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La Une CED

L’Odeur d’un père, Catherine Weinzaepflen (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 29 Mars 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

L’Odeur d’un père, Catherine Weinzaepflen, éditions des Femmes, janvier 2021, 144 pages, 12 €

 

Fragments du père

C’est un peu par hasard que j’ai rencontré ce livre, qui au départ ne m’était pas adressé. Mais deux choses cependant m’ont incité à le lire : d’abord parce que Catherine Weinzaepflen a une production de poète, et ensuite parce que ce récit autour du père côtoyait le mien, mon père ayant disparu l’été dernier. Ici, bien sûr, la question d’être fille importe beaucoup. Comment se construire à partir d’un féminin ? Et dès lors, par fragments, rétablir une histoire, l’histoire de cet être fille-là. Ainsi attendu que reconstruire des paysages, des pays, des lieux soutenus par des odeurs, des émanations, des goûts, devienne le fil du récit – autobiographique ? C’est ce récit qui, de paragraphe en paragraphe, et dont chaque en-tête déclare l’âge de la protagoniste, interroge non seulement le père, mais la construction symbolique de soi, qu’il faut poursuivre.

C’est beau le rouge, Lucia Zamolo (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 26 Mars 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

C’est beau le rouge, Lucia Zamolo, février 2021, trad. Rita Lamontagne, 96 pages, 12,90 €

 

Flux cataménial

Ce livre élaboré pour décomplexer un grand nombre de personnes, à propos d’un événement simple, naturel mais culturellement tabou, disserte sur l’arrivée des règles. Cette apparition mensuelle accompagne la puberté, est inhérente à toutes les adolescentes (à moins d’être aménorrhée), et néanmoins fort peu mentionnée, ou alors sous forme de boutade ou de grossièreté : « les anglais ont débarqué », « j’ai mes ragnagna », « je suis indisposée », ou encore « les chutes du Niagara », etc. L’arrivée des menstrues est parfois qualifiée par les scientifiques de pathologie, voire de traumatisme ! Cette définition des premières règles parfois douloureuses ne calme pas vraiment la montée d’angoisse ou l’embarras que cause ce phénomène. L’écoulement du sang vaginal se trouve l’objet de répulsions diverses, de honte.

Inglorious Basterds, Glorious movie ! (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 25 Mars 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Côté écrans

 

Je ne m’en lasse pas et, comme Tarantino, ma jubilation ne faiblit pas. Inglorious Basterds est sorti sur nos écrans en juillet 2009. Voici la note que j’écrivais pour Le Monde à la sortie du film. Depuis, cette bande s’est installée dans mon imaginaire comme une œuvre-culte à laquelle je rends régulièrement hommage. Alors encore une fois…

De toute évidence ce film a le ton d’une pochade estivale. Oui mais voilà, seulement le ton, nos mémoires de cinéphiles sont peuplées de « pochades estivales » devenues des films-culte. De Coups de Feu dans la Sierra ou Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia, de Sam Peckinpah, au Duel de Steven Spielberg, en passant par le Gloria de John Cassavetes, que serait le cinéma sans les « rigolades » de juillet/août cachant des joyaux devenus légendaires ?

La « pochade » de Tarantino est évidemment destinée à s’inscrire d’emblée dans ces perles d’été. Tout y est déjà culte.

La Sirène d’Isé, Hubert Haddad (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 24 Mars 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Zulma, En Vitrine, Cette semaine

La Sirène d’Isé, Hubert Haddad, Zulma, janvier 2021,176 pages, 17,50 €

 

Dès le début, le lecteur est prévenu : il a entre les mains « une histoire véridique et pourtant fabuleuse ». Les événements se déroulent à Umwelt, une petite ville portuaire « face à la respiration cosmique de l’océan » et où le temps n’est « qu’un bloc de ténèbres sillonné d’éclairs ». Ce nom d’Umwelt, quoique ne figurant sur aucune carte, occupe pourtant une place capitale dans l’œuvre du biologiste et philosophe germano-balte Jakob von Uexküll.  L’Umwelt  désigne le milieu, l’environnement sensoriel propre à une espèce ou à un individu, c’est notre « véritable vision du monde ». Le nom des personnages comme Riwald, Sigrid, Willumsen, Martellhus laisse penser qu’on évolue dans la sphère germano-scandinave : Göteborg, ville portuaire de Suède est mentionnée à différente reprises sur la fin du roman, et la parenté est flagrante avec les contes du Norvégien Ibsen. La Sirène d’Isé se prête aisément à diverses interprétations et à plusieurs lectures.

Le complexe de la sorcière, Isabelle Sorente (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mardi, 23 Mars 2021. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Folio (Gallimard)

Le complexe de la sorcière, Isabelle Sorente, Folio, janvier 2021, 320 pages, 7,50 €

Comme Didier Smal l’a rappelé dans un article paru ici récemment (https://www.lacauselitteraire.fr/la-femme-est-une-sorciere-comme-les-autres-premiere-partie-par-didier-smal ), les sorcières sont à la mode – pour le pire et le meilleur, d’Instagram à la riche Collection Sorcières des éditions Cambourakis, où il n’est d’ailleurs pas question que de sorcières – à moins que si, selon la façon dont on les définit.

Voilà donc un livre de plus consacré à cette figure : certes, mais un livre singulier et étonnant. Il s’ouvre sur une sinistre visitation, qui devient peu à peu un personnage : l’image d’une femme interrogée et suppliciée, au crâne rasé, surgit dans l’esprit de l’auteure, un jour de juin, et s’y installe à demeure. Habitée, fascinée, Isabelle Sorente entreprend une quête dont le cheminement, fait de tours et de détours, de méandres et de cahots, est l’objet de ce livre où se mêlent récit intime, enquête historique abondamment documentée, psychologie, notamment transgénérationnelle, et des considérations, une sensibilité, d’ordre mystique – pas fumeux, pas farfelu, ni rien de cet acabit : mystique. Se mêlent aussi, dans ce livre, les temporalités – passés et présent – et les plans réel, symbolique et imaginaire, et ces entrecroisements apparaissent comme la façon la plus juste de relater l’expérience humaine, quelle qu’elle soit.