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Haute résolution (par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard 23.01.24 dans La Une CED, Ecriture, Récits

Haute résolution (par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard)

 

Amis Français d’ici ou d’ailleurs, good morning ! Tu n’as décidé qu’une seule chose cette année, tu dis oui à la vie. Tu ne diras plus jamais non. Tu dis oui à toutes les opportunités, à toutes les rencontres, à toutes les épreuves. Prends garde. Car l’Univers avec une majuscule va exaucer tes vœux.

Première aventure, ton partenaire (genre neutre. Mot actuel pour désigner la seconde entité du couple) depuis six mois, avec qui tu crois filer le parfait amour, vient de t’annoncer qu’il est polylovers. Polyquoi ? Tu n’es pas la seule sur son profil WhatsApp-agenda-galerie photo. Tu es une femme, il est un homme. Sept polycopies dans le salon pour ne pas dire dans le lit. Polygame, si tu préfères. Et t’as de la chance, ce n’est pas en simultané. Réjouis-toi, car toi t’es unique. Naturellement. Une par soir. Il faut de l’organisation et beaucoup d’énergie, t’es d’accord. Tu pleures ou tu restes, tu pleures aussi et t’attends ton tour. Tu dis oui à la vie, souviens-toi. Tu te documentes, tu regardes des séries sur Netflix. Me, You, Her. Tu t’instruis, tu essayes de comprendre, tu apprends des nouveaux mots. La compersion. Question de valeurs ou de convictions. Je t’expliquerai.

Compersion, empathie vis-à-vis de son partenaire lorsque celle-ci, ou celui-ci, a une autre relation avec un lover.

Seconde expérience sémantique, tu perds ton job. Commerciale pour une galerie d’art, l’art va mal, dernière arrivée, première partie. T’es géniale mais les temps sont durs. Et les espaces coûtent cher. Rien ne dure. Le lendemain, tu reçois sur ton compte Instagram une proposition pour faire des photos. L’Univers doté d’une majuscule te taquine. Et ce n’est pas ce que tu crois. Tu es bien plus que ce que tu crois. Pas top-model bien sûr, t’es plus près du sol que des projecteurs mais pour poser pour des peintres. L’Art va mieux. Nue. Les entrailles figées dans les ateliers ou devant un parterre d’étudiants, tu acceptes. Tu dis oui à la vie. Et ça fonctionne et ça te plaît.

Troisième entreprise de transformation, un ami te propose de remplacer sa chanteuse clouée au lit par le Covid, l’odorat passe encore, elle n’a plus de voix. T’as une semaine pour apprendre son répertoire. Trois dates de concert prévues. Souviens-toi, tu dis oui à la vie. Résumons. L’Univers avec une majuscule te bouscule. Un peu, beaucoup, passionnément. Bascule cognitive. Adapte-toi et vite. Moins de déperdition d’énergie. Question d’entropie.

Quatrième expérimentation, tu vas pour commander une pizza, ta pizzéria préférée dans ta ville préférée. Naturellement, tu repars avec ta commande, à emporter.

Et le numéro de téléphone du manager qui t’avoue être amoureux de toi depuis le premier jour, c’est-à-dire depuis ta première calzone.

Ta ville préférée s’appelle Magic City, la ville extatique en grand angle qui se renouvelle par son sous-sol, riche en substances. Elle te transforme, elle te dissipe. Magie au sens illusions, au sens possibles ou les deux, toi, les substances et les poudres, tu les évites. Même pour ta machine à laver, les poudres ça encrasse, c’est connu. Bref. Tu n’es plus ce que tu crois. Tu es bien plus que ce que tu crois. Entre la forme et la tentative. Tu es magique, c’est bien là ton unique résolution.

 

Sandrine-Jeanne Ferron

 

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A propos du rédacteur

Jeanne Ferron-Veillard

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Jeanne Ferron-Veillard naît le 16 septembre 1975, à Lorient. Grandit en Bretagne puis à Albi. A l’âge des grandes mutations, part sur Paris : pensionnaire à l’école de La Légion d’Honneur. Les études ? Niveau licence, quelques souvenirs en Lettres Modernes. Puis ce sera l’Angleterre où elle restera quatre années. Retour en France, entre autres responsable d’une très jolie librairie à Paris. Petit tour de France puis du monde, lit, écrit et vit depuis au même endroit incognito.