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La Une CED

Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu, Anne Sexton (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 26 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, USA

Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu, Anne Sexton, trad. Sabine Huynh, avant-propos Linda Gray Sexton, éd. des femmes Antoinette Fouque, 224 p., mai 2026, 22€

Mon sentiment de lecteur du dernier recueil d’Anne Sexton, traduit en français en ce début d’année par Sabine Huynh pour les éditions des femmes, relève d’une double appréciation. D’une part le livre est hanté par l’univers matériel, moral, affectif et physique de la poétesse, et d’autre part, par une expression poétique, esthétique, une vision du monde, en considérant que ce livre autotélique est pénétré d’une certaine contemporanéité, celle des années 60. Entre ces deux facteurs il y a porosité. En tout cas, l’on ne se défait jamais de la personnalité de l’autrice, ni de sa condition de femme américaine des « trente glorieuses ». Il est facile de pister la sociologie de la poétesse. Bien sûr cela n’est pas un témoignage mais une prière, pas une étude scientifique mais une œuvre, pas un bilan psychiatrique mais une écriture, pas une psychanalyse mais un cri. Tout repose d’ailleurs sur un savant équilibre entre la maladie, la mort et la pulsion de vie, le génie poétique. L’on devine quand même une école (le Confessionnalisme) mais sans aucune rigidité dans le style. Tout est double ou poreux, imbibé et liquide et en même temps plein de chair, de choses osseuses, consistantes. Lymphatiques, substances nutritives, et échos fermes et durs d’une réalité somme toute suicidaire.

Les pas lents du poème, Ida Jaroschek (Par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Les pas lents du poème, Ida Jaroschek - Rafael de Surtis, 162 pages, 1er trimestre 2026, 19€

"J'attends

les pas lents du poème

les pas de qui arrive après la neige

Tant de larmes dans les herbes longues

couchées jaunes

Si je m'arrête sur le chemin des biches,

leur passage par grand froid rapproché des maisons

C'est que je connais ton secret

et que je dois te dire

l'eau, ses ruissellements

comme seule rumeur de forêt

survivance de la neige

Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres, Jean-Louis Coatrieux (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 20 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres, Jean-Louis Coatrieux, éd La Part Commune, 250p, 18€


Coatrieux et les nôtres

On chantonnerait bien le dernier titre de Jean-Louis Coatrieux avec le rythme et le phrasé de Marie Laforêt. Mais ça serait un peu léger, vaguement futile et si loin du texte !

Donc ce n’est pas Boris, Anton et moi mais Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres les héros du roman de l’auteur rennais publié à La Part Commune.

Un roman de Coatrieux est un roman à clefs.

Et on se sent bien peu serruriers, mal équipés, pas du tout prêts à rentrer dans sa Résidence d’auteurs, L’Archipel des mots, la belle enseigne !

Plus Archipel des morts que des mots à ceci près qu’une résidence d’auteurs coatrienne fait danser les temporalités et valser ensemble les vivants et les moins vivants : la littérature ouvre à l’éternité, n’est-ce pas ?

Griffes 31 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Mardi, 19 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

 

Le crime du Paradis, Guillaume Musso. 2026. Calmann-Levy. 480p. 22,90€

Et bien voilà, je viens de finir le dernier (ne pleurez pas, il y en aura d’autres) Musso. Le plus gros vendeur français. Belle couverture. Vraiment : un côté vintage aux douces couleurs pour attirer de la mamie à sa petite-fille, du geek du lycée au prof de français à la plage. Un livre pour les gens avec du goût. Une lecture pas désagréable, sur la première moitié en tout cas. Ensuite on se lasse. Et la fin ressemble aux derniers épisodes de Lost, plus personne au gouvernail, laissons le bateau dériver vers les récifs et se fracasser. Le Pitch ? Un roman policier (PAS un polar) inspiré du Agatha Christie pour lequel la reine de l'énigme s'était inspirée de l’affaire Lindbergh. Mais un roman dans lequel l’auteur (M le grand) prend la parole, sandwich-like, pour bien nous montrer que c’est là un peu plus que votre distraction habituelle. Un des personnages serait le grand père de M, héros réel utilisé comme personnage dans un faux roman d’un des personnages du récit, permettant par ailleurs un final en poupées russes.

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, USA, Poésie

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong, trad. Marguerite Capelle et Marc Charron, éd. Poésie/Gallimard, n°599, 2026, 240 p., 8,40€


Barroco

Afin de trouver un mot susceptible de rassembler la grande diversité des propos de la poésie d’Ocean Vuong, je dirais Barroco, du portugais « la perle irrégulière ». Or, qu’y a-t-il derrière le poète ? Un jeune homme perdu dans un monde trop vaste pour lui, et qui image sa tragédie par des poèmes touchant aux rêves, à la langue, avec une expression pleine de scories mesurées et décidées, d’altérations recherchées, de quête dans un espace baroque (une sorte d’opéra néo-moderne), de scènes vivantes dans une Amérique défaite dans le sexe et la drogue.

De ces mouvements de perles irrégulières, s’ajoutent le tâtonnement et la reconnaissance d’une identité queer, d’un passé de fils d’émigrés, d’un présent d’amours nobles et douloureuses. Donc, une poésie du délaissement et qui transcende la condition absurde et difficile d’une jeune personne tiraillée entre ce qu’il est et ce qu’il voudrait être.