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Et amarres invisibles, Bruno Grégoire (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 28 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Editions Tarabuste

Et amarres invisibles, Bruno Grégoire, Tarabuste, 2025, 118 p., 15 euros. Edition: Editions Tarabuste


Le dixième recueil de l'auteur (depuis 1990) happe nombre de réalités du quotidien par le biais de brefs poèmes énigmatiques, entre constats, aphorismes déguisés, brèves pulsations de sens, blasons philosophiques, traces de passages ou de voyages, conversations à soi même.

D'invisibles amarres retiennent donc ce regard étrange au fil de textes qui ne délivrent pas d'emblée de sens ni d'accroche, encore que les éléments du poème ne sont pas tous tissés d'obscurité. Certaines images - raccourcis de la réalité - nous parlent certes comme des signes : "de l'autre côté de la pluie" ou "la fissure dans la laque noire". Le poète délivre une matière elle-même distante par laquelle il faut "ressaisir la vie entière" à l'image du papillon souvent convoqué - vibratile, fuyant, insaisissable.

Père, ne vois-tu pas, la tête à l'envers, Jacqueline Persini (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Père, ne vois-tu pas, Ed. la tête à l'envers, Jacqueline Persini, 2026, 84 p., 17 euros.

 

Quand la quête du père prend la forme d'une restitution mémorielle, le poème gagne en authenticité, en densité. Voilà, à l'âge adulte, une poète recourir à l'enfance comme bouée à la mer. Un jour, le père est parti, est resté dans la chambre comme un fantôme insaisissable.

Toute l'histoire d'une enfance amoindrie par l'absence : rien qu'un nom alors que tout le rappelle en silence.

Longtemps après, couche après couche, le personnage revient hanter les jours de la petite. Entourée d'une mère, de son beau-père, la petite fille culpabilise, imagine en poèmes tendus cette vie, cet amour perdu, la séparation, la maison, "nos branches disjointes/ rassemblent leurs forces".

L'amertume, les cris, "les murs de la chambre (qui) se cassent", "toute mon encre noire" : le poème libère-t-il de tant de blessures?

Les trois vies d'Hector Bianciotti, René de Ceccatty (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 09 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Biographie, Séguier

Les trois vies d'Hector Bianciotti, René de Ceccatty Séguier, 2026, 592 p., 25,90 euros. . Ecrivain(s): René de Ceccatty Edition: Séguier


Dans le droit fil de ses autres biographies copieuses (Morante, Pasolini, Leduc, Moravia, Maria Callas, Serge Tamagnot), l'essayiste creuse tous les sillons d'une vie, triple, objective, subjective, intérieure, ici sous le registre linguistique (origine italienne, langue espagnole, langue française), sans omettre toutes les facettes du personnage traité. Hector Bianciotti que notre auteur a connu comme ami, collègue chez Gallimard, fut romancier, éditeur, critique, personnalité influente dans le monde des lettres, académicien français, découvreur exceptionnel de jeunes talents (Niel, Guibert, Moses).
Mais évoquer cette complexe figure des lettres suppose une connaissance intime et plurielle, ce que René de Ceccatty maîtrise et partage avec les lecteurs.
Ce qu'il nous dit nous plonge d'abord dans l'histoire "extraordinaire" d'un fils de paysan, de langue espagnole, devenu, quittant son Argentine, après un temps d'errances (Madrid, Rome), un écrivain français reconnu (Prix Femina, entre autres) et qui siégera à l'Académie, aux côtés de son ami Angelo Rinaldi.

Lettres à la Bien-aimée, Thierry Metz (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 26 Novembre 2025. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Poésie, Gallimard

Thierry Metz, Lettres à la Bien-aimée, Poésie/Gallimard, 2025, 400 p. Edition: Gallimard

 

I. PUISQU'IL ME FAUT ALLER JUSQU'AU PUITS

Qu'un homme naufragé, brisé par un deuil, consacre à l'écriture, au feuillet, à la page, tant de poèmes, c'est le signe que, grâce à elle, il pourra remonter du puits où il est enfoui.

L'homme que "Sur la table inventée" ou "Entre l'eau et la feuille" décrivent, "nomade de ton souffle", qui n'a "le souci/ que toucher/ un peu d'herbe", recueille en très brefs poèmes les pulsations de vie "dans ton livre".

Au centre d'une nature que le poète ou le manoeuvre connaît par des voies singulières, il fait de tout ce qui est vu, senti, aimé, palpé, une "écriture, /une langue appelée nulle part".

Il se sait dormeur de tant de choses à dire, passant "derrière les feuilles", "dans la chambre dormante".

Les poèmes tombent en gouttes d'or, "frondant la langue".

Où seul chasse le vent, Michel Bourçon (par Philippe Leuckx)

, le Lundi, 17 Novembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Où seul chasse le vent, Michel Bourçon, Al Manar, 2025, 88p., 20 euros, photographies de l'auteur.

 

Pour le suivre depuis longtemps, je peux dire que Bourçon est un poète singulier, prolifique et égal - ce qui est rare quand la poésie est abondante. Une hyperconscience de ce qui l'entoure anime l'écriture, nourrit les poèmes, amplifie les thématiques.

On reconnaît vite un poème de son cru, parce qu'il densifie le sens des réalités intérieures, la découverte du monde (des arbres, du ciel), et la perception intime, unique des ombres au coeur et dans l'espace.

Il faut attendre la page 67 pour bien comprendre le sens et la portée du titre : "le passé/ où seul chasse le vent".

L'être traqué, torturé, tremble d'être cette conscience agissante qui repère "les éboulis", le peu de savoir (nombre de "je ne sais pas, on ne sait guère"), les pertes, et le profil angoissant de la mort et de celle de la mémoire du monde.