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Articles taggés avec: Gavard-Perret Jean-Paul

La science sociale comme vision du monde, Wiktor Stoczkowski (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Gallimard

La science sociale comme vision du monde, septembre 2019, 640 pages, 26 € . Ecrivain(s): Wiktor Stoczkowski Edition: Gallimard

 

L’anthropologue Wiktor Stoczkowski prouve dans un essai déstabilisant combien Durkheim est le symptôme d’une pensée qui – sous couvert de rationalisme – en devient le contraire. Pour autant, l’auteur de ce brillant essai ne met pas en pièce la pensée de cet « Emile » (très peu rousseauiste) mais uniquement sa manière de forger une idéologie particulière. Elle se fonde contre William James. Leurs deux systèmes ont fondé deux visions opposées de la société. Chez Durkheim, elle devient « neurasthénique proposée par un neurasthénique » Wiktor Stoczkowski, qui par delà le cas précis de l’inventeur de la sociologie offre un point précis sur les sciences sociales naissantes et leurs explications. Elles créent des sortes de théories laïques de salut qui prendront – hélas – toutes leurs forces au XXème siècle en remplaçant Dieu par l’homme rouge ou brun…

Du Délire, Claire Von Corda (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Dimanche, 15 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Du Délire, Claire Von Corda, Black Coat Press, Rivière Blanche, juin 2019, 244 pages, 20 €

 

Claire Von Corda a commencé sa vie littéraire avec Lorem-Ipsum, une revue d’art pluridisciplinaire dont, selon ses créateurs, « son utilité n’a pas encore été déterminée avec exactitude, ni sa durée de vie, et pas davantage sa périodicité ».

Pour autant l’auteure a trouvé une première piste d’envol et donne aujourd’hui son livre le plus abouti.

Claire Von Corda élargit une scène première, un moment zéro – ou premier – pour l’ouvrir à une scène cosmique entre le trop plein et un certain néant. La chambre de l’intime et la galaxie ne font qu’un entre « mère Electricité » et « sœur Vitesse » qui semblaient recomposer le monde. Il y eut en conséquence un soir, un matin : voire plus – une semaine pour les amants. Avant que le monde ne soit plus ce qu’il pouvait donner et que les naïfs pouvaient espérer. La faute n’est pas aux amoureux mais ils sont les victimes consentantes d’un tel advenir.

Mohair suivi de mot à mot oratorio, Max Fullenbaum (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 10 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Poésie

Mohair suivi de mot à mot oratorio, Voix Editions, Richard Meier, 2016, 29 € . Ecrivain(s): Max Fullenbaum

 

A la fin, la répétition : Max Fullenbaum et la Shoah

L’ambition d’un livre tient à ce qu’il engage de mots de vie et de mort. Pour autant, « dire » ne suffit pas. Il existe par exemple bien des témoignages sur la Shoah, plus poignants les uns que les autres (de Levi à Anthelme, de Rawicz à Littell aujourd’hui pour le plus récent d’entre eux). Mais qui ne peuvent que tourner autour de l’innommable. Max Fullenbaum, pour tenter d’aller au-delà de cette transmission, a percé une brèche. Car, et comme il l’écrit, « dès 1923 l’année où Marcel Duchamp devint un peintre défroqué, les nazis prirent possession de ces mots à mots déjà là ». Les mots en effet sont toujours prêts à l’emploi pour les bourreaux comme pour leurs victimes. Et c’est pourquoi l’auteur a su inventer un « pas au-delà » (Blanchot). D’où le titre qui par lui-même casse le « ready-made » de ce qu’il semble signifier. Il devient le hors clos du forclos que Duchamp avait ressenti en transformant l’urinoir en fontaine et que Lacan formalisera plus tard en opposant à la langue ce qu’il nomme « lalangue ».

Félix Fénéon, critique, collectionneur, anarchiste (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 03 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Biographie

Félix Fénéon, critique, collectionneur, anarchiste, Isabelle Cahn, Philippe Peltier, Laurence Des Cars, Cécile Debray, La Procure, 2019, 317 pages, 39,90 €

 

Fénéon le Yankee

Ami de Mallarmé, Signac, Matisse, Fénéon évolue d’abord dans le milieu symbolique en tant qu’auteur et critique. Voulant avant tout mettre en avant les autres, il inventa le terme « nouveau-impressionnisme » et une nouvelle critique d’art à l’extraordinaire langue cucurbitante, échineuse, débarbouillante entre autres pour évoquer Degas. Le tout dans un maniérisme revendiqué comme tel. La critique ne se veut que descriptive. Néanmoins Félix Fénéon fait parler le tableau en le réinventant dans son érotique poétique.

Toujours disponible aux arts nouveaux, il découvre les arts lointains (africain et de l’Océanie). Il est un des premiers à les défendre et les collectionner dès le début du XXe. Il fut sans doute préparé à ce regard neuf initié par la peinture japonaise. L’art de l’Extrême-Orient ouvre à celui d’Afrique pour une traversée des formes fondamentales.

Par les routes, Sylvain Prudhomme (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 21 Août 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Poésie, Gallimard

Par les routes, août 2019, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Sylvain Prudhomme Edition: Gallimard

 

Le livre des possibles

Ce livre est celui des croisées des chemins. Mais les couper n’implique pas forcément de les suivre. Les rencontres sont souvent fugaces. Mais il arrive qu’à nouveau elles fassent retour, mais à la personne escomptée s’en substitue une autre.

Mais elle vaut tout autant le détour. Si bien que le récit avance par la force de l’amitié comme celle du désir. Il vaque au gré des temps à travers des fêlures qui bombardent le moi. Mais celui-ci se relève. Car tant que la vie est là il n’a pas d’autres choix.

Et Sylvain Prudhomme nous emporte parmi les décombres de ce qui fut exquis et provisoire. Et il fallait peut-être des impasses pour que dans leur fond tout cela respire par-delà le sens concassé.

Des notes s’égouttent ainsi sur le clavier du destin fait de trous entre elles. Restent néanmoins leurs échos. Ils touchent la pulpe du sentir dans les vibrations d’un blues qui monte.