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La Une CED

K, après toi, Jacques Allemand (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 16 Octobre 2023. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Poésie

K, après toi, Jacques Allemand, éditions Milagro, juin 2023, 50 pages, 11 €

 

Intrigue

K comme un frisson au bout des doigts,

il lui faut plusieurs histoires à la fois,

sa préférée, une montagne oubliée des cartes,

allez-y voir, des cairns vous montrent le chemin

K feint de disparaître derrière l’un d’eux,

il va falloir faire sans lui tout en sachant qu’il est là,

enfin plus ou moins,

comme sa montagne

Le Dernier Messie, Peter Wessel Zapffe (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 13 Octobre 2023. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Allia

Le Dernier Messie, Peter Wessel Zapffe, éditions Allia, août 2023, trad. Françoise Heide, 48 pages, 6,50 €

 

 

Quand on attend un Messie, c’est déjà que ça ne va pas bien fort ; mais quand on en appelle, comme ici, à un « dernier Messie » (un de la dernière chance), c’est qu’on joue le va-tout de sa propre demande de salut. Et puis, littéralement, le dernier Messie (le der de der) arrive par principe dans un monde où il ne pourra plus s’en former un autre, dans la fin, donc, de tout monde normal (imparfait, désespérant, déchiré). Mais un Messie, en pleine fin ou décomposition du monde, quel rôle y jouerait-il ? Et quelle espérance peut donc susciter quelqu’un venu pour donner le coup de sifflet final (sinon mobiliser quelques quolibets ou sourires navrés) ? À quoi bon, un « Messie pour la route », s’il n’y a plus de route ?

Automne allemand, Stig Dagerman (par Jacques Desrosiers)

Ecrit par Jacques Desrosiers , le Jeudi, 12 Octobre 2023. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Langue allemande, Babel (Actes Sud)

Automne allemand, Stig Dagerman, Actes Sud (1980), Coll. Babel, 2004, trad. suédois, Philippe Bouquet, 176 pages, 7,10 €


Il faut avoir l’estomac solide pour passer à travers cet Automne allemand de l’écrivain suédois, connu surtout pour Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, court monologue très émouvant qu’il a écrit six ans plus tard. Dagerman y écartera, l’une après l’autre, toutes les consolations qui s’offrent à notre solitude et à notre difficulté de vivre, mais n’apportent qu’un réconfort passager quand elles sont authentiques (comme une âme sœur, une promenade, un animal bien vivant à côté de nous), ou conduisent au désespoir quand elles sont fausses (les plaisirs tous azimuts). À la fin, toutes nos croyances s’écroulent, mais le doute lui-même semble prétentieux car il est « lui aussi, entouré de ténèbres ». Reste le « silence vivant », le désir de vivre, de ne pas se laisser écraser par le nombre. Pas le genre enjoué vraiment, mais la personne parfaite pour aller faire un reportage, à l’âge de 23 ans, sur ce qui se passait chez les Allemands dans « cet automne triste, froid et humide » de 1946.

Une tendance contemporaine de la nouvelle : la nouvelle-instant (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Mardi, 10 Octobre 2023. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La représentation du genre de la nouvelle la plus largement répandue dans le grand public est celle d’un texte narratif bref, centré sur le déroulement d’une histoire et l’enchaînement de péripéties en nombre restreint, orienté vers une fin, matérialisée par une chute qui se veut surprenante.

Les concours de nouvelles que l’on voit actuellement se multiplier sur Internet et qui sont un vecteur non négligeable de diffusion du genre de la nouvelle auprès du grand public, se fondent généralement sur cette conception classique du genre. Ces attendus traditionnels ne manquent pas d’être rappelés dans les règlements de concours, parmi lesquels nous citerons au hasard celui-ci :

Rappel : Définition d’une nouvelle : « c’est un écrit simple, concis et intense, présentant peu de personnages, se déroulant sur un temps relativement court, pouvant comporter des indices et des pistes favorisant le suspense et se terminant par une chute originale ou déroutante qui respecte cependant la cohérence du récit ».

Comédie d’automne, Jean Rouaud (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 09 Octobre 2023. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Comédie d’automne, Jean Rouaud, Grasset, août 2023, 284 pages, 20,90 €

 

Triste comédie

Sans doute est-ce un vœu pieux de recenser, mot de Rouaud, son dernier livre, sa Comédie d’automne, car l’auteur ne fait que narrer sa fabrique romanesque, expliquer, justifier, raconter ce qu’il raconte mieux que quiconque et qu’il a vécu : le making-of du Goncourt.

Ce livre de Jean Rouaud est moins centré sur le livre que sur ses banlieues, son magnum circum, sa warholisation au bout du compte tellement affligeante, tellement triste. C’est ici le sujet, la triste comédie où l’auteur est embarqué, comme une paille sur le ruisseau et, s’il le dépasse, c’est par la littérature, bien sûr !

Lisons, c’est du Rouaud !

Livre tellement utile, tellement beau et tellement triste. Pour qui écrit, veut écrire, tente d’écrire, ici, par exemple le modeste autant qu’humble recenseur de Jean Rouaud, tout de cette écriture sauf l’écriture elle-même est démoralisant. Décourageant bocal littéraire. Sous vide ! Décourageants rapports de force et de farce.