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Articles taggés avec: Ferron-Veillard Sandrine

Elena Ferrante, A la recherche de L’Amie prodigieuse, Salomon Malka (par Jeanne Ferron Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Mardi, 10 Mai 2022. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Elena Ferrante, A la recherche de L’Amie prodigieuse, Salomon Malka, éditions Ecriture, février 2022, 228 pages, 18 €

 

Elena Ferrante. Répétez-le tel un mantra et songez un instant à quel point un nom, qu’il soit fictif ou réel, créé de toute pièce ou incarné, peut générer autant de commentaires, d’articles, de pages sur internet. D’échos. Songez un instant à sa musique. À ses livres que vous aurez lus, ou peut-être pas, aimés ou pas, là n’est pas la question.

A-t-on le droit de malmener la volonté d’une auteure de disparaître au profit de son œuvre ou de se cacher derrière, de créer la distance, ce livre-enquête questionne l’identité d’une œuvre liée, ou pas, à celle d’une auteure. Elena Ferrante. Formidable inconnue qui dissèque les relations humaines, les autopsie, les instille entre Naples et l’Italie, Naples ce n’est pas l’Italie. Livre-enquête sans plan véritable, Salomon Malka s’ingénue à retrouver un à un les personnages des romans d’Elena Ferrante, à les faire sortir des pages pour les animer à nouveau, une sorte d’ancrage passant du noir et blanc à la couleur.

Le grand combat, Ta-Nehisi Coates (par Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 25 Mars 2022. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Autrement

Le grand combat (The Beautiful Struggle), Ta-Nehisi Coates, Les éditions Autrement, 2017, trad. anglais, Karine Lalechère, 272 pages, 19 €

 

La romancière Toni Morrison avait écrit Dans l’origine des autres, paru en France en 2018 aux éditions Bourgeois : « Il n’y a pas d’étranger, il n’y a que des choses étrangères à soi ». Ta-Nehisi Coates avait rédigé alors la préface. Auteur et journaliste, Ta-Nehisi travaille ses textes comme ses articles et réciproquement. La rigueur, la distance, le détail et la source vérifiée, ici, la source c’est lui. Rigueur, distance, détail. Sa famille. Sa mère. Son père. Ses frères et sœurs. Description crue de la réalité, voire fantomatique, une exploration physique et mentale dans l’hyper réalisme ou une fiction augmentée dans laquelle l’entrée est celle de l’adolescence. Les identités éclatées, les plaies des adultes comme autant d’alvéoles dans la peau des plus jeunes, les hormones qui la soulèvent et cette peau qui, pour survivre, doit se tendre jusqu’à la rupture. Les percussions des djembés comme bande-son du livre. Entre autres.

Je jouais devant chez lui avec ses G.I. Joe.

Naissance d'un pont, Maylis de Kerangal (par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 10 Mars 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Verticales, Roman

Naissance d'un pont, Maylis de Kerangal, Gallimard, Coll. Verticales, 2010, 317 pages, 19,20 € . Ecrivain(s): Maylis de Kerangal Edition: Verticales

 

J’ai découvert Naissance d’un pont devant une brasserie du Canal Saint-Martin, devant le pont tournant, une fin de matinée un peu plus froide que les autres. Maylis de Kerangal attendait quelqu’un, je venais prendre un café, toutes les deux emmitouflées dans nos manteaux. Je me souviens de la couleur du sien, de l’inattendu et de l’inattention, le sien était boutonné à contre-sens, boutonné en jaloux diraient les Québécois. J’ai aimé d’emblée cette écrivaine pour ce détail-là, un contre-sens, pour la couleur des feuilles en automne sur son vêtement. Et j’ai aussitôt acheté le livre à la librairie tout près. Je n’ai pas pris de café ce matin-là. Car je ne suis pas revenue pour lire le livre dans la brasserie ou lui demander de dédicacer ledit livre. La déranger, hors de question. Nul besoin, le livre entier est une dédicace que l’auteure fait à son lecteur.

Chroniques de Mayami (par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 18 Février 2022. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Amis Français d’ici ou d’ailleurs, good morning ! je vous parle d’un point de la terre, un peu plus au sud, d’un point où comme vous, je tourne, où je ne tourne pas à la même vitesse, entre l’aphélie et le périhélie, entendez là de jolis mots pour traduire le point le plus proche ou le plus éloigné du soleil. L’ellipse donc que notre jolie terre dessine inlassablement depuis des milliards d’années, des millions d’années que l’homme se raconte d’étranges histoires, songez une seconde à celle des Rois Mages que vous avez déjà fêtée, à votre façon bien sûr, celle d’une crèche aussi que pour chaque Noël nous dressions avec nos parents, laïcs ou croyants, entre la cheminée, la dinde et le sapin. Des souvenirs d’enfance plein la hotte, des figurines hautes ou minuscules pour ancrer nos imaginaires ou hanter nos croyances.

J’avais donc emporté dans ma petite valise la grande crèche pour mon premier Noël à Mayami, mon enfance installée entre la piscine, les tongs et le palmier. Marie, le bœuf et l’âne, les Rois Mages, l’enfant dans son berceau, mes personnages en plâtre ont traversé l’Océan, tous arrivés sains et saufs. Tous ?

Sauf un !

Blizzard, Marie Vingtras (par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 22 Octobre 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, L'Olivier (Seuil), Roman

Blizzard, Marie Vingtras, Éditions de l’Olivier, août 2021, 181 pages, 17 € Edition: L'Olivier (Seuil)

 

 

Tout lire, lire la moindre lettre, y associer une autre et n’en gâcher aucune. Le premier mot d’un livre. Son titre. Les numéros de pages n’apparaissent pas encore, je m’installe, il est 8 heures du matin, à l’intérieur d’une brasserie, la terrasse comme ligne d’horizon. Il fait beau, il fait froid.

L’Alaska. Le blizzard.

Une brasserie, un boulevard, une capitale. Je veux commencer tôt la lecture, être éprise, surprise et me jeter d’emblée dans ce blizzard, à cette heure où les êtres ont le dos voûté, faisant face à la ville. À l’intérieur, deux tables occupées, et au comptoir, des cafés avalés en deux coups de tête, le comptoir pour support, à la rigueur Le Parisien et ses titres. L’émotion et trois lignes de clients qui se succèdent.