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La Une CED

Sur le droit chemin, Thierry Lévy (Par Frank Aïdan)

Ecrit par Frank Aïdan , le Lundi, 02 Novembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Essais, Plon, Cette semaine

Sur le droit chemin de Thierry Lévy - plon – 1989

 

C’était il y a longtemps en un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, en 1988 où le livre de Thierry Lévy, Le droit chemin, était alors en gestation. Et moi qui étais depuis juin 1987 le collaborateur de cet avocat alors très réputé, je lui demandais ce qu’il écrivait entre deux plaidoiries magistrales aux assises. Un roman comme La société des femmes récemment publié sous la houlette de Françoise Verny qu’il m’avait présentée en juin 87 au bar de l’hôtel Trianon à Paris ? Non. Alors un nouvel essai après L’animal judiciaire (1975), Le désir de punir (1979) et Le crime en toute humanité (1984) ? Non plus. Si je n’eus pas droit aux bonnes feuilles encore que je me penchais souvent par-dessus l’épaule de notre secrétaire astreinte à quelques heures supplémentaires, en revanche, l’auteur me réserva un exemplaire de la toute première fournée offerte par l’éditeur, en l’espèce Plon qui avait intégré l’ouvrage dans une collection innomée à couverture grise avec en accroche, une illustration donnant le la. Ici, pour indiquer « le droit chemin », l’auteur et son éditeur avaient choisi La parabole des aveugles d’après Peter Bruegel le Vieux (vers 1525) représentant six personnages frappés de cécité et cherchant sous nos yeux charitables à se frayer un chemin mais se cassant immanquablement la figure.

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 13 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte - - Éditions Douro, 108 pages, octobre 2026, 15 €

 

Voilà que l'aube pâlissait sur la chair de la nuit et que la clarté en croissance montrait sans ombre

le tout gâché et le tout saccagé, le monde naguère magnifique,

rendu à l'effroyable et à l'infamie.

Le monde immonde ainsi qu'une grande déchetterie où tous étaient en attente d'être recyclés,

tous récupérés et chacun privé de soi-même, entraîné au milieu de foules aliénées et aliénantes,

de courants contaminés et contaminants, qui se poursuivaient et se poursuivraient

sans relâche ni répit tant que tous

ne seraient pas pareils aux autres, les autres pareils à eux-mêmes au point de se méprendre dans les miroirs,

perdus de vue et perdus de vie, toute distinction supprimée, dignité dissolue

Quelqu’un comme nous, Dinaw Mangestu (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 12 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Quelqu’un comme nous, Dinaw Mangestu, éd Albin Michel, 337 pp, 21€90

 

Labyrinthe tordant

Et si chaque exilé était un labyrinthe. Son incarnation.

Entrez dedans, fil d’Ariane d’écriture à tenir fin entre les doigts en lisant Quelqu’un comme nous de Dinaw Mengestu.

Chaque exil témoigne d’une force inouïe, d’une certaine mélancolie aussi bref d’une somme incalculable de romans à écrire.

L’auteur entre dans la Collection Terres d’Amériques aux éditions Albin Michel.

Né en Ethiopie, Dinaw Mangestu est un exilé. Et généralisons, donc exagérons, donc contrevéritons, l’exilé renouvelle tout, y compris la manière de voir, de se voir, d’écrire, de s’écrire.

Quelqu’un comme nous est donc ce labyrinthe incarné, vivant, dans le temps autant que dans l’espace.

L’Erotisme de vivre, Alice Mendelson (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 07 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine

L’Erotisme de vivre, Alice Mendelson, 2025, 146 pages, 10,80 €


Loin de la laideur inhumaine d’Auschwitz, L’érotisme de vivre est une poésie de la survie : savoir se contenter d’être toujours en vie, alors que tant d’autres n’ont pas eu cette chance. La poésie a-t-elle le pouvoir de redonner le goût de la vie ? Lorsqu’on lit Alice Mendelson, on ressent une si puissante fureur de vivre, au-delà des étoiles et des océans, que l’on ne peut que s’incliner face à un tel élan vital.

C’est grâce à Catherine Ringer (auteure-interprète du groupe mythique Les Rita Mitsouko) que les rimes punchlines d’Alice ont été mises sous les projecteurs, telles que « ne jamais bâcler de vivre » ou encore « pour bien vieillir, il est bon d’avoir le vice de la joie ». Alice Mendelson écrit à la manière de Jacques Prévert, et aime autant les mots que la crème pâtissière… Après avoir été dans la Résistance, Alice est devenue une professeure de lettres modernes passionnée et a animé, à la retraite, des ateliers d’écriture.

La Maison aux livres, Enis Batur (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

La Maison aux livres, Enis Batur, éd Zulma, 181pp, 9€95

 

Les éditions Zulma, belles dans la main même en poche, ont livré en 2025 La Maison aux livres d’Enis Batur.

L’auteur est turc, éditeur et écrivain.

Universaliste, humaniste, il réactive dans ce livre l’origine du livre. On a Manguel en tête, Umberto Eco, Elias Canetti ou bien évidemment Borges.

C’est écrasant. C’est lumineux. C’est le monde exact où l’on voudrait vivre, poings et pieds liés, dans cette Maison aux livres où le seul nourrir et le seul mourir seraient de tourner les pages, tout lire, tout le temps, tout.

L’impossible.

Il y a dans ce labyrinthe initiatique l’origine du fleuve et son immense delta. Chaque livre est une source et une arborescence. On repart d’Homère, on repart d’où chacun veut repartir, on arrive à l’arrivée, enchanté d’avoir lu, en attente douce du livre qui n’est pas encore écrit.