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Les Livres

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles, Cette semaine

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent, Héros-Limite, août 2025, 90 pages, 18 euros. . Ecrivain(s): Jim Harrison


La couverture blanche de l’ouvrage, nuages et chevaux à l’encre violette dont les yeux, les naseaux, les crins sont nettement tracés, évoque autant le milieu dans lequel se déroule l’intrigue que le caractère de son héros, Owen, insaisissable par tout autre qu’une personne assez proche pour le rassurer, assez humble pour le laisser déployer librement ses passions.

Tel est Wendell. Admirant son cousin, orphelin à cinq ans et élevé avec lui, dresser une pouliche, Wendell avoue un indéfectible sentiment : « J’ai senti une violente bouffée d’affection et je me suis encore demandé pourquoi cet homme courageux, charmant et amoureux de la vie cravachait aussi dur vers le précipice de la folie. »

La plupart des entreprises d’Owen semblent pourtant réussir, à commencer, dès l’adolescence, auprès des femmes. Wendell, sage et renommé juriste, fidèle à l’ennuyeuse Patricia, en est un peu étourdi : « Cette nature sexuelle des femmes est toujours une énigme pour moi, et j’ai découvert en grandissant qu’Owen la comprenait très bien. »

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre Nedelec (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre Nedelec - Editions La Part Commune, 74 pages, avril 2026, 12€


"Pourquoi voulez-vous que je deuille ? Je ne veux pas deuiller.

Pas d'œillet ! pas d'œillet ! juste couler dans un vase

bien profond des larmes sucrées-salées juste assez chaque jour

pour ces œillets de poète que tu m'offrais retour du marché

des Lices." (p.51)

"Bonne nuit, Chipie la Galette", titre inattendu pour un chant de disparition (de la bien-aimée) ! L'ode funèbre hilarante (même si elle est franche et particulièrement émue) n'est pas un genre couru (ni facile !) : Jean-Pierre Nédelec y salue sa compagne peintre Maryvonne d'un sobriquet qu'on devine ancien et affectueux : Chipie la galette, qui donne le ton de cet hommage si peu solennel, mais d'une étrangement familière gravité (des tags clownesques nous attendant dans une chambre mortuaire font baisser les yeux en nous taquinant le cœur).

Fonseca, Jessica Francis Kane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La Table Ronde, En Vitrine, Cette semaine

Fonseca, Jessica Francis Kane, traduit de l’américain par Mona de Pracontal pour La Table Ronde 2026. 260 p. Edition: La Table Ronde

 

Roman troublant, inattendu, dérangeant par sa faculté à dépayser aussi bien par le paysage géographique que dans le paysage littéraire, Fonseca est un grand livre. De la situation de départ jusqu’au terme du séjour improbable de Penelope et de son fils Valpy dans une bourgade (imaginaire ?) du Mexique dans les années 50, rien, jamais, n’est prévisible.

Imprévisibles, les personnages le sont tout autant que les événements. Cette mère enceinte qui embarque d’Angleterre avec son fils de 5 ans pour un quelque part au Mexique dans une quête improbable d’héritage. Ces deux vieilles femmes, deux sœurs alcooliques, qui les accueillent dans une demeure peuplée de gens sortis d’on ne sait où et de fantômes qui errent dans les couloirs. Une cour de prétendants (qui eux aussi prétendent à « l’héritage ») composée de doux dingues aux trajectoires aussi éberluantes que celles des personnages de Gabriel Garcia Marquez.

Histoire de Sindbad le Marin, un conte des Mille et Une Nuits (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays arabes, Zulma, Contes, Cette semaine

Histoire de Sindbad le Marin, un conte des Mille et Une Nuits, trad. J. C. Mardrus, 160 p., en librairie le 2 juillet 2026, éd. Zulma, 9,95€ Edition: Zulma

 

L’Histoire de Sindbad le Marin (racontée par Schahrazade entre la 290ème et la 316ème nuit), l’un des contes parmi les plus connus des Mille et Une Nuits, est un morceau d’anthologie. C’est par le récit d’« un homme appelé Sindbab le Portefaix (…) un homme pauvre de condition et qui avait coutume, pour gagner sa vie, de porter des charges sur sa tête », que Schahrazade débute son nouveau conte. Accablé de chaleur, Sindbab le Portefaix s’arrête devant la porte d’un riche marchand, et fait entendre son malheur sous forme d’un poème en vers improvisé. Le riche marchand, Sindbad le Marin, (sachant que Sindbad est un prénom porté par deux personnages différents), ému de ces doléances, l’invite à se rafraîchir en son opulente demeure.

L’empereur de la joie, Ocean Vuong (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

L’empereur de la joie, Ocean Vuong, éd Gallimard coll Du monde entier, 499pp, 25€

 

Joie du roman

La joie est ou n’est pas.

Ocean Vuong nous enfonce bas dans la joie dostoïevskienne, dans les bas-fonds de Gogol, sous terre où rampent à fond sur leurs vélos à grosse roue les livreurs de pizza, les découpeurs de poulets, les rôtisseurs et les hambourgeuteurs, ce grouillement d’humains tout en bas du bas. Ici, dans une ville pourrave donc joyeuse de Nouvelle-Angleterre. Plutôt en haut sur la carte, on peut même dans une virée de van visant à chercher des stocks d’épinards toucher au Vermont, ça dit peu à peu, sans doute, sauf aux américanophiles qui restent ou aux phobes de plus en plus nombreux.

Un remède pour les deux : lire Ocean Vuong !