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Articles taggés avec: Leuckx Philippe

Ô pruniers en fleur, Ryôkan (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 17 Octobre 2019. , dans Japon, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Poésie

Ô pruniers en fleur, Ryôkan, Folio Sagesses, septembre 2019, trad. japonais Alain-Louis Colas, 112 pages, 3,50 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Quatre-vingt-dix-sept textes poétiques illustrent à l’envi le grand talent du moine poète Ryôkan, né en 1758 et décédé en 1831.

Le plus souvent développée en quintils saisissants de justesse et d’élégance, la poésie de Ryôkan trace de la nature traversée un portrait tout en nuances où les fragrances, les beautés, ainsi que les réalités les plus triviales, dessinent une relation inspirée à la beauté des paysages, entre les « pluies d’automne » et « les journées où les corbeaux/ du bois sont sans voix ».

Ici, la voix restitue « nuées », « neige », « beaux jours », dans un souci constant de description au plus juste de l’objet. Ici, se perçoit toujours la saison, puisque l’écriture s’arrime elle comme le sang au corps.

Les larmes de Vesta, Michel Joiret (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 10 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Les larmes de Vesta, Michel Joiret, MEO éditions, septembre 2019, 152 pages, 15 €

 

En vingt-trois chapitres brefs, le romancier, épris d’histoire, nous conte deux destins, intimement liés à l’histoire de Rome.

Ce qu’il arrive à Lucius, d’une bonne famille romaine, installé à Pompéi, relève d’un attachement à des lieux et à des personnes. Sa mère, Luna, son oncle Flavius, l’ami, Pline le Jeune, sont autant de figures qui le révèlent à lui-même, et partant, au lecteur. Voilà un Romain qui ne se contente pas de vivre à la manière patricienne, qui ne se contente pas de céder aux charmes d’une vie publique et privée aisée, facile. Les événements – l’enfouissement de l’oncle à cause de l’éruption, la mort de sa mère – font tout un travail de deuil et de vie, pour mieux saisir le monde tout autour.

Parallèlement à ce parcours, ce que vit Luc, professeur de latin dans un athénée bruxellois, semble un appel à l’histoire, cette Rome dont il assiège les petites cervelles de ses étudiants par autant de rappels et d’anecdotes. Mais Luc va mal, il le sent, tout lui échappe et même le recours à l’histoire lui semble un leurre. Même sa quête du passé, au travers de carnets qu’il dépouille, lui paraît insaisissable, fuyante.

Mary Ventura et le neuvième royaume, Sylvia Plath (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 13 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles, USA, La Table Ronde

Mary Ventura et le neuvième royaume, mai 2019, trad. anglais Anouk Neuhoff, 48 pages, 5 € . Ecrivain(s): Sylvia PLATH Edition: La Table Ronde

 

En 1952, Sylvia Plath, vingt ans, écrivait une nouvelle que publie enfin La Table Ronde, dans sa version d’origine (refusée pour noirceur alors). C’est une nouvelle terrifiante. Mary Ventura et le neuvième royaume nous plonge dans un voyage ferroviaire de pure terreur. Le train serait-il celui de la vie, et le trajet sans retour ? Mary, quoique réticente, prend, à l’invite de ses parents, le train. « Un voyage de formalité » dira la mère. Mary se dit « non prête pour le voyage ».

Le lecteur comprendra très vite que son personnage est mal embarqué, et les situations décrites, les dialogues, l’enjoignent à prêter une attention vive à ce qui se déroule, selon le rythme d’une machinerie infernale. L’air de rien, l’auteure, jeune, instille un malaise qui ne fera que croître, station après station, « royaume après royaume ». On évoque la noirceur des tunnels, l’improbable retour, les fenêtres du train s’émaillent de drôles de figures.

La surprise sera-t-elle au bout de la route ? Ou la méprise ? L’art de la jeune romancière est d’inscrire une réflexion philosophique sur la trame du voyage : la vie, la mort, l’autre, le destin sont autant de stations que tout esprit rameute.

Jour tranquille à Vézelay, Xavier Gardette (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 05 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Jour tranquille à Vézelay, La Chambre d’échos, avril 2019, 96 pages, 13 € . Ecrivain(s): Xavier Gardette

 

En une seule journée, on est en juin, à Vézelay, vœu de tous les touristes, et une dizaine de personnages s’entendent à se croiser, passent par le même cimetière, frôlent les mêmes pierres, s’interrogent tout doucement sur leur passé, sur leur avenir. Selon une logique imparable, chaque individu est très limité dans le nombre de rencontres vraies et durables qu’il pourra enregistrer sur une vie. L’art de Gardette est de nous faire croire que tout est possible et qu’il y a des impondérables, des situations aléatoires et tout le mystère avec.

Jour tranquille à Vézelay est une belle mécanique stylée de rencontres insolites dans un cadre d’été. Ce disciple d’Echenoz et de Toussaint aime jouer avec les possibilités narratives mais surtout une langue précise, très soignée, tient registre des secousses, des sensations, des sursauts d’émois et d’humeurs. Si une narration narquoise relate faits et gestes, l’humour n’est jamais loin ni le sarcasme ni l’âpre analyse psychologique.

Casa Bianca, Jacques de Saint Victor (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 26 Août 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits, Roman, Editions des Equateurs

Casa Bianca, mai 2019, 398 pages, 23 € . Ecrivain(s): Jacques de Saint Victor Edition: Editions des Equateurs

 

Ce voyage romanesque (enfin mi-romanesque mi-récit) en Apulie profonde est sans doute l’idéale lecture d’été pour le lecteur féru de dépaysement comme de culture. Ici l’esprit, la joie de raconter, l’abord de personnages attachants, les Pouilles comme vous ne les avez jamais aussi bien perçues, l’intime relation à un « paese » profond, que l’on porte, chacune, chacun en soi : tout invite à une belle lecture, apaisée et féconde.

Jacques et Michela redécouvrent dans un beau petit patelin d’Apulie, à mi-distance de Lecce et de Tarento, un couvent en ruine qu’ils s’entêtent de restaurer, à tout prix ?

De Paris, où le couple a ses activités, Jacques est professeur d’histoire, animé de l’esprit de recherche, « républicain », aux Pouilles, c’est quitter une « terre » pour en cueillir une autre, c’est aussi affronter sa propre histoire : le Français vient en Apulie se mettre à l’ombre du passé de sa compagne : Michela a reçu de ses parents cette vieille bâtisse, et tout est à refaire, et tout est à recommencer : à l’aune de la vie.