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Il nous est arrivé d’être jeunes, François Bott (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 25 Septembre 2020. , dans La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon, Critiques, Les Livres, Essais

Il nous est arrivé d’être jeunes, février 2020, 272 pages, 8,10 € . Ecrivain(s): François Bott Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

François Bott (1935) parle des autres écrivains avec une gourmandise fine, attisant ainsi la (re)lecture des ouvrages et des écritures qu’il présente. Le titre du livre – tout un programme – dessine avec acuité, mélancolie, ces voix (la plupart) éteintes qui ont pu, su le faire vibrer au plus profond. Il parle si bien de la « petite musique » des Sagan et autre Nucéra.

Il nous est arrivé d’être jeunes recense ses coups de cœur : en une, deux pages, il réussit à brosser l’essentiel d’un style, les constantes d’une œuvre. Ses portraits, ciselés, rappellent, ô combien, le critique insigne du Monde des Livres qu’il dirigea un temps. Il n’empêche que jamais les blasons littéraires ne versent dans un lénifiant qui leur ferait perdre éclat et intensité et surtout vérité profonde des œuvres lues. Sachs était infréquentable, Genet guère reconnaissant, Paulhan garde sa stature d’éminence grise de la rue-Bottin, Sartre se voit honoré pour ses portraits nécrologiques d’amis proches.

Ozu, Marc Pautrel (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 18 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Arléa, Roman

Ozu, juin 2020, 168 pages, 9 € . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Arléa

 

A une certaine époque, bien avant la redécouverte de Yasujirô Ozu, vers les années 1978-1979, l’on connaissait très peu de films du grand cinéaste japonais, à peine six films dont Claude-Jean Philippe avait donné une bien belle lecture dans les Dossiers du Cinéma, parus en 1970 chez Casterman.

Le romancier Pautrel, par ce bref roman, donne l’occasion à un jeune public et aux fans de toujours, de revenir sur un parcours étonnant. Contrairement à ses deux pairs, Kurosawa, et Mizoguchi, de nombreuses fois primés lors des festivals européens, et ce dès 1950, à Venise surtout, Ozu avait connu un plus long purgatoire. Il fallut attendre quinze ans au-delà de sa mort en décembre 1963 pour qu’on parle enfin de cette œuvre née dans le muet, et qui trouva sa plus haute période artistique de 1949 à 1963.

Cicéron, Stefan Zweig (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 10 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Rivages poche, Biographie

Cicéron, juin 2020, trad. allemand Michel Magniez 96 pages, 7 € . Ecrivain(s): Stefan Zweig Edition: Rivages poche

Pour avoir commenté, ici même, Le Bouquiniste Mendel, et découvert Paul Verlaine, Hommes et destins, Légende d’une vie, Le Voyage dans le passé, Lettre d’une inconnue, je ne suis pas surpris du travail biographique entrepris par l’écrivain autrichien pour proposer sa défense et illustration de Cicéron. On lit cette nouvelle historique sans en lâcher une page tant la vivacité de la plume de l’auteur et les remous nombreux d’une vie attisent notre lecture.

Nous voilà plongés dans l’univers infernal des compétitions romaines entre chefs imbus de leurs droits et puissance, intérêts partisans et volonté, dans le chef d’un être complexe comme Cicéron, de laisser à la république ses valeurs et d’éviter le pire.

L’histoire nous a appris comment César, Auguste, Marc Antoine ont pu se hisser aux premières places et laisser dans l’ombre sans doute les meilleurs, Cicéron en est. Bourré de talents divers, orateur insigne, homme politique engagé, Marcus Tullius Cicéron sera souvent la victime toute désignée des changements de la politique romaine : plusieurs fois exilé, il consacre alors le meilleur de son temps aux livres, à l’écriture. Quitter Rome, la bruyante, pour un havre (Tusculum en Latium) où un esclave est toujours près de prendre sous la dictée le fruit de ses réflexions philosophiques, politiques, morales.

Le chant de la femme source, Estelle Fenzy (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 04 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Le chant de la femme source, L’Ail des ours, juillet 2020, 70 pages, 6 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

Deux temps du chant ordonnent ce livre, chant d’une femme qui évoque un passé de rivière, d’été, et l’imparfait convoque tout le paysage affectif et souriant de rencontres au bord de l’eau, tissées du bonheur d’être ensemble.

Dans la douceur des mousses

nous faisions des serments

Nos sangs mêlés parlaient

d’un cœur sauvage

de morceaux d’univers

assemblés sous les aulnes

d’abandon de l’enfance (…)

(p.23)

La mer ne baigne pas Naples, Anna Maria Ortese (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 26 Août 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Italie, Nouvelles, Gallimard

La mer ne baigne pas Naples, juin 2020, trad. italien, Louis Bonalumi, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Anna-Maria Ortese Edition: Gallimard

Sur la Naples d’après-guerre, du tout début des années cinquante, le livre d’Ortese (1915-1998) n’est pas seulement un témoignage insigne, juste, équilibré, incisif et puissant, mais aussi et surtout une leçon de littérature sans moralisme mais livre tenu par le ton d’une intense morale, non défaitiste mais ouverte, non pessimiste mais qui engage le lecteur à voir plus loin, à analyser en connaissance de cause et sans a priori la lourde réalité laissée, tombée de la guerre.

Voyageuse hors pair des terres italiennes (elle a eu, avant de se poser pour les dernières années sur la côte ligure, à Rapallo, des résidences un peu partout), Ortese scrute la réalité sous toutes ses facettes. Ici, connaissant le matériau napolitain – l’extrême pauvreté de certains quartiers, les tentatives par la culture et l’écriture de sauver la ville de ses chaos, la connaissance journalistique et littéraire des jeunes écrivains, nés dans les années 20, illustrant, selon elle, la mutation d’une ville.

Total chef-d’œuvre (j’ai horreur d’utiliser ce vocable à tout propos) : La mer ne baigne pas Naples, d’Anna Maria Ortese, dont j’avais lu quelques livres, est un hallucinant portrait d’une Naples déchue (période néo-réaliste), 1953.