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La Une CED

Europe, n°918, Loránd Gáspár (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 04 Novembre 2020. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Revues

Europe, n°918, Loránd Gáspár, octobre 2005, 18,50 €

 

« Si votre nature a la force créatrice de la Nature elle-même,

où que vous alliez, vous verrez les poissons bondir »

(d’après Hung Tseu Tch’eng)

« C’est toujours la même vie en nous qui construit des corps nouveaux, une peau et des poumons d’une plus grande santé où puisse librement bouger entre la pesanteur confuse et les bruits légers du matin, le peigne lumineux d’un désir qui démêle et rassemble ». Tout n’est-il pas appréciable dans le fait d’être vivant ? Tout, y compris ce qui ne saurait être apprécié. « Je tiens ma vie / un morceau de pain / très fort les cent grammes / du prisonnier de guerre / et souvent j’ai si faim / qu’à peine il en reste / et les choses se colorent / de peurs merveilleuses ». Déjà, sur la route du temps, Apollinaire prévenait : « Tu pleureras l’heure où tu pleures / Qui passera trop vitement / Comme passent toutes les heures ».

A propos de Moby Dick – Herman Melville (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 03 Novembre 2020. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, USA, Gallimard

Moby Dick, Herman Melville. Traduit de l'américain par Philippe Jaworski, Quarto Gallimard

Il faut sauver le narrateur !

Le plus grand roman américain ? Quoi qu’il en soit de la joute qui pourrait opposer les tenants de cette assertion et ceux qui proclameraient que c’est Absalon ! Absalon !, Moby Dick est un sommet dans les lettres américaines et la source intarissable de presque tout ce qui s’écrira après. Ce roman monstre (dans tous les sens du terme), il faut le rappeler, paraît en 1850, c’est-à-dire presque aux débuts de la grande littérature américaine, ce qui en dit, mieux que toutes les assertions du monde, l’énormité. Une littérature naissante et déjà une œuvre monumentale et éternelle qui surgit.

Melville est un génie, certes, mais son ouvrage ne vient pas du néant, il ne le crée pas de toutes pièces dans un désert littéraire. Nathaniel Hawthorne – qui sera son intime ami – a publié une partie de son œuvre et, surtout, La Lettre écarlate. Edgar Allan Poe a écrit une importante partie de ses contes. Ralph Waldo Emerson a écrit Nature. Et, bien sûr, Washington Irving et James Fenimore Cooper ont planté le décor des grands espaces et de la présence imminente du fantastique presque un siècle plus tôt. Mais Moby Dick, à défaut de sortir du néant, sort de l’immensité des océans ce qui, d’emblée, place l’ouvrage dans des espaces où seule La Bible avait imaginé des monstres. La bible, dont le roman est nourri, qui alimente chaque personnage, chaque situation, chaque ligne.

La mélancolie de la résistance - László Krasznahorkai (partie 4 et fin) (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 03 Novembre 2020. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Folio (Gallimard)

La mélancolie de la résistance - László Krasznahorkai Traduction : Joëlle Dufeuilly Gallimard – 2006 – 400 pages – 24,50 euros

 

La mélancolie de la résistance


La mélancolie de la résistance irrigue les romans de Krasznahorkai, notamment par l'entremise de personnages ayant largué leurs amarres sociales et professionnelles (l'ancien docteur dans Tango de Satan, l'ancien archiviste dans Guerre & Guerre, l'ancien philosophe dans Le dernier loup). Elle se déploie ici par l'entremise de l'ancien professeur de musique Mr Eszter s'emmurant dans une « retraite stratégique face à la pitoyable stupidité de l'humanité », en vue d'échapper au « poids affligeant de la mesquinerie, de l'autosuffisance, des basses ambitions, sous lequel il avait lui-même failli crouler ». Cette résistance se concrétise par un repli solitaire, un rejet du mode d'existence conformiste ainsi que par une inertie désabusée :

La substance du rêve, Poèmes en prose (1912-1930), José Antonio Ramos Sucre (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 02 Novembre 2020. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

La substance du rêve, Poèmes en prose (1912-1930), José Antonio Ramos Sucre, PUL, octobre 2020, trad. espagnol, Philippe Dessommes, Michel Dubuis, François Géal, 200 pages, 15 €

 

Le poème continu

C’est une impression ambivalente que j’éprouve pour ces belles traductions dues à Philippe Dessommes, Michel Dubuis, François Géal, du poète vénézuélien José Antonio Ramos Sucre. Je découvre cette poésie où il faut que je trace à grands traits mon parcours de lecteur dans l’œuvre de ce poète que je placerais comme une sorte de lien entre décadentisme et surréalisme, faisant le pont. Et comme l’auteur est très peu diffusé, il m’incombe de m’aventurer hardiment dans ce massif textuel, en quelque sorte, inexploré. De là, ce sentiment indéfini et ambigu en écrivant quelques lignes ici, sachant les marges d’erreur possibles.

Poète donc qui se situe pour moi entre Huysmans et Péret, comme Senancour faisant le lien entre Voltaire et disons le Romantisme. Du reste, cette lecture, même sujette à l’idée de passage d’une école vers l’autre, est d’une remarquable continuité. De plus, le titre La substance du rêve me paraît une indication de premier ordre.

Être de trop pour l’éternité : liberté et domination chez Sartre (partie 3) (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Lundi, 02 Novembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques


« Tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre ».

Jean-Paul Sartre, La Nausée

La « sainte affirmation » de l’enfant

Liberté et domination ne s’articulent jamais pacifiquement et positivement sinon dans le moment stoïcien de la pensée de Sartre. Sans exagérer la familiarité de la philosophie développée dans L’Être et le Néant avec la doctrine stoïcienne, il semble que cette dernière ait soufflé à Sartre la maxime selon laquelle : « l’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce qu’on fait de ce qu’on a fait de nous ». Ceux qui, par des excuses déterministes, cachent leur liberté sont des lâches ; ceux qui suppriment celle des autres sont des salauds écrit Sartre dans L’existentialisme est un humanisme. Celui qui ne se comporte ni comme l’un ni comme l’autre et qui accepte la domination qu’il subit est, sinon un sage, du moins un homme sensé : Sartre greffe la sagesse stoïcienne dans le cadre hobbesien de lutte de tous contre tous.