Identification

La Une CED

Sous les chapes grues, Jos Garnier (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Juin 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Poésie

Sous les chapes grues, Jos Garnier, éditions Milagro, février 2021, 48 pages, 10 €

 

Matière

Écrire quelques mots sur le livre de Jos Garnier me permet d’évoquer une chose qui m’intéresse, comme tout le monde je crois : ce qui est hors de soi et ce qui est intérieur. Ce matin, d’ailleurs, j’ai songé pour figurer physiquement ce que j’ai ressenti, à mon rêve de pèlerinage musulman tournant autour de la Kaaba (الكَعْبة) en dehors de toutes choses religieuses, juste pour le carré parfait où se trouve une pierre noire. Car cette façon de dresser devant le lecteur une sorte de mur graphique très énigmatique, textes sans majuscule ni ponctuation, finit par donner une impression presque insurmontable. Il y a autant de mystère que celui qui hante depuis tant de temps les figures de pierre qui se dressent sur l’Île de Pâques.

Il m’a semblé que ces poèmes (?) faisaient office d’endroit pierreux, dur, impénétrable. C’est pour cela que j’ai pensé au in et au out. Car devant ce peuple étrange des îles chiliennes, on balance presque dans l’inquiétude, car la limitation de ces statues, ici de ces poèmes, offre un champ profond d’investigations intellectuelles.

Entretien Philippe Chauché / Philippe Bouvier, Frédérick Houdaer - Le Clos Jouve éditions (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 17 Juin 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Entretiens

 

Rencontre épistolaire avec Philippe Bouvier et Frédérick Houdaer des éditions lyonnaises Le Clos Jouve :

 

Philippe Chauché, La Cause Littéraire : C’est donc une maison d’édition à quatre mains ; comment est né ce projet éditorial, ces trois collections littéraires : Bistra qui veut dire « vite » en russe, Sprezzatura et Champ Libre ? Avec quels objectifs éditoriaux ? Quels souhaits littéraires ?

 

Frédérick Houdaer : C’est un projet né de deux parcours croisés, avec des références communes (par ex, Gérard Guégan… et ce n’est pas un hasard si nous avons bénéficié des conseils de ce dernier).

Sándor Ferenczi, L’enfant terrible de la psychanalyse, Benoît Peeters (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 16 Juin 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Flammarion

Sándor Ferenczi, L’enfant terrible de la psychanalyse, Benoît Peeters, Flammarion, août 2020, 384 pages, 23,90 €

Sándor Ferenczi, L’enfant terrible de la psychanalyse, de Benoît Peeters, paru en août 2020 aux éditions Flammarion, est un ouvrage qu’il est difficile de classer. Il se veut à la fois biographique, historique, traité de psychanalyse, mais il peut se lire comme un roman tant il est empreint d’intrigues d’amour et d’amitié mêlés. En effet, les relations de ces deux géants, Freud et Ferenczi, chercheurs impénitents et acharnés, furent tourmentées. Ces deux-là passèrent leur temps à s’apprécier intensément puis à se rejeter tout aussi radicalement. On pourrait les comparer aux relations d’un père spirituel avec un fils adoptif.

Partant de l’ouvrage de Ferenczi, Thalassa, puis de la correspondance entre les deux amis de Freud et, neurologue puis psychanalyste, qui ont échangé entre 1908 et 1933 des lettres presque chaque jour pendant vingt-cinq ans, puis des nombreux autres ouvrages de cet auteur, Benoit Peeters nous présente, dans son livre, un portrait insolite et complexe d’un des premiers disciples hongrois de Sigmund Freud, membre de la première génération psychanalytique et soutien inconditionnel de celui qu’il considère comme son mentor et que Freud appellera « son vizir ».

La guerre sainte n’aura pas lieu : à propos d’un conte des Mille et une nuits (3ème partie) (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 15 Juin 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques


III - Le temps du récit et le temps du réel

Récit et désir

Le conte de Tâj al-Mulûk et de la princesse Dunyâ, raconté par le vizir à Daw’ al-Makân pour se changer les idées, occupe, dans le récit, les nuits 129 à 137. En réalité, quatre ans ont passé une fois l’histoire de Dandân achevée. Le vizir y raconte « d’extraordinaires récits puisés dans la geste de monarques fameux » et l’histoire « des amants qui ont défrayé la chronique » (p.465). Ayant décidé de faire le siège de Constantinople, les musulmans ont attendu quatre ans aux portes de la ville afin d’épuiser les troupes adverses. En d’autres termes, la guerre sainte est reportée, repoussée à une date ultérieure ; ou plutôt, les deux camps ont conscience que la guerre ne se gagnera pas sur le champ de bataille. Dans le conte, les conflits sentimentaux et familiaux retardent sans arrêt le succès de la guerre sainte. Ici comme ailleurs, les Nuits donnent à voir un désir jamais assouvi, qu’il concerne la vengeance de l’un ou le sentiment amoureux de l’autre.

À 80 km de Monterey, Guillaume Decourt (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 14 Juin 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

À 80 km de Monterey, Guillaume Decourt, éditions Æthalidès, mai 2021, 96 pages, 16 €

Tentative

Quel plaisir de lire le nouveau travail de Guillaume Decourt où j’ai reconnu différentes tendances littéraires qui me sont familières ou que j’ai moi-même pratiquées. Le résumé est simple – mais toute la difficulté c’est justement de rendre le poème simple et non affecté par des poses : une tentative d’englober. Ce faisant, aller d’une forme vers une réalité augmentée – à l’instar de Cendrars célébrant ses Pâques à New-York. Ici, la réalité qui filtre, c’est le monde anglosaxon. L’auteur côtoie des lieux, des personnes, des littératures multiples et citées comme pour insuffler de la vie, un mouvement intéressant au sein du poème.

Le principe ici est rigoureux : 44 poèmes de 4 quatrains chacun (ce qui m’a rappelé le titre du film d’Abel Ferrara, 4h44, temps d’apocalypse, mêlant la peinture et d’anciens démons d’addictif). Ce protocole compris, Guillaume Decourt mêle à sa pâte linguistique des éléments hétérogènes, hétéroclites en un sens. Cette approche ressemble un peu au travail des Cantos de Pound, lequel par exemple fait intervenir des idéogrammes chinois sans traductions ou des coupures de journaux. Le tout pour en faire de la littérature.