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Critiques

Retour à Philadelphie (promenade analytique et amoureuse avec Rocky et Stallone), Quentin Victory Leydier (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 11 Février 2021. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Retour à Philadelphie (promenade analytique et amoureuse avec Rocky et Stallone), Quentin Victory Leydier, éditions LettMotif, juillet 2020, 200 pages, 18 €

 

« Rocky n’a que ça : sa capacité à résister, sur un ring comme il le fait dans la rue, dans la vie. Et c’est cette manière d’être, tout en humilité, qu’il va inculquer aux spectateurs d’une part, et à ceux qu’il va côtoyer par la suite, d’autre part. Ce n’est pas innocent si beaucoup de répliques du boxeur dans les différents films sonnent comme des aphorismes et une d’elles est assez magistrale, il faut le reconnaître, elle vient du dernier : L’important n’est pas d’être cogneur, mais d’être cogné et d’avancer quand même. D’encaisser et de continuer. C’est comme ça qu’on gagne ».

Voilà un beau pari fou, le pari d’un cinéphile curieux, pari d’écrire un livre sur Rocky/Stallone, pari de miser sur un plaisir partagé et une mémoire commune. Diable ! Stallone, peut-être le plus honni, ou tout au moins le cinéaste et le comédien, le plus ignoré d’une grande partie de la critique cinématographique, qui n’y voit qu’une machine de guerre impérialiste, marqué au fer rouge, si je puis dire, par les années Reagan.

Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Jeudi, 11 Février 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Le Mot et le Reste

Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba, janvier 2021, 120 pages, 13 € Edition: Le Mot et le Reste

 

Qui n’a jamais songé à s’éloigner pour quelque temps du monde, de la société de consommation souvent individualiste et matérialiste, afin de se retrouver en tête-à-tête avec l’immensité et avec soi-même ?

Comme le dit Sylvain Tesson dans son livre, Dans les forêts de Sibérie, « L’ermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante ».

Il y a parfois une tentative de se reconnecter à l’essentiel, de se retirer de l’enfer urbain où l’on ne prend jamais le temps de s’arrêter et de savourer l’instant présent.

En découvrant page après page ce récit particulièrement vivant que la narratrice d’Encabanée déroule à la manière d’un journal de bord quasi-quotidien, on ne peut s’empêcher de penser à cet extrait de Walden :

« Je m’en allais dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte, vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie, mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie, pour ne pas découvrir, à l’heure de ma mort, que je n’avais pas vécu ».

Sols, Laurent Cohen (par Laurent Fassin)

Ecrit par Laurent Fassin , le Mercredi, 10 Février 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, Israël

Sols, Laurent Cohen, 166 pages, 19,10 € Edition: Actes Sud

 

Evitons le dithyrambe (« le plus beau », « le plus grand », « le plus fort », etc.) pour évoquer ce livre. L’abus devenu courant (désignant notre époque) des superlatifs en tous genres déclasse vite ce qui, hier à peine, était porté aux nues. Préférons-lui l’audace : Sols, premier roman de l’exégète, essayiste et traducteur Laurent Cohen, eût assurément enchanté Jean Paulhan, Raymond Queneau et, plus près de nous, Georges Pérec. Gageons que ces trois-là auraient vite apprécié en ces pages, outre un tableau particulièrement réussi de Paris à diverses époques, une imagination foisonnante ; des vies et histoires multiples qui s’y croisent et s’entrecroisent ailleurs en Europe, au Proche-Orient et beaucoup plus loin encore ; une verve et une espièglerie jamais prises en défaut ; l’impressionnante (parfois farceuse notent les éditeurs) et étourdissante (quoique nullement écrasante) érudition sur laquelle la narration s’appuie.

A dire le vrai, depuis maintenant dix années et plus que l’ouvrage a paru, Sols surnage avec brio au milieu de la mer de papier en laquelle sombrent généralement la plupart des romans nouveaux – dits français.

Le portrait de la Traviata, Do Jinki (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mardi, 09 Février 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Asie, Roman

Le portrait de la Traviata, Do Jinki, Matin Calme Éditions, juin 2020, trad. coréen, Choi Kyungran, Delphine Bourgoin, 250 pages, 19,80 €

 

Ce livre est un roman à énigme, ou whodunit, de l’anglais « who [has] done it ? », roman policier basé sur une enquête et la recherche d’un coupable parmi plusieurs suspects, un peu comme les romans d’Agatha Christie ou ceux du juge Ti, mais en plus sobre encore. Le décor est réduit à l’essentiel, mais les Coréens sont friands de ces livres.

Dans l’appartement 204, bâtiment 3, résidence H à Seocho, un quartier de Séoul, on retrouve assassinée une jeune femme, Jeong Yumi, de coups de couteau, et à côté un homme mort tué par un poinçon, reconnu par les proches comme étant Lee Pilho, un individu peu recommandable qui harcelait Jeong Yumi. Figurent en tant que premiers « témoins » la sœur de la victime Jeong Aera, Kim Hyeongbin, le prétendant de la jeune femme, et Jo Pangeol, le gardien de la résidence. L’enquête est entre les mains du policier Lee Yuhyeon. Ce dernier, en compagnie de son assistant, commence par dresser un plan du logement avec l’emplacement des objets et meubles importants, ainsi que des ouvertures, puis dispose les corps des victimes là où on les a trouvés. Ils vont ensuite disserter sur : qui a pu pénétrer dans l’appartement et comment, et tenter de reconstituer ce qui a pu se passer.

Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, Simone Weil (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 08 Février 2021. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Payot

Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, octobre 2020, 192 pages, 8 € . Ecrivain(s): Simone Weil Edition: Payot

Ces Réflexions (qu’on pouvait déjà lire dans le volume de la Collection Quarto, chez Gallimard), composées en 1934, sont une œuvre de jeunesse de Simone Weil, alors âgée de 25 ans. Mais, doit-on aussitôt se demander, qu’est-ce qui n’est pas œuvre de jeunesse parmi les livres écrits par cette femme qui mourut à 34 ans (la remarque vaudrait également pour Mozart ou Rimbaud) ? L’ouvrage ne possède pas le caractère systématique d’un traité sur une question donnée. Il s’agit plutôt d’un essai, au sens étymologique du mot, d’un exagium, pesant les termes d’une question dans les plateaux de la balance.

En 1934, Boris Souvarine, un des fondateurs du Parti communiste français, avait demandé à la jeune femme un article pour sa revue de Critique sociale. Simone travailla tout au long de l’année et il en résulta un manuscrit de 120 pages, évidemment impubliable sous forme d’article et qui ne parut qu’en 1955. Une grande partie de ce livre est marquée au coin de cet irréalisme pesant et paradoxal, car Simone Weil connaissait le monde du travail dans ce qu’il a de plus désagréable et de plus aliénant. Elle n’était pas dans la situation d’une de ces personnalités de gauche dissertant sur la classe ouvrière depuis un appartement des beaux quartiers. On pourrait croire que l’usine l’avait guérie des constructions idéales et par trop théoriques. C’est exactement le contraire qui se produisit.