Sofia Samatar fait partie des plumes qui ont su offrir à l’imaginaire, ces dernières années, un souffle nouveau, un regard nouveau, et on a célébré ici même son sublime roman de fantasy poétique, Un Étranger en Olondre. Pour la présente novella, foin de voyage sur la bonne vieille Terre, que les contrées soient imaginaires ou non : le lecteur est embarqué dans un Vaisseau, qui lui-même appartient à la Flotte, en voyage éternel afin de trouver les rochers dont les mines alimentent en énergie les Vaisseaux. Et la Terre ? Loin derrière, à peine un souvenir, puisqu’on raconte « que, des siècles plus tôt, sur la Vieille Terre, il y avait eu une mer, et qu’elle était montée jusqu’à recouvrir les continents ».
Parmi cette Flotte anonyme (aucun autre nom que ce qu’elle est, et c’est intéressant, cette neutralité), sur un Vaisseau tout aussi anonyme, dans sa Cale, se trouve un garçon, lui aussi sans nom, qui, enchaîné parmi d’autres depuis sa naissance, dessine sur les parois de sa cellule et écoute les discours du « prophète ». La première caractéristique lui vaut d’être remarquée par « la femme » , elle aussi n’a pas de nom, alors que ses amis et collègues en ont un, une « professeure » qui enseigne les « Savoirs Premiers » (par opposition aux « Savoirs Récents ») ; grâce à elle, le garçon est remonté à la surface, dans ce Vaisseau où sont reproduites les conditions d’existence de la Terre, avec, des jardins, des oiseaux et des vaches – mais la nécessité de boire un peau d’eau de la cale parce que le souvenir est trop important.