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Les Livres

Mémoire des mots, François Teyssandier (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 05 Janvier 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Mémoire des mots, François Teyssandier, illust. Jamil Boucheqif, éd. Polyglotte, coll. Voix Boréales, 102 p., 2019, 12€


 

Les poèmes de François Teyssandier nous conduisent, nous indiquent un chemin parmi des éléments primaires (l’eau, le feu, l’éther et la terre envisagés par Empédocle), où le poète cherche la profondeur, cherche une langue pour ne pas périr, une langue insondable, une langue où la pensée est claire et pénétrante, où elle est matin, lumière, gaz énivrant.

On se prépare dès le début du recueil à accomplir un périple, une déambulation, une pérégrination pour être plus juste depuis la présence physique de la vie (y a-t-il ici une leçon tirée de Hume ?), l’expression de la nature portée par une langue simple, épurée, sobre et cependant lyrique.

Griffes 26 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 05 Janvier 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Populicide, Phillipe de Villiers, 2025. Fayard. 418p. 20,80€

Un livre court, assemblage de paragraphes à mi-chemin entre le script radio, l’adresse au peuple, le journal et la rumination. Les oblations du vieil homme. Un livre dont on peut dire qu’il y a là « une plume », comme on pouvait le dire il y a longtemps pour les sous-préfets épris de littérature. Tout s’y mélange allègrement, allégories, paraboles, images, anecdotes, leçons et parallèles. Quelquefois c’est involontairement cocasse. L’auteur semble croire à la réalité d’une parabole, confond image et instantané, allégorie et prophétie, parallèles et identité. Les chiffres sont utilisés de façon très personnelle : « On sait maintenant que, lorsque la oumma s’installe, il faut en moyenne sept siècles pour la dégager. 700 ans en Espagne, entre 150 et 480 ans en Europe centrale et orientale, depuis la Hongrie jusqu’à la Serbie du Kosovo. » La notion de moyenne est malléable, mais De Villiers est bon prince : « Les migrants du Sud, aspirés vers le nord, déposant le sac de voyage là où s’opère la rencontre insolite avec les défilés de dégenrés des technoparades, hauts en couleurs décadentes, ne sont pas responsables de cette décomposition. » Le style varie peu : une sorte d’hommage à une théâtralité fin de siècle, de l’ampleur dans la phrase, un amour de l’énumération et de l’emphase. Une sorte de cabaret grotesque (au sens littéraire), Poe rencontre Péguy. Rien n’arrête notre missionnaire, guidé par Saint Paul, Houellebecq et Onfray.

La Réjouissance, Stéphane Barsacq (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 18 Décembre 2025. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, En Vitrine

La Réjouissance – Stéphane Barsacq – Editions le Corlevour – 192 p. – 20 euros – 21/10/25. . Ecrivain(s): Stéphane Barsacq

 

« Les classiques sont tout le contraire du passé. Ils disent le temps et fixent la durée : ils sont pliés dans leur époque dans l’attente d’être dépliés dans la nôtre. »

 

« On lit un livre consacré qui appartient à l’histoire et soudain on découvre qu’un homme, comme vous, était derrière, qui n’est plus, qu’il a vécu, qu’il a eu des enfants, qu’il est mort, et que, à leur tour, ses enfants sont morts, eux dont le tombeau est visible : on a alors quitté la littérature, pour pénétrer, sans s’en être aperçu, de qui fait son fond – cette manière d’habiter l’exil et l’histoire, et d’indiquer un chemin toujours nouveau. »

Approches de Dante

La marchande d’oublies, Pierre Jourde (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Jeudi, 18 Décembre 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

La marchande d’oublies, Pierre Jourde, Gallimard août 2025, 656 p. 25 €

 

Progresser dans nos quêtes, l’Art ne sert qu’à ça :

“That’s the way to do it ![1]

 

On ne peut dénier à Pierre Jourde la cohérence avec laquelle il fait œuvre. Dans une filiation gracquienne, il n’a jamais mâché ses mots à l’égard de la société du spectacle littéraire, et de la tartufferie critique qui l’accompagne. Il le sait, le trop de lumière tend à faire du masque médiatique un visage, et détruit le créateur. Aussi Jourde a-t-il toujours privilégié les rencontres, entretiens écrits, podcasts, vidéos sur des plateformes littéraires ou cultures alternatives et, avant de se lancer vraiment dans l’affaire-roman (après de nombreux essais et Carnage de Clowns en 99) prit-il soin de fourbir son arme ultime d’essayiste.[2]

Claude Simon La corde raide (avec Le Tricheur) (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 17 Décembre 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Claude Simon La corde raide (avec Le Tricheur) éd de minuit. 451 pp 23€

 

Claude Simon, deuxième roman

On ne sait jamais de quoi on parle avant d’en parler.

Claude Simon l’écrit plutôt à la fin de son second roman La corde raide. Il reparaît comme une archive, mieux qu’une archive, un peu inerte ou poussiéreuse, ici décapante et tonique.

Édité en 1947, La corde raide est à part entière une œuvre et la matrice de celles à venir. Le journal de guerre s’y écrit, brutal et à tenir pour vrai car si chaud de l’expérience. Sans décor, Sans fioritures ni une quelconque afféterie : brut comme un colonel à cheval fauché par un sniper embusqué ou deux cyclistes filant à l’aller, étendus sur le côté au retour : Sur la droite, au revers du talus, il y avait deux soldats en combinaisons bleues, étendus, leurs vélos auprès d’eux. Ils n’étaient pas là lorsque nous étions passés quelques minutes auparavant. Un regardait fixement. Les morts avaient toujours cet air idiot et surpris, la bouche ouverte.