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La Une CED

Verlaine Œuvres complètes en La Pléiade (Par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 29 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Verlaine Œuvres complètes Deux volumes La Pléiade Tome I, 1664 pp, tome 2 1680 pp 138€ jusqu’au 1/04/26 ; prix définitif 148 €


Tout Paul et tout Verlaine

Tendez l’oreille ! Écoutez-les au paradis des fleurs ou aux enfers des astres, Tristan, Stéphane ou Villiers de L’Isle Adam, à moins que Marcelline Desbordes-Valmore ! Les voilà moins maudits tandis que Gallimard via Monsieur Paul les republie !! Les quatre bien peinards entre eux, l’autre faisan faisant bande à part, évidemment, ils causent et rient, ils se tapent sur le ventre et des limbes ils charrient le pauvre Lélian ! Le cher Lélian, le bon Lélian que voilà en secondes noces dans la Pléiade !

Oui les amis, oui les maudits, oui les zutiques et les vilains bonshommes, oui les petits et les grands romantiques, oui les Parnassiens à toutou, les ludions ludiques, qu’on se le dise et que l’onde en colporte des vers et des phrases, ils et elles y sont tous et toutes, via l’ambassade de Verlaine à Paris, Londres, Bruxelles et le monde ! Le voilà lui, exhaustivement, réhistoricisé, recontextualisé avec appareil critique précis et préface d’Olivier Bivort, enfin, Paul Verlaine, les œuvres complètes.

La Mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 27 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Pays de l'Est, Roman

La Mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, Traduction Joelle Dufeuilly, Editions Gallimard, 2023, 443 pages, Folio poche, 9,50 €


Grand maître de la littérature hongroise et récent Prix Nobel, créateur d’une littérature exigeante, László Krasznahorkai écrit une puissante œuvre musicale et labyrinthique qui mêle une inquiétante étrangeté kafkaïenne, un grotesque grand guignol digne de Fellini et une mélancolie teintée de sarcasme à la Cioran (« celui qui croit que le monde est bon ou soutenu par la grâce de la beauté sombrera très vite dans les ténèbres »). Ce somptueux roman baroque adapté au cinéma par le réalisateur hongrois Béla Tarr, résiste à l’interprétation : à la fois opéra tragique, « mélodrame si brutalement instructif », allégorie politique et parabole métaphysique où forces de chaos et forces de l’harmonie se livrent « un combat d'une nature obscure commencé depuis longtemps et dont l'issue était déjà jouée ». « Maître de l’apocalypse », selon Susan Sontag, l’écrivain brouille les pistes : son roman offre aussi bien « le spectacle d'une ville avant l'apocalypse que d'une ville après l'apocalypse ».

Ambidextre, Pierre Alechinsky (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 22 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Ambidextre, Pierre Alechinsky, Gallimard, 457pp, 39 €

 

Un peintre écrit. Ce n’est pas rare et c’est toujours précieux de lire un peintre.

Ça n’illustre pas, ça ne complète pas, l’œuvre danse.

Picasso, Le Désir attrapé par la queue, Olivier Debré, L’espace et le comportement, les lettres de Nicolas de Staël ou celles de Vincent à son frère Théo. Il faut lire les peintres car ils écrivent leur peinture, dans son épaisseur ou à travers sa transparence. Ses manques et ses espoirs, ses ratages et ses répétitions.

Bien-sûr Gaston Chaissac, l’épistolier compulsif qui écrit sur la toile et vice-versa ou Cy-Twombly, bien-sûr.
Donc, Ambidextre d’Alechinsky.

« Ne plus savoir sur quel pinceau danser.

Peindre ? Vide attaqué à grands traits, par plaisir, dans le vide et pour le vide ».

Tapapakitaques, La poésie île, Habib Tengour (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 20 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Tapapakitaques, La poésie île, Habib Tengour, éd. APIC, Alger, 200 p., 2025, 17€

 

La poésie est affaire de temps. Et ce livre qui paraît chez l’éditeur algérien, APIC, en est la démonstration physique. Car la souche des poèmes se situe en 1965, or cette réédition de 2025 menée par Habib Tengour ne change pas l’ensemble des textes. Nous sommes témoins d’une espèce d’anamorphose de la durée qui nous donne à voir un poète jeune, dont le dynamisme n’a jamais faibli. La seule chose qui change, c’est l’époque de la lecture. L’on reçoit donc le poème en 2025 différemment qu’en 1965. Cela dit, je vais essayer quand même de donner mon sentiment actuel à propos de ce « nouveau » livre que laisse paraître Habib Tengour.

Tout d’abord, un aspect très net : c’est remuant. Cette littérature pleine de saillies, de petits accidents divers, ramène presque jusqu’à se clore la force du poète sur sa propre vitalité ; devenant un peu énigmatique, car nous donnant à découvrir une expression d’adolescent dans le bon sens du terme (ardeur, élan, vigueur, impulsivité, impétuosité). Oui, une espèce de connaissance de la violence, celle qui est amoureuse des périls. Ce qui frappe, c’est l’énergie, la vivacité, les chocs, l’altérité qui se nichent au milieu même du corps poétique.

Griffes 27 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 19 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques


Anne Berest, Finistère. 2025 Albin Michel. 432p. 23,90€

Oui, encore une ”saga familiale”. Avec des variations. Pour une fois ce n’est pas un hommage à/règlement de comptes avec la mère de l’auteur(e). Il faut dire qu'apparemment Anne Berest a déjà traité (deux fois) le côté maternel. Mais on a droit au nombrilisme habituel : l’Auteur, sa vie parisienne, ses succès littéraires et ses rapports difficiles avec papa. Construction ? Une première partie censée être rédigée à partir de cahiers d'écolier. Le meilleur du volume, notre auteur ne se donnant même pas la peine de donner, par la forme ou le style, une idée des dits cahiers. Le livre s'appelant glorieusement Finistère, on y trouve l’origine de tout : l'arrière-grand-papa (père de l’auteur des cahiers) fondateur de la première coopérative du pays de l'artichaut. Puis on passera à son fils, à oublier en raison d’un manque de nécessité narrative et de l’inexistence d’un prétexte quelconque à sa présence dans ces pages. Puis viendra le papa d’Anne, dont l’histoire nous sera contée sous la forme de petits (voire très, très très petits) chapitres. Plus de cahiers cette fois ci, principalement des entretiens, se déroulant après la découverte par notre auteur de la grave maladie de son géniteur. Dernière partie (celle qui chevauche plus ou moins maladroitement toutes les autres) l’enfance, la jeunesse, le passage à l'âge adulte et le regard en arrière vers tout cela de devinez-qui.