Identification

Les Livres

Le Paradis de Cézanne – Philippe Sollers (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 05 Novembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Arts, Cette semaine

Le Paradis de Cézanne – Philippe Sollers – Gallimard – 152 p. - 28 euros – 17/09/26. . Ecrivain(s): Philippe Sollers

 

« Les sensations formant le fond de mon affaire, je crois être impénétrable. »

Paul Cézanne

« Cézanne, c’est Dieu. »

Pablo Picasso

« Ces journées passées dans le pays de Cézanne valent autant qu’une bibliothèque tout entière de livres de philosophie. Si seulement quelqu’un était capable de penser de manière aussi immédiate que Cézanne peignait. »

Martin Heidegger (1)

« Cézanne n’est ni classique, ni romantique, ni moderne. Il salue la beauté sans âge, il sort de l’enfer, il est projeté, instinctivement immémorial, dans un autre rapport à l’être, unique, inhabituel. »

Philippe Sollers

La première édition du Paradis de Cézanne paraît, apparaît car les tableaux de Cézanne sont des apparitions, en 1995, chez son éditeur Gallimard. L’écrivain reprend son texte dans Éloge de l’Infini, le second volume de son encyclopédie savoureuse et savante en 2001, toujours chez Gallimard. Nous voici aujourd’hui face à une nouvelle édition de l’ouvrage, riche d’une nouvelle couverture, à l’occasion de l’exposition « Cézanne et nous », au Grand Palais à Paris, une nouvelle édition que l’on reçoit comme une missive heureuse du Paradis, celui de Sollers et celui de Cézanne.

Mon ange, Guillermo Rosales (par Sandrine Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 05 Novembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

mon ange, editions actes sud, 2002, guillermo rosales, roman traduit de l’espagnol (cuba) par liliane hasson, 126 pages, 1987.

 

Tu seras bien ici (…). Il n’y a plus rien à faire.

Le frontispice. Les cent-vingt-six pages sont autant de portes qui se verrouillent après avoir été franchies. Derrière ou devant chacune, c’est le précipice au temps présent, qu’il soit conjugué ou pas. Pas de chapitres. C’est l’échec du corps, de la raison, de la politique, de l’espoir et de l’amour dès l’entrée du livre.

William Figueras est un écrivain cubain. Il a trente-huit ans. William a fui Cuba, en 1979. Il a de la famille à Miami. L’asile.

La famille censée le recueillir à son arrivée, au port de Miami, le conduit dans un Boarding Home. Le voyage sémantique sur une planche de bois. Le Boarding Home est une pension de famille. Le contre-espace selon la formule de Michel Foucault, l’autre lieu qui conteste la chaleur de l’extérieur. La contestation physique de l’espace. L’anomalie par laquelle le froid n’existe pas, il n’est qu’une réaction à la chaleur. L’asile pour les fous. Le refuge des marginaux. L’hospice. Le foyer insalubre des travailleurs, pour un seul qui travaille de nuit dans une pizzeria, les autres lui font les poches. Les pesos volés durant le jour, les pesos sont des dollars, c’est comme ça ici. La fouille. Et la mémoire qui a foutu le camp. C’est le dernier abri avant le trou.

Les Lieux Souterrains (Vivir abajo), Gustavo Faverón Patriau (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 04 Novembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Christian Bourgois, La rentrée littéraire, En Vitrine, Cette semaine

Les Lieux Souterrains (Vivir abajo), Gustavo Favrón Patriau, traduit de l’espagnol (Pérou) par Robert Amutio, éditions Christian Bourgois 2026, 693 p., 29 € Edition: Christian Bourgois

 

Le plus grand livre de la décennie littéraire

Tant que nous pourrons lire des monuments littéraires tels que ce miracle qui nous vient du Pérou, nous serons rassurés sur l’état de la littérature sérieusement chahuté aujourd’hui par les coquins et les errances éditoriales.

