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Les Livres

Selfie lent, Armand Dupuy (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 12 Avril 2021. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Selfie lent, Armand Dupuy, Les éditions Faï fioc, janvier 2021, 112 pages, 13 €

 

Construire le texte

Comme souvent, j’ai pris un délai entre la rédaction de ces lignes et ma lecture du dernier livre d’Armand Dupuy. De fait, je crois pouvoir redonner une impression définitive de ce travail. Par exemple en disant que ce « journal-poème » qui se présente d’un seul tenant typographique (j’y reviendrai), m’a semblé l’objet d’un grand, long et méticuleux labeur de réécriture, afin de ne pas laisser sans soins la moindre épithète ni la plus petite ponctuation. J’ai au reste, imaginé des titres à cette chronique, que je recopie de mes notes : écrire le peu – retirer – ne pas dire trop – évider le temps réel – vers le verbe – vers une faim… Ainsi, cette pause entre ces deux activités de lire et d’écrire, procède en un sens de la manière qui semble avoir été un souci important, c’est-à-dire, aller à l’essentiel.

Rien que l’amour, Lucien Becker (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 09 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde - La Petite Vermillon

Rien que l’amour, Lucien Becker, 432 pages, 10,50 € Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Né en Moselle en 1911, décédé à Nancy en 1984, Lucien Becker, entré dans l’administration de la police, écrivit très tôt (dès 1929) et annonça en 1961 qu’il n’écrirait plus. Son dernier recueil date de cette année-là : L’été sans fin. Mais nombre de poèmes inédits et posthumes sont repris dans cette édition qui comporte en outre des lettres de pairs ou de poètes admirés (Tardieu, Réda, Senghor, Bachelard, Bousquet…). Cet ensemble copieux, plus de quatre cents pages, convaincra le jeune public de l’intérêt de cette poésie toute dédiée à l’amour. Les titres parlent d’eux-mêmes et suggèrent, comme le note bien Guy Goffette dans sa longue préface, les blessures perçues dès le plus jeune âge : Pas même l’amour ; Le jeu des corps ; Le désir n’a pas de légende ; Les pouvoirs de l’amour ; Plein amour. De 1929 à 1961, une quinzaine de titres et des publications chez Gallimard (dès 1944) le font reconnaître de Char, Follain, etc.

C’est « un désastre intérieur » qui préside à l’écriture du poème, c’est la solitude extrême, c’est encore le silence, c’est la présence aussi d’Yvonne, sa femme, et de leur fille.

Josée Meunier, 19, rue des Juifs, Michèle Audin (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 09 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Josée Meunier, 19, rue des Juifs, mars 2021, 194 pages, 17 € . Ecrivain(s): Michèle Audin

 

Dans l’un de ses précédents romans, Comme une rivière bleue, Michèle Audin avait décrit la Commune de Paris à partir des quartiers de Paris où celle-ci avait connu les activités et faits les plus marquants et significatifs ; elle avait restitué l’histoire à hauteur des destinées individuelles, obscures, celles des sans-grades.

Dans Josée Meunier, 19 rue des Juifs, l’auteure reprend ce mode de récit en le circonscrivant à un immeuble, celui du 19 rue des Juifs, situé dans le quatrième arrondissement de Paris. Elle prend pour point de départ une perquisition menée par un certain Victor Berlioz, commissaire de police de son état : il ressort quelque peu bredouille de sa descente de police, il n’a pu, en effet, cueillir des suspects et n’a recensé qu’une concierge, Madeleine, un coiffeur, Mlle Georgette, couturière, Madame Dubois, une ouvrière en cartonnages.

Pourtant, l’immeuble du 19 rue des Juifs fut le lieu d’où s’échappèrent Josée Meunier et d’autres membres de sa famille pour rejoindre en exil à Londres Albert Theisz, bronzier et ardent partisan de La Commune.

Le Livre noir, Textes et témoignages, Ilya Ehrenbourg, Vassili Grossman (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 09 Avril 2021. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le Livre noir, Textes et témoignages, Ilya Ehrenbourg, Vassili Grossman, Actes-Sud, 2019, trad. russe, Carole Moroz, 1136 pages, 28 €

 

Le Livre noir, textes et témoignages sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945, traduits du russe par Yves Gauthier, Luba Jurgenson, Michèle Kahn, Paul Lequesne et Carole Moroz, sous la direction de Michel Parfenov.

Dans une des pages incandescentes qu’il a consacrées au procès Eichmann, Kessel raconte qu’à un moment, installé de façon provisoire dans la salle de presse et suivant les débats par écran interposé, il voyait « le visage d’Eichmann […] en gros plan, déformé, couturé, déchiré de tics. La voix avait une intonation presque hystérique. Elle s’écriait par saccades :

– Affirmation étrange, absurde ! Je ne connaissais pas les chiffres. Et que ne disait-on pas ? Commérages de Nuremberg. Bavardages d’Auschwitz. Les uns assuraient que j’avais cité cinq millions de Juifs exterminés, d’autres que c’était deux millions, et d’autres six millions.

Le Train des enfants, Viola Ardone (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 08 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Albin Michel, Italie

Le Train des enfants (Il Treno dei bambini, 2019), Viola Ardone, janvier 2021, trad. italien, Laura Brignon, 292 pages, 19,90 € Edition: Albin Michel

 

Les pieds dans des chaussures. L’odeur et la forme. L’empreinte. À hauteur d’enfant. Parce que les enfants voient d’abord les pieds des adultes. Amerigo Speranza a sept, presque huit ans. Une vie en cinquante-trois chapitres. Du Sud au Nord de l’Italie. Père inconnu. La mère, Antonietta, elle est belle. Une voix de contrebasse. Belle parce que les enfants entendent ce que disent les hommes d’elle. Et le père est parti, ou reparti en Amérique, une fois la seconde guerre mondiale terminée. Terminée. Ça, c’est l’histoire qu’elle raconte à Amerigo.

« Les femmes, elles, marchent sans honte et traînent deux, trois, quatre enfants par la main. Moi je suis fils unique, vu qu’avec mon frère Luigi on n’a pas eu le temps de se connaître. On n’a pas eu le temps avec mon père non plus, je suis né en retard sur tout le monde ».