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La Une CED

L’écriture mélancolique, Kleist, Stifter, Nerval, Foster Wallace, Franz Kaltenbeck (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 20 Janvier 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

L’écriture mélancolique, Kleist, Stifter, Nerval, Foster Wallace, Franz Kaltenbeck, éditions Érès, octobre 2020, 248 pages, 26,50 €

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé

À travers cet essai, le psychanalyste autrichien Franz Kaltenbeck (1944-2018) nous immerge dans le monde de la mélancolie via le décryptage de la vie et l’œuvre d’écrivains affectés par des phases dépressionnaires les ayant conduits au suicide. Il s’adosse largement à ses connaissances psychanalytiques ainsi qu’aux écrits de Lacan et de Freud, notamment Deuil et mélancolie, pour définir l’essence et défricher les contours de la mélancolie, cette grève de dolence silencieuse d’où le goût de vivre s’est retiré :

« Nous sommes descendus très bas, et cette vie,

Où nous venions trop tard peut-être, a contenté

Si mal en ces désirs notre âme inassouvie,

Qu’il lui plaît de sortir d’un monde sans beauté » (Omar Khayyâm)

La nuit shakespearienne et le cinéma de Kurosawa-I (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 19 Janvier 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques


Narration de l’apocalypse et apocalypse de la narration

dans Le Château de l’araignée, Les Salauds dorment en paix et Ran


Prologue

Nul ne s’est mieux aventuré dans la nuit shakespearienne qu’Akira Kurosawa ; nul ne l’a plus profondément sondée non plus. Le réalisateur japonais a composé, avec Le Château de l’araignée (1957), Les Salauds dorment en paix (1960), et Ran (1985), un triptyque cinématographique inspiré de trois chefs-d’œuvre de Shakespeare : Macbeth, Hamlet et King Lear.

Tout peut commencer à trembler, Lucien Noullez (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Janvier 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Poésie

Tout peut commencer à trembler, Lucien Noullez, éd. de Corlevour, avril 2020, 96 pages, 16 €

 

La poésie m’apprend que j’appartiens aux autres

Lucien Noullez

 

La banalité, l’infini

Lucien Noullez semble un être fragile parce que sa poésie est frémissante, simple, évanescente et fugitive, car les objets qu’elle saisit sont simples, frémissants. Elle est aussi lyrique et sans emphase : cantilène, chant, musicalité de forme sonate, harmonies de motets ou de madrigaux, en bref une musique intime et directe.

C’est ce balancement de la chose poétique qui va aux événements ordinaires, cette hésitation entre le profane et le sacré, cet exercice difficile de la banalité et de l’infini qui m’a saisi tout entier. En effet, j’y ai vu l’infinie intelligence des petites aventures banales de la vie de tous les jours, ressaisies par une description de l’immanence littéraire des choses et des récits du quotidien, sorte de poèmes du Je-ne-sais-quoi et du Presque-rien.

Automoribundia (1888-1948), Ramón Gómez De La Serna (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 14 Janvier 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, La Table Ronde

Automoribundia (1888-1948), Ramón Gómez De La Serna, La Table Ronde, Quai Voltaire, octobre 2020, trad. espagnol, Catherine Vasseur, 1040 pages, 34 €

« Tout un océan, biseauté par la lune et les vents, serait nécessaire pour contenir dans ses eaux, comme dans un aquarium, ce monceau d’images vivantes, fraîches, bondissantes, nerveuses et électriques, qui se glissent et brillent – poissons d’or – dans les aquariums magiques de ses livres », Adriano de Valle (1).

« Tout ce que je désire c’est une bonne lampe allumée, beaucoup d’encre rouge et des feuillets réussis et clairvoyants », Ramón Gómez de la Serna

Automoribundia est l’autobiographie imagée, coloriée, élégante, enflammée, rieuse, joueuse, tremblante et réjouissante de Ramón Gómez de la Serna. L’écrivain espagnol n’appartient à aucun courant littéraire, à aucune école, à aucune génération, sauf à celle de Ramón. Écrivain ramónesque, jongleur médiéval (2), qui a inventé le Rastro (3). Sa gloire relative vient des Greguerías (4), ces courtes pensées irréelles, ces éclats poétiques, ces piques ironiques, comiques et intimes, publiées dans la presse, et incrustées dans ses livres. Valery Larbaud qui l’a rencontré, et qui l’a fait découvrir en France, parle de criailleries – la Greguería est spontanée, inarticulée, irrépressible, ineffablement intime.

La Maison du berger, suivi de Viens, on se tire, Elisabeth Loussaut (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 13 Janvier 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

La Maison du berger, suivi de Viens, on se tire, Elisabeth Loussaut, Z4 éditions, Coll. Les 4 saisons, 2018, 250 pages, 15 €

Lecteurs, si vous souhaitez vous aérer l’esprit, si vous aspirez à échapper à cette atmosphère anxiogène dans laquelle les informations nous embourbent en ce temps de pandémie, si vous désirez vous délester de la crainte du pire qui, parfois vous saisit, alors, plongez-vous sans hésiter dans les deux récits d’Élisabeth Loussaut publiés aux éditions Z4 : La Maison du berger, suivi de Viens, on se tire. Vous débarquerez, le temps de votre lecture, dans une contrée où l’air est débarrassé de toute pollution et où vous pourrez respirer à l’aise, loin, très loin des préoccupations actuelles.

Dans ce livre, deux récits se suivent. Les deux sont écrits par la même narratrice qui en est aussi la principale protagoniste. Le premier est un retour en arrière dans le passé des années d’enfance et d’adolescence dans ce que l’auteur intitule La Maison du berger. C’est le nom donné à la maison familiale où vivent ses parents, ses frères et sœurs. Dans le deuxième, la narratrice devenue adulte se rend avec sa sœur dans une maison de retraite qui abrite désormais sa mère. Elle y va à reculons, d’où le titre du récit : Viens, on se tire.