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La Une CED

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Espagne, Cette semaine

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte, nrf, 649 pp


Ligne de feu, livre de feu

L’œuvre d’Arturo Perez-Reverte est considérable.

De sagas en séries historiques, Perez-Reverte éblouit. Par son sens du détail, ce qu’on pourrait nommer sa technique de précision, une science à part. à mi-chemin entre journalisme, son premier métier, reporter de guerre, il en fut, et le roman total dont la focale est autant large et universelle que microscopique et infinitésimale. Balzacien au plus contemporain du terme !

Ligne de feu paraît dans la célèbre Collection Du monde entier de Gallimard.

Nous sommes fin juillet 1938 et l’Èbre est à franchir.

La bataille de l’Èbre serait en Espagne ce que notre Verdun raconte à nos consciences, rien qu’à prononcer ses six lettres de sang et de feu, de mort et de cendres.

Griffes 34 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

 

La légende. Boualem Sansal, Grasset.2026, 252 p. 22€

J’avais plutôt détesté « Vivre… », que j’avais trouvé tout à la fois ringard, réac, médiocre et déjà lu cent fois. Une sorte de sous-Barjavel avec plus d’un demi-siècle de retard. Mais je l’avais lu au mauvais moment. Avant qu’un gouvernement pourrissant sur pied décide qu’un auteur ça se jette en prison, ça s’utilise pour régler des comptes avec la France, ça se piétine pour avoir l’air fort. Difficile donc de lire La Légende comme s’il s’agissait là d’un livre ”comme un autre”. Première certitude : c’est à des années-lumière du Journal d’un Prisonnier du petit Nicolas S. C’est un vrai livre. Mais un livre plutôt mauvais. Des lourdeurs, voire des erreurs dues à un manque de relecture certain (auteur, éditeur ?), sans doute aussi à une écriture trop rapide. 40 jours nous dit l'éditeur. Bancal, sans objectif réel, sans noyau. La construction est problématique : ni vraiment chronologique ni vraiment thématique. Procès, emprisonnement, appel, visites, comité de soutien, départ vers l’Allemagne, Paris …tout s’entasse, tout se vaut. Non pas comme le portrait d‘un homme face à des forces qui le dépassent, ou un auteur utilisé comme bouc émissaire. Non, juste des pages, blocs, chapitres jetés là sans grand soin, par un homme désabusé, fatigué.

Le chardonneret, Donna Tartt (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 10 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, USA, Roman, Cette semaine

Le chardonneret/donna tartt/traduction edith soonckindt/pocket/2015/1104 pages


Aurais-je agi autrement si j’avais eu une personnalité différente ou quelle personnalité aurais-je eu, si ma mère n était pas morte ce jour-là.

J’ai lu Le Chardonneret en version originale (je ne parlerai donc pas de la forme et du style) en trois semaines et ces deux questions sans point d’interrogation sont en français quelque part dans ma tête. Comme un rêve qui s’accroche aux membranes de l’hippocampe parce qu’il a eu le temps de s’en souvenir. L’ambiance spectrale des rues de New-York. À l’intérieur, les personnages et un tableau, Le Chardonneret. Theo dans l’atelier de Hobie, en sous-sol, entre la boutique d’un artisan et le laboratoire d’un alchimiste. Le sanctuaire d’odeurs, la chaleur du poêle au centre et la lumière en pigments. La cuisine glaciale, chez le père, à Las Vegas. La géométrie du vide et de l’absence. Les dates d’entrée associées aux dates de sorties. Le tableau existe.

La complainte du matelas ou L’amour blessé, toujours blessé, Claire Fourier (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 08 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

La complainte du matelas ou L’amour blessé, toujours blessé, Claire Fourier, Éditions Tinbad (2026) [230 p.] - 22€

 

La mémoire horizontale des vivants : Claire Fourier ou l’intelligence féminine du réel

Il arrive que la littérature élise domicile dans les objets les plus humbles. Là où Francis Ponge, dans Le Parti pris des choses, donnait voix au savon, à l'huître, au cageot ou au galet, en révélant la densité poétique de leur matérialité, Claire Fourier choisit un compagnon plus discret encore : un matelas abandonné sur un trottoir.

Objet dérisoire en apparence, mais contenant tout un monde, ce matelas n'est jamais un simple meuble. Il devient archive des corps, conservatoire des passions, mémoire silencieuse des vivants. Il recueille les traces du sommeil et du désir, des naissances et des séparations, des maladies et des deuils. Il est mémoire. Il est témoin. Il est presque une conscience.

Au bar de l’oubli et autres textes, Jacques Josse (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 07 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Au bar de l’oubli et autres textes, Jacques Josse, éd le Réalgar, 60 pp, 7€

 

Josse tonique

Nous parlons de Jacques Josse.

Sa bibliographie est longue de vingt centimètres au moins, l’écart de nos doigts qui couvrent d’est en ouest une carte 1/250000ème de la Bretagne.

Jacques Josse est de cette péninsule.

Il est de ces vents de mer et de terre, à leur point de rencontre. Là que le natif de Lanvollon écrit.
On ne compte pas les biblios en centimètres, évidemment. Plutôt en titres. Lire ces titres dit beaucoup, ce n’est pas qu’une liste. C’est un monde, le monde jossien :

Tachée de rue la blessure, Fabrique, Carnets de brume, Des voyageurs égarés, Un habitué des courants d’air, Café Rousseau, De passage à Brest, Les buveurs de bière, Cloués au port, Gwin Zegal, Terminus Rennes, Retour à Nantes, Liscorno, J’ai pas mal d’écume dans le cigare, Au célibataire retour des champs, Comptoir des ombres, Chapelle ardente, Vestiaire de la mémoire.