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La Une CED

La Gastronomie, ou l’Homme des champs à table, Joseph Berchoux (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Editions Honoré Champion

La Gastronomie, ou l’Homme des champs à table, Joseph Berchoux, édition critique établie et commentée par Guilhem Armand, Paris, Honoré-Champion, 2025, 316 pages, 50 €.

De Virgile au milieu du XIXe siècle, il y eut en Europe une tradition ininterrompue de poésie didactique, qui commença par chanter l’agriculture, l’astronomie et finit par célébrer l’aérostat (L’Observatoire volant et le triomphe héroïque de la navigation aérienne, et des vésicatoires amusants et célestes, poème en quatre chants d’Arnaud de Saint-Maurice, 1784), le goudron, le thermomètre ou l’électricité, ... L’écrasante majorité de ces œuvres est oubliée et ce n’est pas injuste ; il n’en reste pas moins que cette tradition a existé, qu’elle est digne d’être étudiée, ne serait-ce que dans la mesure où elle exerça une influence importante, préparant le terrain à la réaction baudelairienne qui condamnera sans appel la poésie didactique (« il est une autre hérésie, qui, grâce à l’hypocrisie, à la lourdeur et à la bassesse des esprits, est bien plus redoutable et a des chances de durée plus grandes — une erreur qui a la vie dure, — je veux parler de l’hérésie de l’enseignement, laquelle comprend comme corollaires inévitables, l’hérésie de la passion, de la vérité et de la morale », « Notes nouvelles sur Edgar Poe », 1857, préface aux Nouvelles histoires extraordinaires), alors que la mode était passée sans retour.

Vita Nova, Louise Glück (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 06 Avril 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Vita Nova, Louise Glück, trad. Marie Olivier, éd. bilingue Gallimard, 124 p., 2026, 18€

 

Pour introduire notre réflexion brièvement, je reprendrai le titre du célèbre livre de Simone Weil : La Pesanteur et la grâce. Car ici, dans le Vita Nova de Louise Glück, c’est bel et bien la question : la pesanteur, comme profondeur d’une langue, et la grâce, comme légèreté d’un propos ironique non voilé. Oui, un balancement sans cesse entre la profondeur de l’expression, l’éclat (comme en peinture ce qui distingue un petit tableau d’un chef-d’œuvre), et les thèmes. Tout est grand ici. À la fois les images, la construction du poème, la fulgurance de certaines strophes, l’écume qui porte la langue (comme une embarcation sillonne des embruns), l’appel aux grands mythes et livres fondateurs, et cette marque très nette du sarcasme, presque d’une gaité.

J’ai dit : « pesanteur » et « grâce ». Mais il serait plus juste de parler de mouvement rotatoire, de balancement, de dodelinement, d’ondulation. Cette poésie est instable, elle balance dans l’ironie, dans le rêve, entre la réalité contingente qui entoure la poétesse qui pourrait se rapprocher en cela de l’école « confessionnaliste », et des formes originales, ou des signes venant de la culture classique, mordues par de constantes antiphrases. L’écrivaine vaque dans son langage avec agilité.

Marie-Hélène Lafon, Hors champ (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 30 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Buchet-Chastel

Marie-Hélène Lafon, Hors champ, éd Buchet.Chastel, 170pp, 19,90€

 

Le livre sous le livre, le livre avant le livre

Elle le regarde aux yeux.

Drôle d’expression. Qui ouvre à une langue propre, celle de Marie-Hélène Lafon.

On regarde plutôt dans les yeux. Pas Marie-Hélène Lafon de la Santoire et des monts du Cantal, des fromages en affinage et des fermes au bout des mondes. Là, dans ces paysages-là, on regarde aux yeux.

C’est d’ailleurs une chose bien difficile de regarder aux yeux. Ça voudrait éviter le face à face, ça pourrait empêcher de regarder en face et, avantage certain, ça remplacerait l’usage de la parole.

Comment dans ces campagnes de neige épaisse, de vents vifs, de pas alourdis et de chemins sans fin le lien a-t-il lieu ? Comment la parole passe ? Comment les dos voûtés se tournent, les regards se perdent, souvent plus bas, qui évitent ce que nous nommons, un peu urbains, vaguement normalisés, soi-disant modernes, des conversations.

Michel Lamart - Peut-être (par Marc Wetzel)

, le Mercredi, 25 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Michel Lamart - Peut-être - Les lieux-dits, Cahiers du Loup bleu - 48 pages, 1er trimestre 2026, 7€

"J'écris

Entre la certitude d'exister

Écrivant

Et l'impérieux besoin

D'être réellement

Moi-même,

Assuré que l'écriture

Qui me prend en charge

Me réalise

Avec la suprême consolation

D'être si peu ..." (p.37)

À ma sœur et unique, Guy Boley (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 24 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Guy Boley, À ma sœur et unique, éd Folio, F9, 491pp

 

Nietzsche et sa sœur

À ma sœur et unique a obtenu le prix des Deux Magots en 2023, année de sa parution chez Grasset.

Tout Nietzche n’est pas forcément à relire, ni à revoir, ni avant ni après, mais l’unique est donc la sœur de Friedrich. Dans son troisième livre, l’auteur lui fait sa fête !

Guy Boley nous entraîne cœur et tambour battants dans cette folie fratrique, cette fabrique à fake sororale qui ne va rien de moins que faire œuvre de son frère et lui construire le piédestal, amorcer la pompe à célébrité tout en créant, d’entrée, le malentendu.

Pour ne pas écrire pire. Le contresens, ou pire encore, l’instrumentalisation, celle qui peut jouer aujourd’hui comme une gangue idéologique, un précédant de lecture.

Ou comment une sœur devient mère de son frère et, à ce titre, le contrefait.