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Onze cahiers de confession (texte intégral), Bruno Reidal (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Mercredi, 24 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Onze cahiers de confession (texte intégral), Bruno Reidal (Jean-Marie Bladier), ErosOnyx éditions, collection Documents, 2023, 204 p. 15 euros

C’est un document exceptionnel qu’ont publié en 2023 les éditions ErosOnyx. Les confessions d’un garçon de dix-sept ans qui, sans raison apparente, a tué de sang-froid un autre garçon de treize ans. C’était en 1905 dans le département du Cantal, au village de Raulhac plus précisément, à une trentaine de kilomètre d’Aurillac. À l’époque l’affaire avait fait un certain bruit parce que le meurtrier était un séminariste de Saint-Flour, appelé donc à devenir prêtre, et que le meurtre par décapitation apparaissait particulièrement brutal. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’elle est de nouveau mentionnée dans deux ouvrages généraux sur les grandes affaires criminelles et les tueurs en série avant que Philippe Artières ne lui consacre une étude spécifique en 2019 et que Vincent Le Port n’en fasse un film en 2022 (on trouvera dans la Préface tous les détails biographiques et bibliographiques).

Onze cahiers composent cette confession d’un genre particulier dont l’écriture a été suggérée par le docteur Alexandre Lacassagne, médecin-légiste de Lyon chargé de la contre-expertise médicale après un premier rapport défavorable des médecins d’Aurillac.

« Je ne me suis jamais senti un étranger en France. Lettres à mes amis français, Stefan Zweig (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 23 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

« Je ne me suis jamais senti un étranger en France. Lettres à mes amis français, Stefan Zweig, éditées par Brigitte Cain-Hérudent et Claudine Delphis, Paris, Albin-Michel, 2025, 602 pages, 26, 90 €.

 

« Si à si bonnes enseignes je sçavois quelqu'un qui me fut propre, certes je l'irois trouver bien loing ; car la douceur d'une sortable et aggreable compaignie ne se peut assez acheter à mon gré. O un amy ! Combien est vraye cette ancienne sentence, que l'usage en est plus nécessaire et plus doux que des elemens de l'eau et du feu » (Essais, III, 9, éd. Villey-Saulnier, p. 981). Il y avait du Montaigne chez Stefan Zweig ; Montaigne, à qui il consacra un livre demeuré inachevé. « Je lis ici Montaigne comme une découverte ; certains auteurs se révèlent à nous seulement à un certain âge et dans des moments choisis […] Je lis Montaigne maintenant chaque jour […] il n’y a que la liberté intérieure, et lui il l’avait comme peu de gens dans ce monde. C’est un auteur fortifiant », écrivait-il à Jules Romains depuis le Brésil (28 octobre et 3 novembre 1941, p. 540 et 542). L’écrivain autrichien avait reconnu dans le maire de Bordeaux un esprit parent du sien.

Entre autres vertus, Zweig possédait le don de l’amitié. Comme d’autres écrivains – Jean-Antoine de Baïf, Guillaume Colletet ou Théophile Gautier (le « bon Théo ») – il ne demandait qu’à se faire de nouveaux amis et à les traiter comme tels.

Il fallait que vous soyez tous là, François Laërte (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 18 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Il fallait que vous soyez tous là, François Laërte, éditions Douro

 

L’odyssée intérieure des jouets, de l’enfance et de la transmission

Il existe des romans qui racontent une histoire, et d’autres qui ouvrent une chambre secrète de la mémoire. Il fallait que vous soyez tous là de François Laërte appartient à cette seconde catégorie. Roman profondément sensible et poétique, bien qu’il épouse pleinement la forme romanesque, il déploie un univers d’images, d’ambiances et de résonances intérieures qui happent immédiatement le lecteur.

Dès les premières pages, l’écriture se révèle immersive, visuelle, presque cinématographique. François Laërte possède l’art de faire surgir un décor comme on entrouvre une scène de théâtre obscurcie par la poussière du temps :

Les façades vétustes ruisselaient de crasse et d’humidité, et quelques enseignes lumineuses tentaient d’égayer encore un peu le décor. Un caviste qui avait fait fortune de la mélancolie ambiante, une laverie qui puait l’amidon et la solitude, un bar-tabac qui servait des piquettes austères et de l’oubli à la pression.

L’immontrable, Pauline Delabroy-Allard (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 15 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

L’immontrable, Pauline Delabroy-Allard, Julliard, 269 pp, 21,50€


Sans image, cent

Nous avions déjà été secoué par le Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard paru chez Minuit en 2018.

En janvier de cette année, chez Julliard, nul n’est parfait, apparaît le plus que parfait L’immontrable.

Comment critiquer un livre qui est un monument, s’attaquer à un sanctuaire, une épopée humaine, comment ne pas s’arrêter à un arrêt sur imageS ? Comment dire de ce qui a eu lieu, dont l’auteure dit de sa peau, de ses doigts, de ses yeux et surtout de ce peau-à-peau, de ce mot à mot, de ce mano a mano psychique qui ouvrent et ferment en même temps ?

Le dire. Surtout le lire.

Ce livre est un haut-parleur pour les muettes et les muets. Ces enfants jamais nés vivants, tout le temps morts sauf dans la tête éternelle de leurs parents ou dans le ventre lorsqu’ils bougent, donnent des coups de pied, s’agitent. Enfant de la grotte. De l’utérin.

Apologie du Vivant, Ingrid Brinsolaro (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 10 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Editions Douro

Apologie du Vivant, Ingrid Brinsolaro, éditions Douro


Le 7 janvier 2015, lors de l’attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo, le policier Franck Brinsolaro est assassiné alors qu’il assure la protection du directeur de la publication, Stéphane Charbonnier, dit Charb. Franck Brinsolaro meurt en service. En une poignée de minutes, la vie d’Ingrid Brinsolaro et celle de ses enfants basculent irrévocablement du côté de l’absence, de la sidération et des plaies vives.

Mais le livre d’Ingrid Brinsolaro ne relève ni du simple témoignage commémoratif ni d’une chronique du drame national. Ce récit intime, profondément bouleversant, s’inscrit ailleurs : dans cet espace fragile où l’écriture tente non de refermer la blessure, mais d’habiter la survivance. L’autrice compose une véritable apologie du Vivant, une méditation lumineuse et douloureuse sur ce qui demeure lorsque la mort a tout ravagé sur son passage.