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Critiques

L’Alphabet du monde, Amedeo Anelli (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 15 Janvier 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Italie, Editions du Cygne

L’Alphabet du monde, Amedeo Anelli, juin 2020, trad. italien, Irène Duboeuf, 54 pages, 10 € Edition: Editions du Cygne

 

Le poète sismographe (c’est lui qui l’assume dans un de ses poèmes) transfigure la nature, les brumes, l’air, la neige en images métaphysiques du silence, de la patience.

Que de « brumes » pleurantes dans ces poèmes qui suintent la terre boueuse, l’attente grasse, le fleuve qui imprègne, les paysages meurtris par l’hiver. Que de sens de la nature en lente métamorphose, qui prête givres et coulées à notre réflexion.

Anelli n’est pas si éloigné de Pavese, sur des terres un peu différentes, cet éclair de conscience lucide sur le réel ambiant.

Redessiner le monde en « contrepoints », où l’enfant, la mère, les terres familières énoncent leur position, que le regard embrasse, sans presque de nostalgie, mais selon une phénoménologie patiente : il est si difficile de dire le nom du silence, d’épeler les terres qui perdent leur matité, leur contour. Le poète, lui, sait que son univers est là, dans une attention minérale et végétale :

Et plus si affinités, Werner Lambersy (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 15 Janvier 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions du Cygne

Et plus si affinités, juillet 2020, 46 pages, 10 € . Ecrivain(s): Werner Lambersy Edition: Editions du Cygne

« Et plus si affinités », dit-on quand l’amour est une possibilité ouverte sur le terrain de la rencontre. Dans la poésie de Werner Lambersy, l’amour est cette possibilité comme dépassement de soi, à l’instar de l’écriture. Le mystère de l’écriture poétique est laissé intact encore dans cet opus du poète, le chant divin sourd de l’inconnu vers l’inconnaissable sur la crête vertigineuse de la connaissance intuitive et créative. « (…) fais des / Meules hautes », écrit le poète, « Et des bottes liées des foins fauchés / de ton poème ». L’acte de création s’accomplit, dans le consentement à l’observation pacifique des êtres et des choses. Consentement, non résignation qui serait renoncement à la beauté du monde malgré nos attentats à son cours.

 

Rien ne sert de lapider le vide rempli

De cailloux

Rien ne sert d’insulter les nuages qui

Menacent

La leçon du brin d’herbe, Olivier Bleys (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Jeudi, 14 Janvier 2021. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

La leçon du brin d’herbe, Olivier Bleys, éditions La Salamandre, novembre 2020, 146 pages, 19 €


La leçon du brin d’herbe est un essai qui mêle récit et impressions de voyage, anecdotes et descriptions, réflexions et méditations sur les sujets qui importent l’auteur : la marche comme la façon la plus juste de prendre la mesure et le pouls d’un territoire, d’habiter le monde et soi-même ; un rapport à la nature fait d’humilité, d’admiration et de fascination pour ses étonnantes facultés de récupération, de réparation et d’adaptation, ainsi que d’une curiosité et d’un intérêt très vifs pour ses formes multiples et sa foncière étrangeté. L’ouvrage est composé de courts chapitres qui sont autant d’escapades où l’on suit Olivier Bleys dans ses marches intermittentes, des montagnes de Norvège aux baies de Madagascar.

C’est un livre qui donne à voir et à imaginer, offrant au lecteur sédentaire des voyages et un dépaysement par procuration, sans effort – c’est, je suppose, le principal attrait des littératures de voyage. Cet ouvrage donne aussi à réfléchir, et peut-être à penser. Olivier Bleys y expose les leçons qu’il a prises ou conçues – celle du brin d’herbe et les autres.

Prise de sang, Emmanuel Berl (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 14 Janvier 2021. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Les Belles Lettres

Prise de sang, Emmanuel Berl, 2020, 246 pages, 13,90 € Edition: Les Belles Lettres

 

Publié en 1946, Prise de sang est un livre composé sur les décombres. Personnalité du monde littéraire parisien, Emmanuel Berl avait été jugé suffisamment français pour récrire, en juin 1940, certains discours de Philippe Pétain (il estimait avec raison que la prose cacochyme et crachotante du maréchal n’atteignait pas à la puissance rhétorique de Churchill ou De Gaulle), dont celui contenant la fameuse phrase « La terre, elle, ne ment pas » (aussi belle et creuse, si l’on y réfléchit bien, que n’importe quel slogan électoral). Dans les mois qui suivirent, cependant, Berl ne fut plus jugé assez français (autrement dit, trop juif) pour jouir de ses droits civiques et continuer à vivre sans se cacher. La Corrèze et le Lot, deux départements suffisamment vastes et vides pour qu’un Juif pût s’y dissimuler sans courir trop de risques (et, n’étant pas le premier venu, Berl pouvait compter sur de solides amitiés, nouées avant-guerre), lui offrirent l’hospitalité.

Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 13 Janvier 2021. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Le Comte de Monte-Cristo, novembre 2020, 1264 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): Alexandre Dumas Edition: Folio (Gallimard)

 

Avant toute chose, célébrons la prouesse technique : Le Comte de Monte Cristo, pour des générations de lecteurs, ça a été deux forts volumes, parfois vieillis parce que lus et relus par une génération précédente, que ce soit au Livre de Poche, en Garnier Flammarion, chez Folio ou chez Marabout – et voici que Folio, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de la disparition d’Alexandre Dumas, le propose en un seul volume. On imagine le travail de mise en page, les difficultés à surmonter : que le texte soit lisible mais que les pages ne se décollent pas au fil de la lecture, bref que le plaisir de lire soit vraiment au rendez-vous. Il l’est, par le choix d’un format légèrement hors normes (plus grand que les Folio habituels, plus petit que les Quarto de chez Gallimard), tout en évitant le problème de lisibilité posé par les volumes de la Pléiade par exemple, et qui permet de savourer à nouveau ce grand roman – mais d’une seule traite.