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La Une CED

D’après Mathieu Terence, dans La littérature d’ameublement (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Mardi, 28 Avril 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

La littérature d’ameublement (Éditions du cerf, 2026, 94 pages).


La fable du bâton de poisson et de L’Esprit Fulgurant.


En total accord avec Mathieu Terence, que je lis avec un certain trouble, parce qu’il me rappelle le personnage du roman le dernier Ulysse (“Ô Mauvalant sort de ce corps !”) Tous deux tiraillés entre les paradigmes contradictoires de l’écriture : le succès et le don.

Terence vient à point jalonner, en l’actualisant, le chemin pamphlétaire fondé par Gracq en 1950 (La littérature à l’estomac), puis densément pérennisé par Jourde en 2002 (La littérature sans estomac). Cinquante ans entre ces deux-là… Vingt-cinq pour que le texte de Terence fasse date… Ne doutons pas d’un brillant essai avant 2030, dont le titre serait La littérature du collapse.

Verres progressifs (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Mardi, 28 Avril 2026. , dans La Une CED, Ecriture, Nouvelles

 

J’ai dû faire refaire mes lunettes.

Un problème de vue qui baisse, c’est moi qui décline. Lire en réduisant ou augmentant l’espace entre l’objet et mon visage, c’est éprouvant, c’est embarrassant en public. Trop longs ou trop courts, comment savoir, mes deux yeux focalisent la lumière avant ou après, jamais tamisée directement sur la rétine. De loin, de près, sur les côtés. Je vois de moins en moins net. Cent-soixante-quinze dollars sans les taxes pour une nouvelle prescription. Nouvelle paire de lunettes et aux États-Unis, ça coûte un bras.

Choisir ladite monture, je prends toujours celle en noir, quitte à porter des lunettes, autant que ça se voit. Deux semaines de délai. Et la déception à la réception. Comme lorsque tu sors de chez le coiffeur. Mes précédentes lunettes me garantissaient, à défaut d’une correction adaptée, la pénombre. Des verres légèrement ambrés en intérieur comme en extérieur. C’est terminé. Le flou. Désormais le verre sera clair inside, foncé outside, pas d’entre-deux. Je vois mieux, c’est merveilleux, les autres aussi, ils voient mes cernes. Le violet comme couleur.

Coups de griffes 30 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 27 Avril 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Corps à cœur, l'intégrale. Jessie Auryann. Auto-édition 2025. Indisponible.

Addition de 2 volumes (2023 et 2024), qualifié d’intégrale. Pourquoi l’avoir ouvert ? Début 2026 le buzz s'en est saisit. Amazon l’a retiré de son catalogue, une ministre l’a qualifié (sur lecture d’extraits) d’apologie de la pédophilie, un député LFI l’a appuyée, des pétitions l’ont dénoncé, des voix se sont élevées pour défendre la Dark romance, comme si un ouvrage définissait un genre, et inversement. Bref, il y a eu du bruit. Alors que vais-je en dire ? Visiblement bien mieux écrit que …Sarah Rivens par exemple. Les personnages sont différenciés, de vrais décors sont plantés, l’écriture maîtrisée, lexicalement riche et moins passe-partout que le menu habituel...Et je n’ai pas lu jusqu’au bout. Le premier volume est simplement pornographique, version maso hard. Très graphique, avec (on est tenté de dire bien sûr) un personnage central féminin humiliée, battue, torturée, mais manipulatrice et meurtrière, ce n’est pas illégal d’en faire un roman. Hypocritement et avec grande facilité de l’auteure il existe une “explication” psychologique-presque une justification- à sa noirceur. Nous pouvons donc apprécier sans remords avilissement et emprise.

Hommage à Edoardo Sanguineti (par Valérie T. Bravaccio)

Ecrit par Valérie T. Bravaccio , le Jeudi, 09 Avril 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques


Comment rendre hommage à l’un des écrivains les plus connus en Italie quand il n’est pas autant connu en France (sauf pour se référer à l’anthologie I Novissimi) ? L’on pourrait écrire des lignes et des lignes interminables pour le présenter, présenter son œuvre littéraire (poésies, romans, pièces de théâtres) au risque de se perdre et de perdre le lectorat francophone.

Né le 9 décembre 1930 et décédé le 18 mai 2010, Edoardo Sanguineti fut un professeur des Universités, certes, mais ce fut avant tout un très grand intellectuel.

Pour lui rendre hommage, un instantané pourrait illustrer à merveille le contexte dans lequel est née son idée de création littéraire : il s’agit des derniers photogrammes du film néo-réaliste de Roberto Rossellini, Rome ville ouverte (1945), qui montrent un groupe d’adolescents de dos, marchant vers leur avenir où tout est à reconstruire[1].

La Gastronomie, ou l’Homme des champs à table, Joseph Berchoux (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Editions Honoré Champion

La Gastronomie, ou l’Homme des champs à table, Joseph Berchoux, édition critique établie et commentée par Guilhem Armand, Paris, Honoré-Champion, 2025, 316 pages, 50 €.

De Virgile au milieu du XIXe siècle, il y eut en Europe une tradition ininterrompue de poésie didactique, qui commença par chanter l’agriculture, l’astronomie et finit par célébrer l’aérostat (L’Observatoire volant et le triomphe héroïque de la navigation aérienne, et des vésicatoires amusants et célestes, poème en quatre chants d’Arnaud de Saint-Maurice, 1784), le goudron, le thermomètre ou l’électricité, ... L’écrasante majorité de ces œuvres est oubliée et ce n’est pas injuste ; il n’en reste pas moins que cette tradition a existé, qu’elle est digne d’être étudiée, ne serait-ce que dans la mesure où elle exerça une influence importante, préparant le terrain à la réaction baudelairienne qui condamnera sans appel la poésie didactique (« il est une autre hérésie, qui, grâce à l’hypocrisie, à la lourdeur et à la bassesse des esprits, est bien plus redoutable et a des chances de durée plus grandes — une erreur qui a la vie dure, — je veux parler de l’hérésie de l’enseignement, laquelle comprend comme corollaires inévitables, l’hérésie de la passion, de la vérité et de la morale », « Notes nouvelles sur Edgar Poe », 1857, préface aux Nouvelles histoires extraordinaires), alors que la mode était passée sans retour.