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Récits

L’insomnie Jean-Luc Lagarce (par Pauline Moussours)

Ecrit par Pauline Moussours , le Mardi, 12 Février 2019. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Vers quatre heures, vers la fin du mois, je lis Jean-Luc Lagarce et je pleure. Enfin non, je ne pleure pas, mais j’en ai envie. Parce que c’est vrai. Je crois que c’est cela surtout, l’écriture vraie. J’aimerais savoir écrire ainsi. Écrire comme on pense, comme on vit, écrire comme lui. J’ouvre ses livres au hasard, souvent, jamais plus d’un mois sans le faire. Je relis des passages, plusieurs phrases, plusieurs pages. Je relis Jean-Luc Lagarce et je pleure. Mais ce n’est pas cela, finalement. Ce n’est pas de pleurer parce que c’est beau. Simplement l’envie de le faire. La possibilité de le faire. Longuement ou non. Pendant le texte, après le texte, qu’importe. C’est un secret de ses mots, de son rythme et de ses virgules. Un secret de la répétition, qui pourtant ne vient jamais raconter les mêmes choses. Un secret d’être bouleversée quand il écrit prendre son bain, plusieurs heures avec un autre, rajoutant parfois de l’eau chaude ; quand il écrit, pour se le demander, si ce n’est pas soi après tout, que l’on regrette le plus.

Après, juste après de le lire, il m’est impossible d’écrire. Je n’y arrive pas. Je ne pense qu’à ses mots à lui, son style à lui. Je ne parviens qu’à le copier, le copier mal comme ici, à cette heure avancée de la nuit.

Route du Rhum, métaphore du monde (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Jeudi, 06 Décembre 2018. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Rien ne sert de manger ses pairs, il faut courir à point.

Mai 79. J’avais 20 ans, lui 40.

Lulu, natif de Deshaies, tenait un bar sur la côte ouest de Guadeloupe. Il m’offrait mon premier rhum, ma première cuite. En désignant la goélette sur laquelle j’allais traverser l’Atlantique, il m’assena : « Ton bateau là ? C’est un vieux ! Le Canadien est passé en décembre avec sa mouette jaune, i bon memm ! Ce gars c’est un moderne ! ».

Cet Antillais exprimait au plus juste ce que je ressentais de plus intime à cet instant de mon parcours naissant de navigateur. Étrange affaire, puisque 27 jours de mer plus tard, habité de mes premiers élans d’écriture, j’avais lu et relu Pourquoi j’ai mangé mon père, roman de Roy Lewis dont la récente traduction française traînait à bord. Il en était donc ainsi de notre condition et son inévitable corolaire, le progrès ? En art de survivre comme en tout domaine, existerait toujours une querelle des anciens et des modernes ?

Les Marquises, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Achevée sa période « Blédine », Francis Combes découvrit que les réclames, les campagnes publicitaires ou politiques, mieux que toutes sortes de Nouvelles (fausses) ou mauvais romans, reflétaient le sens profond de la vie communautaire. Abusée qu’elle fut par d’insignifiants petits riens, insidieusement son attention se vit rattrapée par ces racoleuses sollicitations, proposées par l’intermédiaire d’encarts luxueux, de dépliants, de documents d’appel ou sophistiqués catalogues nous intimant de voyager… Qu’importent les façons dont les voyagistes nous vendent : la Thaïlande, la Sicile, le Maroc, les Seychelles ou les Marquises, dorénavant à crédit toutes ces destinations sont à notre portée… C’est ce qui ressortait de cette fallacieuse réclame dont le susnommé se méfia, songea que plutôt parcourir le globe en tous sens et à trop vive allure, l’urgence serait de circonstanciellement rendre compte d’un lieu, d’un paysage, d’une ville, d’un amour ? Si ce potentiel mental existait, pensait-il, nous commencerions par être attentifs aux réminiscences, leurs translations n’affectant que des géographies apprises, puis, hélas, oubliées…

Presque par hasard, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Pendant mes années avec Danielle, je suis parti en vacances avec des romans de Sollers, le seul auteur à ce jour qui m’a permis de sauter autant de pages que je le voulais, sans provoquer en moi honte ou culpabilité. J’ai compris avec lui, que le lecteur n’était pas obligé de tout lire. Grâce à lui, j’ai compris que tout le monde pouvait écrire. Puis, je suis passé aux essais de Sollers, où j’ai découvert tout autre chose et son talent. Tout cela pour dire qu’on peut être grand écrivain sans savoir raconter une histoire. Aux confins de l’Ile-De-France, dans le lycée où j’ai fait mon internat, j’ai côtoyé celui qui m’a fait connaître Les Chants de Maldoror. Le livre était sur sa table, dans la salle d’études. Mais, il ne m’a jamais parlé du livre qui, sur le bureau, était son secret.

Triste Papou, Marie-Pierre Fiorentino

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 18 Janvier 2018. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Est-ce mon imagination ou bien son regard parcourant la salle est-il réellement triste ? La projection du documentaire L’exploration inversée (2007) est terminée. Elle a été interrompue par un simulacre d’entracte, quelques minutes pendant lesquelles il a réitéré sa plaisanterie introductive. Il sait que nous, les Blancs, sommes toujours pressés ; alors il ne veut pas nous faire perdre trop de notre précieux temps. Ce sera une rencontre brève.

La rencontre est le thème de cette conférence à laquelle notre hiérarchie nous convie sur nos heures de travail. Nous voilà donc 150 environ, pour le rencontrer lui, le Papou.

Comment l’appeler autrement, en mon for intérieur, quand son nom a été prononcé trop vite pour mes oreilles inaccoutumées à sa langue ? Le soir, je le chercherai pour l’écrire sans l’estropier : Mundiya Kepanga.