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Critiques

La Migration annuelle des nuages, Premee Mohamed (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 07 Septembre 2026. , dans Critiques, Les Livres, Science-fiction, La Une Livres, Roman, Cette semaine

La Migration annuelle des nuages, Premee Mohamed, trad. de l’anglais par Marie Surgers, L’Atalante/La Dentelle du Cygne, janvier 2025, 176 pages, 12,50 €

 

Petite remarque préliminaire : si j’observe mes lectures récentes en science-fiction, je m’aperçois d’un double phénomène concernant les publications elles aussi récentes, le second s’agrégeant au premier : primo, les autrices l’emportent en nombre sur les auteurs ; secundo, les noms de ces autrices sont de plus en plus régulièrement autres qu’anglo-saxons ou français. C’est peut-être un hasard, ou une suite de choix inconscient de ma part, mais si tel n’est pas le cas, cela indiquerait un changement de paradigme dans la science-fiction : des récits probablement moins dominés par la testostérone et d’un esprit moins nécessairement occidentalo-centré. C’est une évolution intéressante, qui pourrait répondre à une demande inconsciente de renouvellement du genre.

L’Arbre de l’homme, Patrick White (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Océanie, Cette semaine

L’Arbre de l’homme, Patrick White, traduit de l’anglais (Australie) par David Fauquemberg, octobre 2025, 576 pages, 27 €


« — Ça passe le temps, j’imagine, dit Amy Parker. Même si je n’ai jamais compris la moitié de tout ce qu’on peut, semble-t-il, trouver dans les livres. C’est différent de ce que sont les choses.

— Pas forcément, soupira Thelma mais c’était peine perdue.

— Oh si, c’est inévitable, dit Amy Parker. Tout ça n’a rien à voir. Les gens sont différents dans les livres. Il faut bien qu’ils le soient. Ce serait insupportable. »

Un simple échange de propos entre une mère et sa fille, la première vivant dans le bush australien depuis vingt, trente ans, la seconde vivant à la ville, à Bangalay, épouse d’un avocat choisi sur sa situation, pour citer Charles Aznavour. L’une est dans le rude, même si elle peut rêver à autre chose le temps d’une liaison épisodique avec un démarcheur ; l’autre est dans une forme de sophistication sans guère d’élévation. Et la première décrète donc la nécessité que les gens soient « différents dans les livres ». À ceci près qu’on sent à quel point les gens ne le sont pas dans L’Arbre de l’homme, roman publié en 1973 par Patrick White, son chef-d’œuvre enfin traduit en français, et que c’est ce qui rend le roman « supportable », car le lecteur ressent la destinée universelle et poétique des personnages, et sait que c’est aussi un peu la sienne.

Fonseca, Jessica Francis Kane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La Table Ronde, En Vitrine, Cette semaine

Fonseca, Jessica Francis Kane, traduit de l’américain par Mona de Pracontal pour La Table Ronde 2026. 260 p. Edition: La Table Ronde

 

Roman troublant, inattendu, dérangeant par sa faculté à dépayser aussi bien par le paysage géographique que dans le paysage littéraire, Fonseca est un grand livre. De la situation de départ jusqu’au terme du séjour improbable de Penelope et de son fils Valpy dans une bourgade (imaginaire ?) du Mexique dans les années 50, rien, jamais, n’est prévisible.

Imprévisibles, les personnages le sont tout autant que les événements. Cette mère enceinte qui embarque d’Angleterre avec son fils de 5 ans pour un quelque part au Mexique dans une quête improbable d’héritage. Ces deux vieilles femmes, deux sœurs alcooliques, qui les accueillent dans une demeure peuplée de gens sortis d’on ne sait où et de fantômes qui errent dans les couloirs. Une cour de prétendants (qui eux aussi prétendent à « l’héritage ») composée de doux dingues aux trajectoires aussi éberluantes que celles des personnages de Gabriel Garcia Marquez.

Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 31 Août 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Autrement, Cette semaine

Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West, traduit de l’anglais par Micha Venaille, Autrement, octobre 2025, 192 pages, 17 € Edition: Autrement

 

Vita Sackville-West est une autrice discrète dans l’histoire de la littérature anglaise, qui sera bientôt plus connue pour avoir été l’amante de Virginia Woolf que pour son œuvre propre. Bien que cette situation sentimentale ait occasionné une petite merveille : Woolf lui ayant interdit d’écrire une quelconque fiction, Sackville-West s’est tournée vers son autre passion, le jardinage, et a rédigé un très beau Journal de mon jardin, dont nous parlerons peut-être un jour ici. Toujours est-il que, Dieu nous en garde, l’interdit de Woolf fut un jour levé, que l’œuvre de Sackville-West a continué, développant encore et toujours un même et unique thème, ce pour quoi d’aucuns pourraient la tenir pour mineure : dans un monde aristocratique corseté, l’avènement d’une révélation, une soudaine et souvent tendre mise à nu des sentiments, que l’on retrouve dans Toute passion abolie (son chef-d’œuvre lumineux), Ceux des îles ou encore Grand Canyon (déjà évoqué ici). D’un style plus précis que précieux, Sackville-West observe ses contemporains, la société dans laquelle elle évolue, et les imagine libres, ne fût-ce que de dire ce qu’ils ressentent ; c’est d’une sobre beauté, et quiconque est tombé sous le charme de l’écriture de Sackville-West ne peut que la célébrer de creuser non pas le même sillon, mais le même champ, histoire de voir ce qui va pousser dans ce terreau typiquement anglais.

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 27 Août 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallimard, En Vitrine, Cette semaine

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke. Traduit de l’américain par Céline Leroy. Gallimard du Monde entier. Août 2026. 314 p. 23 € Edition: Gallimard

 

Laura Kasischke est diabolique. On le sait depuis nombre de ses ouvrages – En un monde parfait et Esprit d’hiver en particulier – et ce dernier roman le confirme. Kasischke est la maîtresse du malaise, de l’inquiétude, d’une sorte d’horreur douce, sinueuse, qui pénètre par tous les pores de la peau et place le lecteur dans un inconfort délicieux.

Richie est un petit garçon de 5 ans et il se noie dans la piscine municipale de sa banlieue cossue, sous les yeux des usagers et de la maître-nageuse.