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Articles taggés avec: Suty Yann

Dune, le Mook, Sous la direction de Lloyd Chéry (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 14 Décembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Dune, le Mook, Sous la direction de Lloyd Chéry, Editions L’Atalante & Leha, novembre 2020, 256 pages, 22,50 €

 

 

Certains livres déchaînent des passions, des fantasmes, créent autour d’eux une vaste communauté de fans qui échangent, s’invectivent, échafaudent des théories. Plus on glose autour d’une œuvre, plus elle est sujette à différents niveaux de lecture année après année, génération après génération, plus il est tentant de croire qu’on tient une œuvre à part.

Dune, le roman de Frank Herbert publié en 1965, jouit de ce statut culte. Culte car adoré d’un petit groupe, même si, en l’occurrence, les fans de la saga intergalactique sont légion. Le livre a été vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde et la sortie prochaine d’une nouvelle adaptation cinématographique, par Denis Villeneuve, devrait encore renforcer sa notoriété et attirer de nouveaux lecteurs.

Le Dormeur, Didier Da Silva (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 01 Octobre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Le Dormeur, Didier Da Silva, Marest Editeur, octobre 2020, 128 pages, 14 €

 

La réalité est parfois déroutante. C’est l’été 1974 et ils sont nombreux à se précipiter au cinéma pour aller voir Emmanuelle. Dans les salons, on discute de L’Archipel du goulag de Soljenitsyne. Valéry Giscard d’Estaing prononce son fameux « Vous n’avez pas le monopole du cœur » et remporte l’élection présidentielle. 1974 est aussi l’année de naissance du narrateur, David Da Silva lui-même. C’est également au cours de cette année qu’a été tourné un film, baptisé Le Dormeur, réalisé par un certain Pascal Aubier que Didier Da Silva découvrira quelques années plus tard. Il subira alors un choc esthétique. Il décidera d’en tirer un livre.

Le Dormeur est une adaptation du poème de Rimbaud, Le Dormeur du val, et qui consiste en un long travelling d’un peu plus de neuf minutes dans une forêt. On aperçoit un homme étendu que l’on croit vivant, mais qui ne l’est pas. Après avoir vu ces images, David Da Silva part à la recherche du réalisateur. Ce ne sera pas le début d’une longue traque car il le retrouve facilement. Les deux hommes sympathisent, Pascal Aubier se met à raconter sa vie, les gens avec lesquels il a travaillé. Tout le gratin du cinéma français d’une certaine époque y passe.

Le Temps et le fleuve, Thomas Wolfe (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 10 Juillet 2020. , dans La Une Livres, L'Âge d'Homme, Critiques, Les Livres, Roman, USA

Le Temps et le fleuve (1935), trad. USA Camille Laurent, 782 pages . Ecrivain(s): Thomas Wolfe Edition: L'Âge d'Homme

 

Ce livre est un fleuve, un fleuve en crue qui déborde de partout. Pendant près de 800 pages, son cours ne s’interrompt jamais et la pression du courant ne se relâche pas sur le lecteur. Thomas Wolfe donne l’impression que c’est lui-même qui n’est pas capable d’endiguer le flot de mots qui le submerge. Et pourtant quelle maîtrise. Il déverse des longues phrases, comme s’il voulait rendre compte du réel dans ses moindres détails. Chaque rencontre avec un personnage est le prétexte à dresser un portrait qui s’étend sur trois, quatre, cinq pages, voire plus. Et quels personnages ! A l’instar de ce père tailleur de pierres atteint d’un cancer, mais qui ne meurt pas, ou du truculent oncle, un prédicateur, qui est aussi érudit qu’il a l’air fou.

Tous les lieux sont décrits avec minutie, comme s’il fallait les assécher, qu’il n’existe plus aucune autre possibilité de les saisir. On en fait un tour si complet qu’il ne reste plus rien à dire. On sait tout, on visualise tout, sous tous les angles possibles. De même, une conversation peut s’étendre sur des pages et des pages, comme s’il fallait rapporter tout ce qui a été échangé.

Nos corps érodés, Valérie Cibot (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 04 Juin 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Inculte

Nos corps érodés, mars 2020, 124 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Valérie Cibot Edition: Inculte

 

Les Anciens ne voulaient pas non plus y croire. Dans la mythologie grecque, Cassandre avait hérité d’Apollon le don de voir l’avenir. Mais comme elle n’avait pas cédé à ses avances, il avait jeté sur elle une malédiction : ses prédictions ne seraient jamais crues, y compris par les membres de sa famille. Le deuxième roman de Valérie Cibot, Nos corps érodés, peut apparaître comme une variation sur ce mythe de Cassandre, avec l’histoire de Mona qui revient dans l’île où elle a grandi, là où avait été installé le Mur de l’Atlantique lors de la deuxième guerre mondiale. Elle s’installe dans la maison de sa grand-mère, décédée il y a peu.

Le don de Mona, ce sont ses connaissances en géologie, grâce auxquelles elle a obtenu un poste à la mairie. « Si je n’avais pas été géologue, spécialiste de l’érosion, je ne serais pas revenue ». A peine arrivée, elle va tout de suite pouvoir appliquer son savoir à la pratique. Elle se rend compte en effet que l’océan s’est beaucoup trop rapproché. « Si nous ne réagissons pas, ce qui nous attend c’est l’exil ». « Rien n’est encore survenu, mais très vite il sera trop tard ».

La Petite apocalypse, Tadeusz Konwicki (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 13 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays de l'Est, Roman, Editions du Typhon

La Petite apocalypse (Mala apokalipsa, 1979), Tadeusz Konwicki, février 2020, trad. polonais, Zofia Bobowicz, 328 pages, 18,90 € Edition: Editions du Typhon

 

Quand on boit beaucoup, c’est souvent le lendemain que c’est le plus difficile. « Une cigarette à jeun n’arrange certainement pas la santé, mais cent grammes de vodka par-dessus, c’est la mort certaine. Après tout, ce ne serait pas plus mal » (p.33). Le narrateur est en pleine déprime, il fume cigarette sur cigarette, boit de l’alcool plus que de raison. D’ailleurs, le matin où l’on fait sa rencontre, il se réveille avec une sévère gueule de bois. Il est aussi écrivain qui a eu un jour du succès, mais ça fait un moment qu’il n’a pas écrit une seule ligne. Ce matin-là, il n’a pas le temps de récupérer ses esprits que deux de ses amis viennent chez lui. Ils lui font une étrange proposition. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait une proposition, mais plutôt un commandement : « Que ce soir, à huit heures précises, tu te fasses brûler vif devant le comité central du Parti ».

Le narrateur est d’abord un peu incrédule, mais se laisse très (trop ?) vite convaincre. Son spectaculaire sacrifice pourra contribuer à saper le régime, expliquent ses comparses. Et pas n’importe quel régime, mais le régime communiste polonais, sous domination soviétique, quelques années avant la montée en puissance de Solidarnosc.