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La Une CED

Le « côté Dostoïevski » de Robert Bresson (1) (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 20 Avril 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, En Vitrine, Cette semaine

 

De son propre aveu, Robert Bresson n’a jamais osé toucher aux grands romans de Dostoïevski, trop complexes et trop vastes, « d’une beauté formelle parfaite ». Si le cinéaste n’a adapté stricto sensu que des nouvelles mineures de Dostoïevski, telles Les Nuits blanches (1848) et Douce (1876), qu’il jugeait « bâclées », « simples, moins parfaites, écrites à la hâte », il s’est aventuré, dans à Au hasard Balthazar et Pickpocket, au sein de la nuit dostoïevskienne et en a inlassablement pénétré les profondeurs.

Dans un dialogue demeuré célèbre, à la fin de La Prisonnière, le narrateur proustien initie Albertine à la lecture de Dostoïevski, discernant chez le romancier russe « cette maussaderie anticipée des primitifs que les disciples éclairciront ». Robert Bresson figure parmi ces disciples. Cette parenté pourrait surprendre, et ceci avant tout pour une question de proportions. Comparer Les Frères Karamazov à Pickpocket n’a, à première vue, aucun sens. Autant comparer l’allegro d’une symphonie de Beethoven à l’andante d’une sonate de Schubert. Le déferlement proprement shakespearien du premier contraste avec le silence limpide et calme du second.

Lettre au recours chimique, Christophe Esnault (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 19 Avril 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Poésie

Lettre au recours chimique, Christophe Esnault, éditions Aethalides, mars 2021, 128 pages, 16 €

 

Dans mes clairières, je ne suis jamais seul

J.B. Pontalis

Poème pellucide

L’impression générale que j’ai pu ressentir à la lecture de cette lettre au recours chimique, c’est celle d’une fluidité, d’un certain chant régulier. Ce texte qui graphiquement est centré sur la page (à tel point que j’ai reconnu des calligrammes, ceux d’Apollinaire comme perspective), se lit par souffle. Cette poésie est donc charnelle. Ou encore, en relation avec la phonation, l’élocution orale (très vieux modèle de la poésie occidentale depuis les aèdes). Ici, cette prise de parole devient une expérience de la pensée critique. Surtout comme un discours ironique et violent, et nullement une expression de l’espèce speakers’corner. Les thèmes n’en sont pas moins brûlants, écriture cependant conçue comme un engagement littéraire : la maladie, la déréliction psychologique, la psychiatrie et ses psychiatres.

Brèves de solitude, Sylvie Germain (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 14 Avril 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Brèves de solitude, Sylvie Germain, Albin Michel, janvier 2021, 210 pages, 18,90 €

 

 

La métaphysique du confinement

Sylvie Germain fait son retour avec Brèves de solitude, un court roman écrit lors du premier confinement, finement tissé autour d’êtres esseulés qui ne supportent plus « cette mise entre parenthèses, cet isolement saupoudré d’entrevues virtuelles » sans odeur et sans saveur où la privation des êtres chers tue autant que le virus. De leur banal quotidien affleurent le singulier, l’étrange. Ne pas pouvoir se frotter aux autres, c’est aussi affronter une autre solitude, celle où l’on descend au plus profond de soi. L’écrivaine sonde l’inconscient ténébreux de ses personnages concrets et bien vivants confrontés à la folie tragique du monde (« on est tous des cinglés »).

Pour Emma (première partie) - Madame Bovary, Gustave Flaubert (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 13 Avril 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, En Vitrine, Cette semaine

Madame Bovary, Gustave Flaubert, Folio Gallimard, 2001, édition de Thierry Larget, 528 pages, 4,10 €

Lorsque l’on effectue une recherche relative à Gustave Flaubert (1821-1880) sur le site de La Cause Littéraire, on trouve des articles dans lesquels cet auteur est mentionné en passant, référence obligée, deux listes de « livres à lire » dans lesquelles le roman Madame Bovary (1857) est plus qu’honorablement classé (c’est bien, ça a un petit côté trophée sportif, à ceci près qu’on a omis de mentionner dans quel club évoluait Flaubert, à moins que ce soit Emma Bovary qui pratique le patinage artistique ou ait pris des stéroïdes ?), et deux articles dédiés à cet auteur. L’un est la recension d’un ouvrage relatif à sa vie, ouvrage dont les extraits cités laissent à penser qu’il est aussi passionnant et réjouissant qu’un petit crachin occupant une journée de novembre (le mois, pas la nouvelle de Flaubert). L’autre est la recension des volumes II et III de ses Œuvres « en la Pléiade » et s’intéresse en long et en large à la phrase flaubertienne – en omettant de citer que le paragraphe dont Flaubert était le plus fier, dans Madame Bovary, était le suivant : « Six heures sonnèrent. Binet entra ». Bref, on indique qu’il faut lire Madame Bovary, n’en déplaise au procureur Pinard, on parle (mal) de la vie de l’auteur, et on glose sur son style – et comme d’habitude avec un classique « qu’il faut avoir lu », l’impression désolante que tout un discours périphérique semble interdire de voir l’œuvre autour duquel il gravite.

Selfie lent, Armand Dupuy (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 12 Avril 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Selfie lent, Armand Dupuy, Les éditions Faï fioc, janvier 2021, 112 pages, 13 €

 

Construire le texte

Comme souvent, j’ai pris un délai entre la rédaction de ces lignes et ma lecture du dernier livre d’Armand Dupuy. De fait, je crois pouvoir redonner une impression définitive de ce travail. Par exemple en disant que ce « journal-poème » qui se présente d’un seul tenant typographique (j’y reviendrai), m’a semblé l’objet d’un grand, long et méticuleux labeur de réécriture, afin de ne pas laisser sans soins la moindre épithète ni la plus petite ponctuation. J’ai au reste, imaginé des titres à cette chronique, que je recopie de mes notes : écrire le peu – retirer – ne pas dire trop – évider le temps réel – vers le verbe – vers une faim… Ainsi, cette pause entre ces deux activités de lire et d’écrire, procède en un sens de la manière qui semble avoir été un souci important, c’est-à-dire, aller à l’essentiel.