)

Dans la mansarde, Marlen Haushofer, août 2019, 222 pages, 7,80 € Edition: Babel (Actes Sud)

 

« Il est difficile d’imaginer à quel point

nous avons rendu notre univers étriqué et misérable »

 

Un drôle d’oiseau

Dans la mansarde commence et se termine un dimanche, au réveil, dans le lit conjugal de la narratrice qui rend compte, à chaque fois, d’une de ces sempiternelles et oiseuses chamailleries de vieux couple, devenues rituelles et qui en étayent l’édifice branlant et fissuré. Entre ces deux matins, une semaine comme les autres, à un détail près : un épisode éprouvant de son passé ressurgit inopinément, sous la forme d’enveloppes jaunes déposées dans sa boîte aux lettres et qui contiennent chacune une partie du journal intime qu’elle avait écrit à cette époque, frappée d’une soudaine surdité, elle avait été envoyée quelques mois dans une cabane forestière, sous la surveillance d’un garde-champêtre peu amène.

Le soleil sur ma tête, Geovani Martins (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Gallimard

Le soleil sur ma tête, Geovani Martins, octobre 2019, trad. portugais (Brésil) Matthieu Dosse, 135 p. 15 € Edition: Gallimard

« – C’est parce-que le monde entier est foncedé, frère. Comme si tu ne savais pas ça. Je te le répète : une semaine sans came et tout Rio de Janeiro s’arrête. Plus de médecins, plus de chauffeurs de bus, plus d’avocats, plus de policiers, plus d’éboueurs, plus rien. Tout le monde va devenir ouf à cause de l’abstinence. Cocaïne, Rivotril, LSD, ecstasy, crack, cannabis, antidouleurs, peu importe, frère. La came c’est le combustible de la ville.

– La came et la peur, j’ai ajouté ».

Ceci n’est pas un livre qui parle des favelas de Rio, ce sont les favelas qui y prennent la parole et donnent à voir une autre image, bien plus réelle, de cette ville qui fait rêver avec sa façade de carte postale, ses plages faussement paradisiaques, son carnaval à paillettes, sa samba perpétuelle. Rio de Janeiro a un autre visage, un visage balafré par la violence, fille bâtarde de l’exclusion sociale, un visage recouvert de la poussière humaine déposée par les exodes ruraux, populations nordestines et d’ailleurs, fuyant l’aridité extrême de leur existence et dont les espoirs s’échouent dans les quartiers nord et les bidonvilles nommés ici favelas, en mémoire d’une fleur qui pousse – poussait ? – sur les mornes abrupts qui dominent la ville.

Europa Hôtel, Farhad Pirbal (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 14 Janvier 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Editions Maurice Nadeau

Europa Hôtel, Farhad Pirbal, novembre 2019, trad. kurde, Gaspard Karoglan, Arthur Quesnay, 180 pages, 19 € Edition: Editions Maurice Nadeau

 

Farhad Pirbal, Kurde irakien, auteur narrateur de cette chronique romanesque originale, raconte ses années d’exil politique en France.

Le centre géographique et névralgique du roman, le point de couture de l’intrigue se situent dans un hôtel parisien de standing, Europa Hôtel, où Farhad fait profession de veilleur de nuit. Il y noue une authentique et croissante amitié avec le propriétaire, M. Luciana, un homme immensément riche, cultivé, féru de littérature persane, qui revendique ses origines judéo-portugaises et qui nourrit le rêve, utopique compte tenu de ses origines et du fait qu’il possède des biens en Israël où il se rend annuellement, d’aller rejoindre en Iran Ziba, avec qui il a eu une liaison passionnée lorsqu’elle effectuait ses études à Paris.