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Articles taggés avec: Hussain Fawaz

Les Pieds nus de lumière, Kenji Miyazawa (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mardi, 15 Juin 2021. , dans Japon, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles, Cambourakis

Les Pieds nus de lumière, Kenji Miyazawa, février 2020, trad. japonais, Hélène Morita, 237 pages, 10 € Edition: Cambourakis

 

L’existence et l’œuvre de Kenji Miyazawa semblent profondément marquées par la situation géologique du Japon et les catastrophes naturelles qui secouent fréquemment son archipel. Il est vrai que l’écrivain est né en 1896, l’année du tsunami de Meiji Sanriku, qui a fait environ 22.000 victimes, et il est mort en 1933, l’année du tsunami de Showa Sanriku, au lourd bilan (3000 morts et disparus). Devenir ingénieur agronome est une orientation qui s’est imposée à Kenji Miyazawa, du fait sans doute de cette nature nipponne, que signalent autant ses violences destructrices que son envoûtante et mystérieuse beauté. Quant à la paix intérieure qui imprègne l’ensemble de l’œuvre, elle relève de la profonde adhésion de l’auteur à la pensée bouddhiste : « Celui qui est le maître de lui-même est plus grand que celui qui est le maître du monde », et aussi : « Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement ».

Folklore, Charles Duttine (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Lundi, 03 Mai 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Folklore, Charles Duttine, La P’tite Hélène éditions, 2017, 202 pages, 18 €

 

Le mot anglais « folklore » désigne « l’ensemble des productions collectives émanant d’un peuple et se transmettant d’une génération à l’autre par la voie orale et par l’imitation ». Charles Duttine en élargit le sens et montre que son Folklore à lui n’a rien de folklorique. Son recueil de nouvelles est une illustration du dynamisme de la psyché et de sa pérennité empreinte de mystères. Enseignant en lettres et en philosophie, il semble avertir une fois pour toutes ses élèves que les mythes et les légendes qu’on dit d’un autre âge sont beaucoup plus présents qu’ils ne le pensent. Les archétypes comme Orphée, Eurydice, Médée, Narcisse, le Léviathan, Ariane, Thésée, Pygmalion, vivent parmi nous, avec toute la panoplie des nymphes et des satyres lubriques. Ils rôdent au pied des tours et des barres des cités de banlieue et défraient les chroniques dans les quartiers bourgeois de la capitale. Les monstres des croyances archaïques sont là où l’on les soupçonne le moins, bien tapis en nous, et ils rejaillissent de nos entrailles au moindre craquellement du vernis de la convenance. Le tour de force des treize nouvelles de Folklore le montre, preuves à l’appui.

Le Fiancé du feu, Eva Dézulier (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mardi, 27 Avril 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Le Fiancé du feu, Eva Dézulier, éditions du Jasmin, février 2021, 303 pages, 19,90 €

 

Française de par le droit du sol, Emmanuelle attend son premier enfant, qui ouvrira une nouvelle page de la lignée familiale. La vie suit son cours, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, lorsque la voilà qui s’inquiète de la facilité avec laquelle un homme, voire un pan d’histoire, peut s’effacer, disparaître à jamais. Elle décide alors de réagir, de dresser un bouclier contre les ravages de l’oubli qui guette les siens, d’évaluer, à la main pour ainsi dire, ses propres racines et d’en vérifier la robustesse. Il lui faut remonter dans le temps aussi loin qu’elle le pourra et garantir ainsi à l’enfant qui se fait de plus en plus présent dans son ventre une continuité, une saga familiale, celle d’une assise fiable. Victor Hugo se posait déjà la question : « Qu’est-ce qu’un fleuve sans sa source ? Qu’est-ce qu’un peuple sans son passé ? ». Emmanuelle souhaiterait en particulier rendre hommage à Juan, son grand-père, son héros à la fière allure. Juan Cerans, le Catalan, devient alors l’axe autour duquel tournera cette saga, qui s’étale sur sept décennies, embrasse six générations et se déroule sur trois cents pages.

Sang chaud, Kim Un-su (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 14 Avril 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Asie, Polars, Roman, Points

Sang chaud, Kim Un-su, mars 2021, trad. coréen, Kyungran Choi, Lise Charrin, 528 pages, 8,60 € Edition: Points

 

Sang chaud débute tout comme un roman balzacien et classique : Kim Un-su ancre d’emblée l’action dans le temps et l’espace. On est dans la dernière décennie du XXe siècle à Busan, deuxième ville de Corée du Sud par l’importance et port principal du pays sur la mer du Japon. L’auteur fait ensuite un gros plan sur le quartier de Guam et plus précisément sur Mallinjang, un établissement hôtelier au centre de toutes les convoitises et de tous les dangers. Vu l’importance de ce « Manoir aux dix mille lieux » pour l’intrigue, il fait un bond dans le passé et retrouve alors l’Histoire du pays. En 1913, séduits par le charme de la côte et de la luxuriante forêt de pins surplombant la plage, les yakuzas japonais y fondaient la Société des loisirs à Guam. Pour éviter des ennuis, ils avaient placé un Coréen à la tête de Mallinjang, un dénommé Sohn Heungsik, un homme de paille ayant toute leur confiance. Mais, comme l’occasion fait souvent le larron, l’autochtone, intelligent et alerte, saisit la chance qui ne sourit qu’aux audacieux et encore. Après la débandade du Japon en 1945 et le départ des propriétaires yakuzas, il « avale » tout en douceur l’établissement. Il se l’approprie dans une Corée corrompue jusqu’à la moelle et minée par la dictature des généraux et des milieux mafieux.

La Sirène d’Isé, Hubert Haddad (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 24 Mars 2021. , dans La Une CED, En Vitrine, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres, Zulma

La Sirène d’Isé, Hubert Haddad, Zulma, janvier 2021,176 pages, 17,50 €

 

Dès le début, le lecteur est prévenu : il a entre les mains « une histoire véridique et pourtant fabuleuse ». Les événements se déroulent à Umwelt, une petite ville portuaire « face à la respiration cosmique de l’océan » et où le temps n’est « qu’un bloc de ténèbres sillonné d’éclairs ». Ce nom d’Umwelt, quoique ne figurant sur aucune carte, occupe pourtant une place capitale dans l’œuvre du biologiste et philosophe germano-balte Jakob von Uexküll.  L’Umwelt  désigne le milieu, l’environnement sensoriel propre à une espèce ou à un individu, c’est notre « véritable vision du monde ». Le nom des personnages comme Riwald, Sigrid, Willumsen, Martellhus laisse penser qu’on évolue dans la sphère germano-scandinave : Göteborg, ville portuaire de Suède est mentionnée à différente reprises sur la fin du roman, et la parenté est flagrante avec les contes du Norvégien Ibsen. La Sirène d’Isé se prête aisément à diverses interprétations et à plusieurs lectures.