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Les Livres

Fonseca, Jessica Francis Kane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La Table Ronde, En Vitrine, Cette semaine

Fonseca, Jessica Francis Kane, traduit de l’américain par Mona de Pracontal pour La Table Ronde 2026. 260 p. Edition: La Table Ronde

 

Roman troublant, inattendu, dérangeant par sa faculté à dépayser aussi bien par le paysage géographique que dans le paysage littéraire, Fonseca est un grand livre. De la situation de départ jusqu’au terme du séjour improbable de Penelope et de son fils Valpy dans une bourgade (imaginaire ?) du Mexique dans les années 50, rien, jamais, n’est prévisible.

Imprévisibles, les personnages le sont tout autant que les événements. Cette mère enceinte qui embarque d’Angleterre avec son fils de 5 ans pour un quelque part au Mexique dans une quête improbable d’héritage. Ces deux vieilles femmes, deux sœurs alcooliques, qui les accueillent dans une demeure peuplée de gens sortis d’on ne sait où et de fantômes qui errent dans les couloirs. Une cour de prétendants (qui eux aussi prétendent à « l’héritage ») composée de doux dingues aux trajectoires aussi éberluantes que celles des personnages de Gabriel Garcia Marquez.

Histoire de Sindbad le Marin, un conte des Mille et Une Nuits (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays arabes, Zulma, Contes, Cette semaine

Histoire de Sindbad le Marin, un conte des Mille et Une Nuits, trad. J. C. Mardrus, 160 p., en librairie le 2 juillet 2026, éd. Zulma, 9,95€ Edition: Zulma

 

L’Histoire de Sindbad le Marin (racontée par Schahrazade entre la 290ème et la 316ème nuit), l’un des contes parmi les plus connus des Mille et Une Nuits, est un morceau d’anthologie. C’est par le récit d’« un homme appelé Sindbab le Portefaix (…) un homme pauvre de condition et qui avait coutume, pour gagner sa vie, de porter des charges sur sa tête », que Schahrazade débute son nouveau conte. Accablé de chaleur, Sindbab le Portefaix s’arrête devant la porte d’un riche marchand, et fait entendre son malheur sous forme d’un poème en vers improvisé. Le riche marchand, Sindbad le Marin, (sachant que Sindbad est un prénom porté par deux personnages différents), ému de ces doléances, l’invite à se rafraîchir en son opulente demeure.

L’empereur de la joie, Ocean Vuong (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

L’empereur de la joie, Ocean Vuong, éd Gallimard coll Du monde entier, 499pp, 25€

 

Joie du roman

La joie est ou n’est pas.

Ocean Vuong nous enfonce bas dans la joie dostoïevskienne, dans les bas-fonds de Gogol, sous terre où rampent à fond sur leurs vélos à grosse roue les livreurs de pizza, les découpeurs de poulets, les rôtisseurs et les hambourgeuteurs, ce grouillement d’humains tout en bas du bas. Ici, dans une ville pourrave donc joyeuse de Nouvelle-Angleterre. Plutôt en haut sur la carte, on peut même dans une virée de van visant à chercher des stocks d’épinards toucher au Vermont, ça dit peu à peu, sans doute, sauf aux américanophiles qui restent ou aux phobes de plus en plus nombreux.

Un remède pour les deux : lire Ocean Vuong !

Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 31 Août 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Autrement, Cette semaine

Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West, traduit de l’anglais par Micha Venaille, Autrement, octobre 2025, 192 pages, 17 € Edition: Autrement

 

Vita Sackville-West est une autrice discrète dans l’histoire de la littérature anglaise, qui sera bientôt plus connue pour avoir été l’amante de Virginia Woolf que pour son œuvre propre. Bien que cette situation sentimentale ait occasionné une petite merveille : Woolf lui ayant interdit d’écrire une quelconque fiction, Sackville-West s’est tournée vers son autre passion, le jardinage, et a rédigé un très beau Journal de mon jardin, dont nous parlerons peut-être un jour ici. Toujours est-il que, Dieu nous en garde, l’interdit de Woolf fut un jour levé, que l’œuvre de Sackville-West a continué, développant encore et toujours un même et unique thème, ce pour quoi d’aucuns pourraient la tenir pour mineure : dans un monde aristocratique corseté, l’avènement d’une révélation, une soudaine et souvent tendre mise à nu des sentiments, que l’on retrouve dans Toute passion abolie (son chef-d’œuvre lumineux), Ceux des îles ou encore Grand Canyon (déjà évoqué ici). D’un style plus précis que précieux, Sackville-West observe ses contemporains, la société dans laquelle elle évolue, et les imagine libres, ne fût-ce que de dire ce qu’ils ressentent ; c’est d’une sobre beauté, et quiconque est tombé sous le charme de l’écriture de Sackville-West ne peut que la célébrer de creuser non pas le même sillon, mais le même champ, histoire de voir ce qui va pousser dans ce terreau typiquement anglais.

Quarantaine suivi de Quelques érotiques, Jean-Pierre Otte (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 31 Août 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

Quarantaine suivi de Quelques érotiques, Jean-Pierre Otte, éd. SANS ESCALE, 82 p., 2026, 15€

 

Capture du temps

Quarantaine : titre à double entrée, avec 40 poèmes qui composent le premier recueil du livre, et aussi, retrait du monde, retrait des actions inutiles. Ces 40 poèmes sont de forme fixe, celle du rondeau que l’on retrouve ici avec 4/4/5 vers en 3 strophes.

Très vite m’est revenu à l’esprit la citation de Jean dans une de ses épîtres, soulignant l’importance de l’eau, du sang et de l’Esprit, 3 sources mystiques qu’il est difficile de fermer sur une seule signification, si l’on excepte le sens purement religieux. Cependant le monde imagé de Jean-Pierre Otte en approfondit le sens, en donne une version, pour en proposer une inflexion proprement humaine, une poésie du dedans en son mystère.

S’aventurant dans les entrailles de la mer,

le plongeur en apnée cherche,

d’abord portés en lui-même,

les fers des esclaves et des trésors engloutis,

exerçant sur nous une fascination silencieuse.