Le miracle ici tient à l’exploration de toutes les possibilités que permet la littérature : les effets miroir, les allusions déconcertantes, les surprises narratives, les variations stylistiques, les personnages improbables. La machine romanesque de cet ouvrage balaye tout sur son passage et nous emporte dans un univers à part entière, fondé sur des ambigüités structurelles.

La première page déjà nous fait basculer dans un trouble profond qui, jamais tout au long du roman, ne nous quittera. Qui est George ? La colonne de gauche de la page 1 ou la colonne de droite ? Un mouvement d’osmose entre les deux ? Ou peut-être cet homme qui sait ce que sera sa monstruosité et hésite encore à l’accomplir.

La disparente (En fun & Raille), Elisabeth Morcellet (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 04 Novembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

La disparente (En fun & Raille), Elisabeth Morcellet Éditions du Cygne, coll. Voix au poème - 15€

 

En exergue de La disparente, Élisabeth Morcellet place ces mots de Sartre, extraits de L’existentialisme est un humanisme : « L’homme n’est rien d’autre que son projet, / il n’existe que dans la mesure où il se réalise, / il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de / ses actes, rien d’autre que sa vie. » Une citation qui pourrait sembler, de prime abord, étrangère au livre : que vient faire ici l’existentialisme sartrien, avec son insistance sur le projet, l’acte et la responsabilité de l’existence ? Mais peut-être faut-il justement prendre cet exergue au sérieux. Car que reste-t-il d’une vie lorsque celle-ci s’est achevée ? Que reste-t-il d’une mère lorsque ses actes, ses gestes, sa voix, sa présence ne peuvent plus se poursuivre qu’à travers la mémoire de celle qui lui survit ?

C’est précisément dans cette zone que se tient La disparente : là où la poésie n’exprime pas seulement le deuil, mais fait subir à la langue l’épreuve de la disparition.

Cher Voltaire. Correspondance de Madame du Deffand avec Voltaire (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 03 Novembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Correspondance, Cette semaine, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Cher Voltaire. Correspondance de Madame du Deffand avec Voltaire, éd. d’Isabelle et de Jean-Louis Vissière, nouvelle édition, éditions Des Femmes, 384 p., 2026, 25 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque


L’épistolière philosophe

 

Marie de Vichy-Chamrod, marquise du Deffand (1697-1780), « vieille dame aveugle, désillusionnée, aigrie » [Isabelle & Jean-Louis Vissière], a tenu un salon des plus brillants à partir des années 1740, « un foyer d’attraction, un lieu où souffle l’esprit parisien » [Idem]. L’on y rencontre les grands seigneurs et les gens de lettres, mondains et intellectuels, diplomates et altesses de toute l’Europe. Bien avant l’ère des Romantiques, Mme du Deffand et Voltaire (1694-1778) souffrent de « spleen », de « vapeurs noires, de vapeurs anglaises » [Id.]. Un pessimisme, une horreur de la mort, des angoisses teintent cette correspondance effervescente. À ce propos, citons Voltaire : « le peu que j’ai encore à ramper sur le tas de boue où la nature nous a mis », et Mme du Deffand : « depuis six semaines ou deux mois je suis noire comme de l’encre ».

La célèbre salonnarde et écrivaine, affronte Voltaire aux « mesquineries de femmelette » [I., J.-L. Vissière], elle qui ne put recevoir l’éducation intellectuelle et philosophique réservée aux hommes : « Le conditionnement qu’elle a subi au couvent et dans les salons finit par oblitérer en elle toute velléité de révolte et lui interdit même les ambitions littéraires » [Id.]. Une correspondance assidue s’étend de 1758 à 1779 : « tout ce qui me vient de vous me tire de la léthargie qui devient presque mon état habituel (…) je vous trouve le seul homme vivant qui soit sur terre » - phrase qui ressemble presque à une déclaration amoureuse… Voltaire est quasi déifié : « vous êtes le seul saint devant qui je brûle ma chandelle ». Voltaire épistolier se fait précieux en nommant ses écrits « quelques rogatons ».