L'incipit de ce petit livre dit exactement ce qui va s'y penser :
"Constate-le, cet état de non-présence. Nous n'habitons plus que des habitudes, plis, replis, chiffonnades et faux-replis, où logent des espoirs imposteurs. Le temps, tant qu'il est encore temps, est venu de se défaire de ses mauvais plis"
Les poètes moralistes nous agacent par principe, car le lyrisme sermonneur paraît le comble de la prétention et du grotesque : qui sont-ils, se hérisse-t-on, pour venir nous chanter des conseils qu'ils nous jugent incapables de nous donner à nous-mêmes ; et, d'ailleurs, à quoi bon faire chanter la langue pour juste inciter notre âme à mieux tenir la sienne ? Voilà ce qui, bien à tort, nous irrite : leur triple rappel (et Jean-Pierre Otte, homme probe et rigoureux, ne s'en prive pas !) qu'une âme n'a de noble que ses efforts, que l'authenticité se mérite, et qu'enfin la possession de la raison n'est pas gratuite (la lucidité, malgré parfois ses grands airs, est toujours d'abord l'humble vœu de s'acquitter personnellement de l'inévitable loyer de la raison en nous) est salubre et intègre.