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La Une CED

Une goutte d’éternité, Alain Joubert (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 02 Septembre 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Une goutte d’éternité, Alain Joubert, Editions Maurice Nadeau, Les Lettres Nouvelles, 2007, 124 pages, 16 €

 

Mort le 22 avril 2021, Alain Joubert restera dans l’histoire littéraire comme l’un des compagnons les plus fidèles et les plus actifs du mouvement surréaliste, dont il fut le chroniqueur régulier et l’un des plus grands historiens.

Dans ce roman autobiographique intimiste, le surréalisme avec ses soubresauts, ses événements, ses aléas, est à la fois la toile de fond et le destinateur ou pour le moins l’un des adjuvants primordiaux de la vie d’un couple qu’il a constamment accompagnée, animée et nourrie.

L’auteur narrateur, en effet y dévoile et y analyse la relation d’amour, d’affection, d’inaltérable affinité qu’il a vécue avec son épouse Nicole, dans le champ mouvant et tourmenté du surréalisme, jusqu’à l’ultime seconde de la vie de cette femme remarquable, poétesse, partie prenante et actrice inconditionnelle méconnue du mouvement littéraire.

Le livre se décline en trois parties.

Le métier d’écrivain, Hermann Hesse (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 01 Septembre 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Le métier d’écrivain, Hermann Hesse, Payot-Rivages, mai 2021, trad. allemand, Nicolas Waquet, 90 pages, 14,90 €

 

Exigence

L’exigence, tel est le mot qui vient vite à l’esprit au milieu de la lecture tout à fait originale de ce projet littéraire que l’on pourrait rapprocher des Lettres à un jeune poète de Rilke. Hesse y décrit ce que la littérature veut dire, ce dont l’artiste a besoin, au niveau du style déterminé par la foi et dans la composition graphique de l’écriture. C’est l’exigence d’inventer, de prendre garde à tout, de ne rien laisser au hasard, et de voir jusqu’en la graphie des manuscrits une sorte de secret haut, enclin à étoffer la personne de l’écrivain. Hesse reste sur un chemin escarpé, allant vers la perfection autant matérielle que transcendante, nécessitant la rigueur à employer pour construire une œuvre littéraire.

Il faut détailler un instant et regarder comment ce livre opère comme gésine de l’écriture. Pour cela le livre doit bénéficier d’une assiduité, celle d’un écrivain cherchant la représentation unique, laissant apparente la lutte contre la médiocrité, grâce à sa ténacité. L’auteur est sujet à la métamorphose, seul accomplissement de l’opiniâtreté.

Ad libitum (2/3) (par Isabelle Morino)

Ecrit par Isabelle Morino , le Mardi, 31 Août 2021. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Les jours suivants, rien ne changea. Je restai cet être invisible aux yeux des femmes de la rue, du supermarché, du bureau. Mais un concours de circonstances m’amena à remplacer le meneur de cadence d’un groupe des femmes du club et c’est ainsi que je rencontrai Nina. Très vite, elle sembla enchantée d’être écoutée, conseillée, encouragée par mes soins. J’avais l’impression d’avoir du charme et de la présence à ses côtés. Je la faisais rire aux entraînements, elle gérait son souffle de mieux en mieux dans l’effort, pouvait parler, me raconter sa semaine, ses projets. En automne, sa rupture amoureuse me livra à l’hypocrisie la plus crue : plaindre en exultant intérieurement. Plus tard, elle m’invita au troquet du coin, en rando, au théâtre, et même un jour jusqu’au point renversant de sa cambrure, dans une étreinte intense qui se répèterait. Je n’avais jamais été aussi heureux. Posséder son corps, habiter sa chair et sa vie, rien ne pouvait surpasser l’intensité de ce désir assouvi. Je comprenais aussi que la lampe avait rempli sa promesse. Je remerciais André secrètement et concentrais mon énergie à aimer Nina, combler Nina, m’emplir d’elle avec une force quasi sismique, conscient de la faveur extraordinaire dont je jouissais. Ce stock de joie nous accompagnait dans nos progrès sportifs. Nous pouvions envisager ensemble nous frotter aux compétitions du printemps.

La mélodie sans les paroles, Catherine Benhamou (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 30 Août 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

La mélodie sans les paroles, Catherine Benhamou, éditions des femmes-Antoinette Fouque, juin 2021, 80 pages, 12 €

 

Emily Dickinson : des vérités

Cette pièce de théâtre a pour sujet la vie d’Emily Dickinson, en prenant le parti non pas d’une vérité biographique mais d’une vérité intérieure à la poétesse américaine. De fait, ce sont deux vérités qui s’affrontent : la vie de l’autrice et le féminisme de Catherine Benhamou. Ainsi le petit nombre de personnages susceptibles d’incarner un raisonnement féministe se retrouve autour de la mort du père. Et aussi dans le rapport de genre. Donc : deux explications, deux tentatives de véridicité, personnelles et interprétées. Le but visé, je crois, étant de faire de l’existence de l’autrice un exemple de défense de la condition féminine, en tout cas dans le prisme de la dramaturge.

Voyage littéraire à deux vitesses : celle de la dramaturge et celle d’Emily Dickinson, qui se rencontrent ici dans un même projet intellectuel – plus sans doute que celui de restituer la phrase de la poétesse. C’est une découpe socio-politique, l’histoire des combats des femmes à quoi nous assistons.

Le Papier d’orange, La carta delle arance, Pietro De Marchi (par Valérie T. Bravaccio)

Ecrit par Valérie T. Bravaccio , le Vendredi, 27 Août 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Le Papier d’orange, La carta delle arance, Pietro De Marchi, Editions Empreintes, mai 2021, trad. italien, Renato Weber, 190 pages, 9 €

 

Publié en 2016, La carta delle arance complète un triptyque (Parabole smorzate, 1999 ; Replica, 2006) chez le même éditeur, Edizioni Casagrande. Et, la même année, il est distingué par le prestigieux Gottfried Keller. Il arrive cette année en France, grâce à la très belle Collection Poésie-Poche n°26 de l’Édition Empreintes, en bilingue. La fin du volume accueille une note biographique présentant Pietro De Marchi, sa bibliographie, et la traduction de la note de l’auteur. La traduction en français de Renato Weber est d’une grande finesse. Et, dans sa préface, Ivan Farron arrive à transmettre, avec beaucoup de précisions, l’atmosphère de l’ensemble du recueil en se référant clairement aux titres des compositions et, surtout, en indiquant les pages, ce qui pourrait paraître superflu ; la Table, située à la fin du volume, ne renvoie effectivement pas aux titres de chaque composition.

Structuré en onze chapitres (numérotés en chiffres romains), seuls quatre chapitres ont un titre (IV, Paraphrases ; VI, Trois petites allégories ; VII, Allegro giusto ; IX, Paroles rapportées). Et il n’y a aucun autre titre.