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Critiques

Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson, Sept nouvelles inédites (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 19 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Nouvelles

Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson, Huit nouvelles inédites, Editions Rue Saint Ambroise, édition établie par Bernardo Toro, novembre 2021, 342 pages, 16,50 €

Sherwood Anderson, l’énigmatique

Les Éditions Rue Saint Ambroise publient de nouvelles traductions de vingt-quatre des meilleures nouvelles, dont huit inédites, de Sherwood Anderson. Mentor de Faulkner et Hemingway, encensé par Henry Miller, Amos Oz et Philip Roth pour son art de nouvelliste incisif, souvent considéré à tort comme un écrivain régionaliste avec son recueil, Winesburg-en-Ohio (1926), qui décrit sur un mode intimiste les frustrations et solitudes des petites gens du Midwest américain, Sherwood Anderson demeure assez méconnu en France. Pourtant, au-delà de mettre en scène de pauvres bougres taiseux, l’écrivain évoque sa confrontation au « silence déraisonnable du monde », donne une épaisseur métaphysique à des histoires simples et, par son art de l’allusif et de l’élusif, pose la question de l’écriture. Ses narrateurs mêlent leurs pensées au récit et les personnages vivent une expérience saisissante de révélation : un instant de vérité du moi, prise de conscience bouleversante qui apparaît comme acceptation vitaliste de la totalité du monde.

La Harpe et l’ombre, Alejo Carpentier (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 18 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Folio (Gallimard)

La Harpe et l’ombre, Alejo Carpentier (El Harpa y la sombra, 1979), trad. espagnol (Cuba) René L-F. Durand, 214 pages, 6,90 € Edition: Folio (Gallimard)

Le déferlement baroque de ce roman emporte tout sur son passage. On avait eu Händel et Vivaldi dans Concierto Barocco, qui explosaient L’Ospedale Della Pietà par leurs folies musicales, là, le maître cubain nous offre une version époustouflante du grand voyage de Christophe Colomb. Ange ou Diable ? Malfrat ou Saint ? Le Pape Pie IX lance l’instruction pour l’éventuelle canonisation du célèbre conquistador en se rendant en personne sur les lieux de ses exploits presque quatre siècles plus tard. Il sera suivi dix ans plus tard par son successeur Léon XIII qui, après cette décennie de recherches méticuleuses sur les actes du Génois, doit tenir le procès en béatification. Apologétique puis dossier à charge, quel Colomb l’emportera : le voyageur de lumière ? Le saltimbanque tricheur ? La Harpe ou l’Ombre ?

Et c’est Colomb lui-même qui va raconter son épopée dans une confession ante mortem qu’il prépare pour le prêtre-confesseur qu’il attend sur son lit de mort. Et quelle confession. Le navigateur ne cache rien ; de ses grandeurs bien sûr ; et de ses bassesses les plus viles. Alejo Carpentier en profite pour démonter pas à pas les marches de l’idéologie coloniale : la recherche de richesses naturelles en des terres étrangères, la bonne volonté initiale d’amitié, d’éducation et de protection des populations indigènes, et puis – inéluctablement – l’asservissement impitoyable des pays et des gens.

La Passe-Miroir, Christelle Dabos (4 tomes) (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 17 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

La Passe-Miroir, Christelle Dabos, Folio, octobre 2021, quatre tomes : Les Fiancés de l’hiver (608 pages, 8,70 €), Les Disparus du Clardelune (704 pages, 9,50 €), La Mémoire de Babel (576 pages, 8,70 €) & La Tempête des échos (704 pages, 9,50 €) Edition: Folio (Gallimard)

 

Un « phénomène éditorial », c’est ainsi qu’est présentée la tétralogie de La Passe-Miroir, publiée par Christelle Dabos entre 2013 et 2019 : le succès a immédiatement été au rendez-vous, et le premier tome, Les Fiancés de l’hiver, a été primé à quatre reprises. Dans la catégorie Roman pour la jeunesse, cette tétralogie est chaudement recommandée à n’importe quel parent s’enquérant de lectures pour un enfant déjà amateur de J.-K. Rowling, C.-S. Lewis ou Philip Pullman (l’auteur de ces lignes en est témoin : c’est ainsi qu’il a découvert La Passe-miroir, pour sa fille âgée de onze ans). La curiosité, ainsi que le goût pour les romans à destination de la jeunesse qui font rêver, réfléchir et au fond montrent que l’adolescence n’est qu’une transition parfois heurtée et chaotique vers l’âge adulte (qui elle-même ne sort jamais vraiment de la jeunesse, de l’émerveillement de l’enfance), incitaient à lire cette tétralogie, récemment rééditée chez Folio.

La femme qui a tué les poissons, et autres contes, Clarice Lispector (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 14 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

La femme qui a tué les poissons, et autres contes, Clarice Lispector, décembre 2021, trad. portugais (Brésil) Izabella Borges, Teresa Thiériot, ill. Julia Chausson, 104 pages, 15 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

Le cafard est aussi une bête

Dans une toute récente traduction de contes, Clarice Lispector (1920-1977) fabrique de courtes nouvelles pour enfants avec ce recueil intitulé La femme qui a tué les poissons et autres contes. Ces contes sont suivis d’un texte inédit, Comme si c’était vrai. Les différentes histoires sont illustrées par une trentaine de gravures sur bois bichromiques et trichromiques (vert olive, émeraude clair et moutarde), de Julia Chausson (née en 1977). Certaines gravures situeraient l’illustratrice du côté de Félix Vallotton ou de Paul Gauguin, au vu des angles, des lignes noires et épaisses et du traitement graphique sans ombres portées.

Colonne, Adrien Bosc (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 13 Janvier 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Stock

Colonne, janvier 2022, 120 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Adrien Bosc Edition: Stock

 

« Ils traversaient les villages déserts, d’autres en liesse. Ils roulaient à bord d’une Ford noire, le toit ouvert. Elle interrogeait les paysans, et Ridel et Carpentier jouaient les interprètes. Ils riaient beaucoup. C’était un trio libre qui traçait la campagne ».

« Elle contemplait les feuilles des arbres, le ciel bleu, les avions qui allaient et venaient, piquaient net puis mitraillaient le sol. D’énormes obus labouraient les terrains, là une meule explosait et s’éparpillait comme une boule de pissenlit, ici un cabanon de pierres s’effondrait ».

Colonne est le dernier tableau d’un triptyque littéraire qui a vu naître et paraître Constellation (1), puis Capitaine (2). Pour ce roman, Adrien Bosc, s’est attaché à la présence de la philosophe Simone Weil à Barcelone et sur le front, durant les premiers temps de la Guerre d’Espagne. Présence dont on ne sait que très peu de choses, quelques feuillets de son Journal d’Espagne. Présence au sein de la Colonne Durruti (3) qui regroupe des anarchistes de la CNT et de la FAI, et compte dans ses rangs de nombreux étrangers, une collision de destins rassemblés en une communauté provisoire. Présence au temps de l’action, et à celui de la pensée : Écrire, penser, agir sont une seule et même chose.