Identification

Articles taggés avec: Epsztein Pierrette

Une histoire de sang contaminé, Les disparus des années écarlates, Méda Seddik (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 04 Décembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Une histoire de sang contaminé, Les disparus des années écarlates, Méda Seddik, Les impliqués Editeur, septembre 2019, 212 pages, 20 €

 

Dès le prologue, le narrateur nous met la puce à l’oreille. C’est un matin ordinaire. Il est très tôt. Son radioréveil diffuse « une chanson de Marc Lavoine, Paris, qui me procurait une émotion mêlée à de la nostalgie ». Alors qu’il sort lentement de son sommeil, il entend à la radio qu’il est question de la distribution des produits sanguins contaminés dans le monde, principalement dans les pays du Sud, les plus pauvres bien entendu. Tout le monde médical et politique est en alerte. Il est très en colère, lui qui a été amené par les hasards de ses nominations à connaître tous les ravages de cette sombre affaire. Il a côtoyé de trop près des malades hémophiles, particulièrement des jeunes qui n’ont pas survécu à cette tragédie de l’apparition du sida, pour ne pas être révulsé par la méconnaissance de tous les intervenants qui s’emparent du sujet. « Mon exaspération était à son comble… Une boule au ventre me tenaillait depuis mon lever. Une envie de révolte, de cris, de soulagement ! ».

Étonnante fragilité, Virginie Megglé (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 21 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Étonnante fragilité, Virginie Megglé, Éd. Eyrolles, octobre 2019, 144 pages, 16,90 €

 

Dans Étonnante fragilité, paru aux éditions Eyrolles, Virginie Megglé amorce son dernier essai par ce constat : « Dans une société où la réussite est le maître-mot, la fragilité inquiète. Souvent confondue avec la faiblesse… le mot même de fragilité semble nous mettre en danger ». En 1998, Alain Ehrenberg a déjà évoqué ce phénomène, de son point de vue de sociologue, dans un ouvrage au titre révélateur : La Fatigue d’être soi, Dépression et société. Il y développe ce que peut provoquer en chacun de nous « Ce culte de la performance » et quels sont les outils dont nous disposons pour nous y soumettre ou pour y résister.

Virginie Megglé va aborder ce sujet sur son terrain, celui de la psychanalyse. Nous portons tous en nous une fragilité originelle puisque la séparation du corps de la mère préside à notre existence. La condition humaine nous impose de nous confronter à cette réalité à laquelle nous ne pouvons pas échapper : nous sommes nés « fragiles », « dépendants », et nous avons un besoin vital d’être « accueilli » pour pouvoir faire face aux aléas de la vie. Toute notre vie est ainsi conditionnée par la façon dont nous allons assumer cet état de fait.

Quand la parole attend la nuit, Patrick Autréaux (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 25 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Quand la parole attend la nuit, Patrick Autréaux, Verdier, août 2019, 176 p. 15 €

Le titre du nouveau roman de Patrick Autréaux, Quand la parole attend la nuit, paru fin août 2019 aux Éditions Verdier, annonce d’emblée l’obscurité de toute formulation dans un texte. En effet, toute tentative d’éclaircissement d’une trajectoire de vie n’est-elle pas une reconstruction dans l’après-coup, toujours plus ou moins déformée par la subjectivité d’un narrateur ?

Dans ce roman aux couleurs multiples, nous sommes conviés par Solal, personnage de fiction qui sera le principal protagoniste de l’ouvrage, à un parcours d’apprentissages où s’entrelacent apprentissage de l’amour et de ses accrocs, apprentissage d’un métier avec son attachement malgré son âpreté et la découverte de soi, la découverte de l’autre dans toute sa complexité, découverte de la nécessité impérieuse de l’écriture. Dans le déroulé des pages, il invite à arpenter avec lui les arcanes nébuleux de son existence. Avec une curiosité en éveil, nous suivons un fil rouge qui nous aspire dans le labyrinthe tumultueux des jours et des nuits de ce personnage sans cesse envahi par le doute. Nous l’escortons dans l’enfilade de ses souvenirs, un souvenir en appelant un autre dans une suite ininterrompue. Nous découvrons avec lui, dans des détails de son existence, la trace des jours enfuis qui persistent et insistent, façon bouleversante de rappeler ce qui l’a ému dans sa vie, tout ce qui frappe sa sensibilité, tout ce qui l’étonne et le questionne.

Un soleil en exil, Jean-François Samlong (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 16 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Un soleil en exil, Jean-François Samlong, Gallimard, Coll. Continents noirs, août 2019, 256 pages, 19 €

 

Un soleil en exil est un titre qui donne déjà parfaitement la tonalité du nouveau roman de Jean-François Samlong, publié fin août 2019 dans la Collection Continents noirs chez Gallimard. Jean-François Samlong n’est pas historien. Il n’est pas non plus grand reporter. C’est un écrivain qui a conquis sa renommée en creusant l’histoire de son peuple. Ce roman relate la funeste trajectoire tragique de ceux que l’on a couramment nommés, avec un euphémisme équivoque : « Les Enfants de la Creuse ».

Le livre commence par un rapide rappel historique du contexte de L’île de la Réunion.

« 1945 : Une disette qui dégénère en famine. La gauche gagne les élections et elle envoie à l’assemblée constituante deux grandes personnalités du pays : Raymond Vergès et Léon de Lépervanche.

1946 : Après un vote à l’unanimité, La Réunion devient département français.

Marcher jusqu’au soir, Lydie Salvayre (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 30 Août 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Marcher jusqu’au soir, Lydie Salvayre, Stock, avril 2019, 224 pages, 18 €

 

Lorsque son amie, Alina, propose à Lydie Salvayre de participer à l’aventure des éditions Stock, Ma nuit au musée, en passant une nuit au musée Picasso, elle lui oppose un refus catégorique, ou affirme avec assurance : « Non, je lui ai dit non merci, je n’aime pas les musées… ». Cependant, après bien des jours d’hésitation, elle succombe à la tentation et se laisse entraîner dans une épreuve hasardeuse qui va la conduire sur des « chemins braconniers » qu’elle n’a pas présagés et qui l’amènent jusqu’à ce palpitant récit qu’elle intitule, pour la plus grande surprise du lecteur, Marcher jusqu’au soir, paru en avril 2019, et qui constitue le troisième volume de cette collection insolite. Il faudra que le lecteur atteigne les dernières pages du livre pour découvrir la justification du choix de ce titre.

Durant cette nuit d’errance qui paraît interminable à l’auteur, elle tient un journal de bord qui lui permet d’accepter l’écoulement des heures et l’inconfort du lit de camp qu’on lui a fourni. Elle y note ses impressions, ses humeurs, ses colères qui vont jusqu’à l’exaspération même vis-à-vis de son compagnon qui tente à plusieurs reprises mais en vain de calmer ses émois. Et pourtant, elle ne se résout pas à quitter le lieu. Elle n’est pas femme à renoncer. Et le récit existe bel et bien. Elle s’entête à vouloir analyser ses réactions et nous les livre avec une grande sincérité.