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Critiques

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, Gilles Paris (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 05 Mars 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Flammarion

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, janvier 2021, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): Gilles Paris Edition: Flammarion

 

Voilà un récit qui, d’emblée, aligne les pires tracas et les bouffées de vie. Gilles Paris, à plus de soixante ans, et huit romans et nouvelles, décide d’évoquer les affres d’une adolescence, l’incompréhension par son père, les difficultés aussi d’aimer quand on est différent.

Traversant huit dépressions sur une trentaine d’années, l’auteur décrit, par le menu, ces saisons où il a dû composer avec le mal, renaître dans ses activités et auprès de son entourage. Père exclu, absent, éloigné, il reste à Gilles ces êtres proches, son mari Laurent, sa sœur Geneviève, sa mère.

Le départ de sa mère par la Covid-19, la sénilité de son père ont peut-être attisé l’écriture de ce livre, bouleversant, nu, dense, jamais racoleur, toujours juste.

Et pourtant, son cœur, à force d’être bousculé par les hospitalisations, aurait pu flancher. Une rare énergie de rescousse et de secours est là pour l’enjoindre, chaque fois, à rebondir. Le récit s’articule autour de ces nombreuses hospitalisations, à Paris, en province, à Montpellier, et autour de ses activités.

Le Fou et la Licorne, Éric Poindron (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 04 Mars 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Le Fou et la Licorne, éditions Germes de barbarie, février 2020, postface Pierre Michon, 240 pages, 17 € . Ecrivain(s): Eric Poindron

« Certains poètes n’écriront jamais le moindre vers, d’autres deviendront des météores ou des planètes dans la galaxie littéraire. Chaque destin reste à écrire » (Liminaire de l’éditeur).

« Revues, livres et dictionnaires s’entassent tandis qu’entre crépitement et silence, le sculpteur astronome rêve à Saturne. Il boit un whisky et lit Paul-Jean Toulet, Si tu as peur de la mort, n’écoute pas ton cœur battre la nuit (Le sculpteur du temps, Éric Poindron).

Éric Poindron ressemble à s’y méprendre (heureuse méprise) au cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz (1) : même imaginaire foisonnant, même fascination pour les livres magiques, le fantastique facétieux, même passion pour les boîtes à musique, les machines à remonter le temps, les pirates, les magiciens, les collections, les cabinets de curiosité et L’esprit de l’escalier (2), ce qui n’est pas dit, finit par être écrit. Il suffit pour s’en convaincre, de voir ou de revoir les films du réalisateur voltigeur, par exemple : L’Hypothèse du tableau volé, Les trois couronnes du matelot, La ville des pirates, Trois vies et une seule mort, ils ne ressemblent à aucun autre film de cinématographe, par leurs trouvailles, leur originalité, l’effervescence baroque qui les illumine, la croyance qu’ils portent aux images animées, 24 éclats par seconde, comme au tout début du cinématographe.

Ce qui n’existe plus, Krishna Monteiro (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 04 Mars 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Langue portugaise, Nouvelles

Ce qui n’existe plus, Krishna Monteiro, Le Lampadaire, février 2020, trad. portugais (Brésil) Stéphane Chao, 100 pages, 10 €

 

Un recueil de sept nouvelles de longueur inégale, le titre de la première étant éponyme de celui du livre.

 

Ce qui n’existe plus

La première fois que je t’ai vu après ta mort, tu te tenais debout dans le salon.

Cet incipit annonce, en accord avec le titre, ce qui sera le fil infra-textuel de l’ensemble des sept nouvelles. Le narrateur personnage de ce premier texte, à partir de cette vision initiale, remonte, en un erratique et onirique voyage dans le temps, les années jusqu’à son enfance et sa relation bibliophile avec un père lettré dans la bibliothèque de la grande et labyrinthique maison familiale de style colonial de la rue Varzea, dont les décors apparaîtront plus ou moins furtivement dans d’autres nouvelles.

Les Animaux dénaturés, Vercors (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mercredi, 03 Mars 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Les Animaux dénaturés, Vercors, 222 pages, 4,50 € Edition: Le Livre de Poche

 

Le roman s’ouvre sur un infanticide immédiatement revendiqué par Douglas Templemore. Comment ce journaliste de trente-cinq ans, passionné de littérature et jeune époux très amoureux de Frances, est-il devenu assassin ? Tout commença, lors d’une expédition qu’il accompagnait en Nouvelle-Guinée, par la découverte des Tropis. Mais ces êtres sont-ils des hommes ou des animaux ? Les passions vont se déchaîner autour de la question.

 

« Si la cour voulait simplement nous rappeler… la… quoi, la définition de l’homme, la définition ordinaire, enfin celle dont on se sert en général, quoi, la définition légale, juridique… est-ce que… quand même, cela ne déborderait pas les attributions de la cour ?

– Non, dit le juge en souriant ; toutefois, cette définition légale, il faudrait d’abord qu’elle existe. La chose est étrange peut-être, mais le fait est qu’elle n’existe pas » (Chapitre XIV)

Le Jour des corneilles, Jean-François Beauchemin (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 02 Mars 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Québec, Libretto

Le Jour des corneilles, Jean-François Beauchemin, 147 pages, 8,10 € Edition: Libretto

 

Il est fréquent de lire, sous la plume de critiques standardisés, « on ne sort pas de ce roman indemne ». Eh bien, pour une fois, nous allons le dire. Ce livre atteint auditivement, linguistiquement, lexicalement ! Et sa musique stupéfiante reste dans vos yeux et dans vos oreilles pour très longtemps. Plutôt que de vous expliquer pourquoi, voici comment Jean-François Beauchemin nous accueille dans son roman :

« Père avait formé de ses mains cette résidence rustique et tous ses accompagnements. Rien n’y manquait : depuis l’eau de pluie amassée dans la barrique pour nos bouillades et mes plongements, jusqu’à l’âtre pour la rissole du cuissot et l’échauffage de nos membres aux rudes temps des frimasseries. Il y avait aussi nos paillasses, la table, une paire de taboureaux, et puis l’alambic de l’officine, où père s’affairait à extraire, des branchottes et fruits du genièvre avoisinant, une eau-de-vie costaude et grandement combustible » (NDR : Le correcteur du traitement de texte utilisé pour rédiger cet article a souligné 7 mots dans la citation qui précède. Il aurait pu faire mieux !).