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Critiques

Un peu de soleil dans les rayons, Christine Epstein - aphorismes (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 23 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Un peu de soleil dans les rayons, Christine EPSTEIN - aphorismes, Pierre Mainard éditeur, 64 pages, octobre 2025, 12,5€

Ce petit recueil d'aphorismes, particulièrement vif et réjouissant, a trois originalités : il est écrit par une femme, il a germé dans la tête d'une psychothérapeute, et enfin il fait la part belle moins aux idées qu'aux mots, ou plutôt : il part le plus souvent d'expressions toutes-faites, qu'il confronte les unes aux autres dans un même fragment, afin de faire comme s'entre-choquer ces poncifs ou s'entre-dévorer ces expressions et, ce faisant, d'interloquer et déstabiliser leurs usagers (nous tous). Par exemple, mariant deux expressions routinières comme "untel n'est pas une flèche" et "avoir plusieurs cordes à son arc", obtenir le percutant (et dérangeant) :" À quoi bon avoir plusieurs cordes à son arc si l'on n'est pas une flèche ?" (p.27-2). Ou joignant "râle d'agonie", et "les Français sont des râleurs", établir (doctement, et cruellement ...) : "Les Français aiment râler jusqu'à leur agonie" (p.35-2). Dernier exemple : réunir singulièrement la "place du mort" de tout passager-avant transporté et "fourgon mortuaire" donne : "Le corbillard est la seule voiture où il y a la place pour deux morts" (p.59-6). On peut ainsi saisir le ressort de la citation initiale : l'effort à faire pour actualiser sa paresse obligeant au deuil même de son indolence ... "Je suis trop paresseuse pour déplier une chaise-longue" (p.58-4)

La longue vie, Valentin Retz (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 22 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, En Vitrine

La longue vie – Valentin Retz – Gallimard – Collection Aventures – 208 p. – 20,50 euros – 12/01/26 . Ecrivain(s): Valentin Retz Edition: Gallimard

 

« Puisque les vraisemblances valent simplement pour ce que l’homme connaît déjà, alors que nous devons compter avec tout le réel – le lourd, inaccessible et prodigieux réel. Ce qui implique de changer à l’écoute du mystère, de se laisser pétrir, de faire confiance à son étoile, comme je vais à présent le raconter dans le détail. »

La longue vie – Valentin Retz

« Le caractère le plus inattendu de l’éternité est donc la vivacité. C’est d’un vif mouvement que la mer se mêle au soleil. »

La Deuxième Vie – Philippe Sollers (1)

Que le Diable l’emporte (Devil Take the Blue-Tail Fly), John Franklin Bardin (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 21 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Joelle Losfeld

Que le Diable l’emporte (Devil Take the Blue-Tail Fly, 1947), John Franklin Bardin, Ed. Joëlle Losfeld, 218 p. Edition: Joelle Losfeld

 

Bardin distille une narration au compte-gouttes, grosse d’inquiétude et de tension. Dans une maîtrise et une écriture parfaites, il nous conduit dans les vents et marées du psychisme agité d’Ellen, fragile comme un verre de cristal. À la houlette de son médecin-psychiatre, elle sort de deux longues années d’hospitalisation et le point initial du roman est le matin de sa « libération ». Guérie.

Le thriller psychologique est un genre à part entière dans la littérature – débordant souvent sur le cinéma. Psychose de Robert Bloch, Rebecca de Daphné du Maurier, Shutter Island de Dennis Lehane nous ont fait frémir avec délice. Maupassant en fut un maître et Poe à sa manière aussi. Le style impeccable de John Franklin Bardin et le diabolisme de son roman situent cet ouvrage dans la grande lignée.

Ceci est mon sang, Olivier Véron (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 20 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Ceci est mon sang, Olivier Véron, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, septembre 2025, 160 pages, 15 €

Au mois d’octobre 2025, l’Église catholique a commémoré le soixantième anniversaire de la déclaration Nostra Aetate. Ce document, qui selon l’usage a reçu son nom des premiers mots du texte original latin, fut un fruit, moins amer que les autres, du second Concile du Vatican, un événement qui s’éloigne inexorablement dans le temps et auquel seuls les fidèles les plus âgés (la fameuse génération des boomers) font encore référence. Le débat est toujours ouvert, quant à savoir si ce concile, dont un des buts avait été de remédier (déjà) à une désaffection croissante des églises, fut ou non la matrice de la catastrophe à venir et quelle fut la responsabilité des Pères conciliaires les plus progressistes, qui aboutirent entre autres choses à un alignement du catholicisme sur la Réforme, dont il ne s’est jamais remis.

Nostra Aetate fut, dit-on, le résultat d’une rencontre entre le pape Jean XXIII et Jules Isaac, l’historien bien connu, auteur du séminal Jésus et Israël (1948). Mais la déclaration conciliaire provenait de plus haut. Lorsqu’il était encore Angelo Roncalli, délégué apostolique à Istanbul, le futur Jean XXIII délivra des milliers de visas à des Juifs, leur permettant d’échapper à la mort (voir Alexandre Adler, Une Affaire de famille. Jean XXIII, les Juifs et les Chrétiens, 2014).

Dans la peau d’un Buster Keaton, Stéphane Botti (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 19 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Dans la peau d’un Buster Keaton, Stéphane Botti Éditions La Trace – Janvier 2026 200 pages – 20 €

Suivant la déclaration du protagoniste de ce roman, « le hasard n’existe donc pas ». Partant de ce principe, on peut admettre que son nom, Hector Follet, ne peut être le fruit du hasard : en effet, ce patronyme nous laisse entrevoir la quête, difficile, volontaire et émouvante, du personnage, c’est-à-dire la quête de sa propre grâce, justement celle d’un feu follet, celle d’une silhouette qui voudrait s’effacer subrepticement en ne cessant pas d’être présente, celle d’une âme suffisamment déraisonnable pour être remarquée avec admiration, celle d’une souplesse du corps et de l’esprit prêts à lui faire atteindre les moments de grâce de sa vie.

Hector Follet (donc) rencontre Solène Vérel le jour de ses dix-huit ans, par pur « hasard ». « Pour nous aider à y voir clair, ce qu’on nomme le hasard distille sur notre chemin des êtres, des émotions, des indices. » (p. 188) Il tient coûte que coûte à lui rendre le bonnet péruvien qu’elle a égaré dans le métro : sa restitution n’interviendra pourtant que bien longtemps après. À travers cet objet formant la boucle de notre histoire, le passé d’Hector Follet nous est révélé, et sa témérité à séduire Solène, dépassant l’apparente gaucherie et la carence d’estime personnelle qui le caractérisent, l’emmènera sur les routes d’un grand artiste : Buster Keaton.