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Critiques

Mitteleuropa (Les carnets secrets de Redo), Vincente Luis Mora (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 05 Février 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, En Vitrine, Editions Maurice Nadeau

Mitteleuropa (Les carnets secrets de Redo), Vincente Luis Mora, Trad. François-Michel Durazzo, Ed.Maurice Nadeau-Les Lettres Nouvelles, 9 janvier 2026, 208 p., 21 € Edition: Editions Maurice Nadeau

 

Peut-être l’un des meilleurs romans de 2025/2026, précieuse publication des Editions Nadeau, ce récit aux accents kafkaïens propulse le lecteur dans la petite ville perdue de Szonden, sur les bords de l’Oder, dans l’Oderbruch, région marécageuse de la Prusse, dans la première moitié du XIXe siècle.

Redo Hauptshammer, le héros narrateur de ce récit saisissant, né dans un bordel autrichien dont sa mère était la propriétaire et tenancière, arrive en cet endroit perché sur une charrette sur laquelle s’empile le déménagement de ses maigres biens au sommet de quoi trône le cercueil contenant le cadavre de son épouse Odra, récemment tuée par la balle perdue d’un soldat napoléonien en fuite, avec le dessein de s’installer sur une terre dont il s’est accaparé le titre de propriété dans des circonstances rocambolesques.

Des femmes. Toutes. Mireille Diaz-Florian (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 05 Février 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Des femmes. Toutes. Mireille Diaz-Florian Éditions du Palio [148 p.] 18€

 

Des Femmes. Toutes, de Mireille Diaz-Florian, ne relève pas du simple récit de filiation, mais d’une traversée expérimentale de l’outre-tombe, où l’écriture se constitue en tombeau scriptural. L’ouvrage engage une poétique de la mémoire qui excède l’autobiographie pour inscrire l’histoire familiale dans une réflexion plus large sur la transmission, la condition féminine et les puissances performatives du langage.

Le récit s’ouvre sur une situation liminaire : l’accompagnement de la narratrice auprès de sa mère mourante. Cette scène inaugurale produit un télescopage du temps narratif. Le présent y est suspendu, ouvrant un espace intermédiaire où la mémoire devient mode d’existence. Dans cette zone de porosité temporelle, la narratrice et la mère continuent de « vivre » par la remémoration, là où le corps, entravé par la souffrance, ne le permet plus. Le texte adopte ainsi une temporalité stratifiée, dans laquelle le passé n’est pas révolu mais activé, rendu opérant.

Pour le centenaire de Jean Sénac (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine

 

En cet hiver 2026, puisque nous allons célébrer, le 29 novembre prochain, le centenaire de sa naissance, et puisqu’il faut sans cesse raviver les mémoires oublieuses, lisons ou relisons Jean Sénac, assassiné à Alger, rue Élisée-Reclus, dans la nuit du 29 au 30 août 1973.

Lisons la belle, l’indispensable biographie de Bernard Mazo publiée par les Éditions du Seuil en 2013, au titre si éloquent, Jean Sénac, Poète et martyr. Lisons les Œuvres poétiques, hélas incomplètes, publiées par Actes Sud en 1999 et, parce qu’épuisées, rééditées en 2019. Lisons les « carnets, notes et réflexions, 1942-1973 » publiés par Guy Dugas, toujours au Seuil, en 2023, sous le titre Un cri que le soleil dévore – c’est bien sûr un vers de Sénac qu’a choisi Dugas comme étendard, comme résumé brutal, lumineux d’un parcours.

Les Hors Nature, Rachilde (Par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 03 Février 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Les Hors Nature – Rachilde – Editions Le Chat Rouge – Préface de Gérald Duchemin – Illustrations de Sarah Elie Fréhel - 400 p. – 23,90 euros – 8 janvier 2026.

 

« Notre provinciale monta à Paris, et se fit un nom de ce « Rachilde », comme d’autres avaient, en leur temps, hissé un étendard à deux syllabes. Rachilde comme Stendhal. Rachilde comme Molière. Rachilde comme Voltaire. Rachilde comme Racine.

Encouragée par Victor Hugo lui-même, elle se donna l’orgueil d’écrire en future professionnelle. »

Rachilde et l’Histoire-Monstre des frères épicènes – Gérald Duchemin.


« Le cabinet de toilette de Paul-Éric de Fertzen, somptueux comme un boudoir de reine, était ouaté de portières égyptiennes, où rutilaient, sur un fond d’azur assombri, un ciel reflété par le Nil au crépuscule, les lourds scarabées d’or. Il se meublait d’un grand lavabo de marbre vert et d’une vaste armoire, en bois de cèdre, travaillée à jouir, ornée de volutes de nacre dont les pâleurs translucides donnaient l’illusion de la voir peu à peu s’envelopper d’un rayon lunaire. »

À propos de Les dieux ont soif, Anatole France (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Lundi, 02 Février 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Les dieux ont soif, Anatole France (le livre de poche) Edition: Le Livre de Poche

 

J'ai commencé à lire le livre que je devais exactement ne pas lire. Pourquoi ?

Il me transperce.

Il montre la lente, terrifiante, quasi inexorable dérive de la Révolution vers la tyrannie et la Terreur.

Il montre l’ivresse du pouvoir qui fait perdre complètement à l’homme puissant non seulement le respect de l’homme, mais le sens de l’humain.

Il montre comment le fanatisme et le sadisme font leur nid dans la conviction et parfois chez les hommes plus vertueux.

Il montre comment la nature se joue des paroxysmes.

Il montre comment les Lumières du 18e siècle se sont aisément éteintes pour faire place à l’obscurantisme et à l’Inquisition révolutionnaires.

Il me transperce parce qu’il renvoie à aujourd’hui.