Identification

Ecriture

Nouvelles brésiliennes (IV) - Adriana Sydor, Avarice (traduction Stéphane Chao)

, le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Pecuniae obediunt omnia

Toutes les pièces de monnaie tombent de ma poche

se brisent sur ce sol dur

où se posent les frêles oiseaux

qui n’attendent que les miettes

de ma bonne foi

 

je découvre mes pieds et offre au monde

cette couverture déchirée,

élimée, déchiquetée

à l’instar de ce

qui conspire contre moi

Château, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mercredi, 12 Décembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Avait-on réellement pendu tous les gens du château ?, avaient-ils jamais existé ? Depuis le lancement des croisades près de dix siècles s’étaient écoulés, toutefois, malgré cet écart le présent serait historique, monsieur le maire en était convaincu… D’ailleurs, quel sens pouvait avoir sa récente, obstinée lecture de romans de chevalerie signés Walter Scott et de ses épigones, de volumes concernant les Templiers et leur légende, jusqu’à ce jour jamais parcourus ?… Documenté à revers il prendrait ces autorisés sociologues nous affublant d’un présent orphelin de son passé… non mais !… Pour ne pas se laisser emberlificoter il nous faut prendre soit du recul, soit de la hauteur, rien n’est plus dangereux que de conduire le nez dans le pare-brise ou le guidon… Ces préventions paraissaient sensées, mais l’âge de raison dépassé, comment convaincre les adultes de délaisser leur courte vue, pour considérer ce qu’ils ne veulent pas reconnaître, alors qu’à portée de regard existe cet ancien château où il se passe d’étranges choses ?

Nouvelles brésiliennes (III) - Hector Bisi, Les paons albinos boivent du champagne

, le Vendredi, 07 Décembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Pete Doherty descend du black cab à Tite Street avec ce style mou-titubant qui ne permet jamais de savoir s’il est ivre ou à moitié et il se rend dans un sous-sol où le doorman est en soutane violette et confirme son nom sur la liste. Oh Mr Doherty, notre seul invité de la soirée. Il est rare que nous ayons cet honneur. C’est un Borsalino ?, j’aime les chapeaux de votre phase Libertines, enjoy your night, et Pete Doherty entre par un tunnel rouge où les murs sont couverts d’une flopée de selfies tous encadrés, Whatahell is this ? Attends, celui-là c’est pas Oscar Wilde ?, bordel, comme il est jeune sur cette photo, et il y a une lumière rouge à la fin du tunnel et des mecs avec des manteaux en fourrure par-dessus leur costume Paul Smith ou Gareth Pugh ou McQueen ou Saint-Laurent ou Gucci voire Saville Row, Ah non, encore un de ces clubs anglais ennuyeux à mourir, j’espère qu’il y a quelque chose de bon à boire au moins, et le salon est décoré avec des sièges Chesterfield cliché des lambris cliché et des étagères cliché prouvant que l’Angleterre victorienne n’était pas un pays mais une bibliothèque monster, On gèle, la clim est à zéro ?, où est donc ce putain de serveur ?, et Pete-Doherty-Esquimau titube en direction de types qui sont debout au milieu de la grande pièce et qui ont tous ce bronzage crevettesque d’anglais en liberté sur la plage et voilà qu’arrive la crevette en chef,

Route du Rhum, métaphore du monde (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Jeudi, 06 Décembre 2018. , dans Ecriture, La Une CED, Récits

 

Rien ne sert de manger ses pairs, il faut courir à point.

Mai 79. J’avais 20 ans, lui 40.

Lulu, natif de Deshaies, tenait un bar sur la côte ouest de Guadeloupe. Il m’offrait mon premier rhum, ma première cuite. En désignant la goélette sur laquelle j’allais traverser l’Atlantique, il m’assena : « Ton bateau là ? C’est un vieux ! Le Canadien est passé en décembre avec sa mouette jaune, i bon memm ! Ce gars c’est un moderne ! ».

Cet Antillais exprimait au plus juste ce que je ressentais de plus intime à cet instant de mon parcours naissant de navigateur. Étrange affaire, puisque 27 jours de mer plus tard, habité de mes premiers élans d’écriture, j’avais lu et relu Pourquoi j’ai mangé mon père, roman de Roy Lewis dont la récente traduction française traînait à bord. Il en était donc ainsi de notre condition et son inévitable corolaire, le progrès ? En art de survivre comme en tout domaine, existerait toujours une querelle des anciens et des modernes ?

Nouvelles brésiliennes (II) - Hector Bisi Où dorment les trains ?

, le Vendredi, 30 Novembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Hector Bisi

Où dorment les trains ? (2)

 

À Julio Cortázar.

Le souterrain est la vie après la vie.

Un corps par terre, un corps par terre dans un wagon de métro, un corps par terre dans un wagon de métro et une femme qui le regarde, Are you OK ?, le corps par terre c’est moi et fais-moi le plaisir d’enlever de mon visage la lumière de ton téléphone portable putain, on ne peut plus se réveiller en paix après une bonne cuite, attends, excuse-moi, on se connaît, non ?, c’est pas possible, 1990 métro Green Park c’est ça ?, ça me revient, je t’ai vue sur le quai et je suis entré dans le wagon, je revenais du chantier de construction avec une chemise moitié blanche moitié bleu marine que mon ami d’enfance anglais m’avait prêtée, ingénieur tout juste diplômé qui travaillait comme manœuvre dans un chantier à London, family chocked haha, c’est toiiii putain t’as pas changé,