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Les Livres

Rococo Notes, Fabio Viscogliosi (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Actes Sud

rococo notes, fabio viscogliosi, actes sud, 251 pp, 26€

Caféine et dons d’âne

L’auteur sait que son patronyme ne reste pas dans les mémoires si facilement : Où que j’aille en France, le mien m’a longtemps posé problème. Trop bizarre, trop compliqué, on le raccourcissait ou l’écorchait sans cesse, me souhaitant bon courage dans la vie, avec un nom pareil.

Retenez-le, apprenez-le, relisez-le à l’orée de ce papier consacré aux Rococo Notes de Fabio Viscogliosi. Répétons : Vis co gli o si !

L’auteur touche sa bille, a toutes les cordes à son arc, tous les claviers sous les doigts, toutes les palettes aux yeux. Si la littérature est swing, son livre l’est, et ce, depuis un certain temps ! L’âge est là, il ne nous cache rien : Avec l’âge, ma main s’est mise à trembler. Plus ou moins selon les heures. « Tremblement essentiel », disent les spécialistes, comme s’il s’agissait de rappeler que la ligne droite n’existe jamais vraiment.

Simple comme un trait ou un rapport de son et d’échelle : En fin de compte, la réalité est-elle autre chose qu’un rapport d’échelle ?

Description sans domicile, Wallace Stevens (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 06 Juillet 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, USA, Poésie

Description sans domicile, Wallace Stevens, trad. Bernard Noël, éd. bilingue, Editions Unes, 80 p., 2026, 18€

Inclusion, exclusion

J’ai été happé d’un seul coup par une évidence poétique : la poésie est une machine de la vie. Elle traverse les existences en en retirant la substantifique moëlle. Il n’y a pas de poésie sans réalité(s). Il n’y a pas de texte sans vie, sans temps, sans mouvement. Voilà par quelles sensations je fus happé, appelé. J’ai été touché profondément et durablement par ce lien entre le langage et la réalité (les réalités) que met en évidence Wallace Stevens.


Nous nous disons que Dieu et l’imagination ne font qu’un…

Et qu’elle est haute cette lumière très haute qui éclaire le noir.

Hors de cette lumière-là, hors de l’esprit central,

Nous élevons dans l’air du soir une demeure,

Où il nous suffit d’être ensemble.

J’ai dit Velours, Martine Roffinella (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Lundi, 06 Juillet 2026. , dans Les Livres, La Une Livres, Tarmac Editions

J’ai dit Velours, Martine Roffinella, Tarmac éditions, 2026 (10 euros) Edition: Tarmac Editions

 

J'ai dit Velours. Je viens de terminer la lecture de cette courte, très courte pièce de théâtre en quatre actes. Velours, la bien-nommée, mélange d'insolence, d'indulgence, de bon sens et d'extrême amour, m’est apparue comme la Folle de Chaillot d'aujourd'hui. Dieu sait si j'aime La Folle de Chaillot.

Précisons le titre : J'ai dit velours. Autrement dit : Je te l'ai dit, Velours ! Je te le redis, Velours ! Écoute-moi ! C'est l'Église qui parle, mais c'est peut-être Dieu qui nomme Velours la petite mécréante insoumise.

La plume de Martine Roffinella est une griffe, sous-tendue par les griffures de la vie. Une griffe qui exhale l'amour, celui qu'on donne, celui qu'on appelle, qui ne vient pas et qui afflige.

Aucun chiqué. Le chiqué, on le voit souvent chez des auteurs qui se piquent d'écrire à la Céline. Ici rien ne sonne faux.  Rien de fabriqué. Une langue forte, issue des entrailles et qui, en cela, aurait intéressé Céline et Jehan-Rictus, l’auteur des Soliloques des pauvres.

Seule la mer s’en souviendra, Isabelle Autissier (Par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 03 Juillet 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Seule la mer s’en souviendra/Isabelle Autissier/Livre de Poche

1968. Le Golden Globe Challenge est le défi organisé par le journal le Sunday Times. Une idée de Sir Francis Chichester, un aviateur et un navigateur britannique, né soixante-sept ans plus tôt. Première course à la voile en solitaire et sans escale, au sextant et à la boussole, Robin Knox-Johnston remporte le trophée. Le premier homme à accomplir le tour du monde, le seul des neuf participants à terminer la course en trois-cent-treize jours. Les huit autres concurrents abandonnèrent la course, le monde, la vie.

Donald Crowhurst a trente-cinq ans en 1968. Il est un entrepreneur dynamique et un navigateur passionné, ces adjectifs suffisent-ils, cette course est l’occasion de sauver son entreprise de la faillite et de prouver au monde l’ingéniosité des équipements de navigation qu’il conçoit et commercialise. Il fait construire un trimaran, modèle peu utilisé en course, trop lent et impossible à redresser s’il chavire. Peu importe, il a le concept, l’expérience pas tellement, l’innovation qui fera la différence. Une famille, des amis, des partenaires. Mais il manque de temps, il faut partir le 31 octobre 1968 pour ne pas être disqualifié, tant pis pour ce qui ne sera pas embarqué, il terminera les branchements pendant la course. L’installation. Il faut d’abord y croire.

Jésus-la-Caille de Francis Carco (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 02 Juillet 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Bouquins (Robert Laffont)

Francis Carco, Romans, édition établie et présentée par Jean-Jacques Bedu et Gilles Freyssinet, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2004, 1230 pages, 31 euros Edition: Bouquins (Robert Laffont)

 

On entre avec aisance dans Jésus-la-Caille, premier roman publié en janvier-février 1914 dans Le Mercure de France d’Alfred Vallette et Rachilde par Francis Carco qui deviendra ensuite, à l’instar de son presque exact contemporain Pierre Benoit, un écrivain à succès. L’efficacité narrative, la manière dont les principaux personnages sont introduits (Jésus-la-Caille, Pépé-la-Vache, le Corse, Fernande…) et dont l’intrigue est nouée (arrestation et emprisonnement de l’« homme » de la Caille, Bambou) rendent la lecture plaisante. On s’aventure dans un milieu (celui, montmartrois, des souteneurs, des « pierreuses » et des « jésus ») pour nous, à cent douze ans de distance, exotique. Il y a un dépaysement propre à provoquer la songerie, voire la nostalgie.

Une gêne, une frustration qui n’est pas tout à fait une déception apparaissent toutefois, cette visite des quartiers interlopes circa 1910 prenant vite un aspect « muséal ». On retrouve les contradictions du pittoresque (social et historique en l’occurrence) en littérature : il charme d’abord puis lasse par manque de profondeur, de consistance.