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Articles taggés avec: Bonnet Laurent

Voyage à Ravicka, Renée Gladman (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Vendredi, 04 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, USA, Cambourakis

Voyage à Ravicka (Event factory), août 2019, trad. anglais (USA) Céline Leroy, 112 pages, 16 € . Ecrivain(s): Renée Gladman Edition: Cambourakis

 

Voyage à Ravicka est un très court « roman » de Renée Gladman, les quatre-vingts premières pages d’une tétralogie annoncée par l’éditeur Cambourakis. L’austérité, les émois, les peines que suppose le travail d’écriture, mènent parfois à produire une sorte d’énigme. Voyage à Ravicka en est une. Totale et insondable.

Des premiers mots : Depuis les airs il n’y avait aucun signe de Ravicka, jusqu’aux derniers : je réussis à gagner l’avion, tout ce qui fait qu’une fiction est avant tout une histoire : narration, personnages, lieux, ressorts dramatiques, valeurs induites ou proposées, en somme ce qui nous porte à lire pour comprendre ou rêver le monde est proposé à la déstructuration par Renée Gladman qui se mue là en extra-terrestre de la narration. Même Boris Vian avec L’Écume des jours n’est pas allé aussi loin dans la démarche surréaliste. Estimant sans doute qu’à trop briser les codes, il courrait le risque d’une anarchie, dont le lecteur, même féru de nouvelles dimensions créatives, aurait peiné à se remettre. Le temps lui a donné raison.

Rouge impératrice, Léonora Miano (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Jeudi, 19 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Rouge impératrice, Léonora Miano, Grasset, août 2019, 608 pages, 24 €

Ma trop brève histoire d’amour avec Léonora Miano

Chère Léonora Miano,

Cette lettre pour vous informer que je vous quitte. Notre histoire d’amour s’arrête là. À la page 54 de votre nouveau roman, Impératrice Rouge, que vous avez voulue histoire d’amour « qui marche avec un type qui est beau qui a réussi ses objectifs, avec un type qui ne ment pas, qui fait ce qu’il dit, un type que vous n’avez encore jamais rencontré » (1).

Vous l’avez située dans un contexte géopolitique anticipé, l’année 2124. Autant dire demain, dans une Afrique unifiée (Le Katiopa) où les Fulasi (Français) viennent se réfugier.

Léonora, comment vous dire à quel point cette idée de porter un regard critique inversé sur le nationalisme français, ses dérives passées et contemporaines, sa domination épistémologique toujours présente m’intéressait de très près. Ce sont des thèmes qui me sont chers. En tant qu’homme et en tant qu’auteur. L’envie de vous lire offrait donc à mon premier regard sur cette œuvre une énergie puissante, empreinte d’une curiosité qui ne demandait qu’à se muer en émerveillement, car je vous lisais pour la première fois.

Voyager dans Gary (3) Les enchanteurs, Romain Gary (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Vendredi, 14 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Folio (Gallimard)

Les enchanteurs, Romain Gary, Folio Gallimard, 1973, 372 pages, 8,90 €

 

Mon propos, à travers cette série de trois articles, consiste à interroger le sens de l’œuvre de Romain Gary, essentiellement Gary, à travers trois romans. Un point de vue forcément orienté. Un choix. Pour comprendre qu’un chemin d’auteur se construit au fil des ans. L’appréhender c’est l’illustrer. Voici celui de « mon » Gary.

Les Racines du ciel (Goncourt 1956), fondateur, politique et visionnaire. Les Enchanteurs (1973), l’art l’imaginaire et l’amour salvateurs. Les Cerfs-volants (1980), testamentaire, espérant et humaniste.

 

Les enchanteurs, Romain Gary, Folio Gallimard, 1973, 372 pages, 8,90 €

 

Il était une fois, un conte…

Flâneuse, Lauren Elkin (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Jeudi, 30 Mai 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Flâneuse, éd. Hoëbeke, coll. Etonnants voyageurs, mars 2019, 368 pages, 23 € . Ecrivain(s): Lauren Elkin

 

Urbaine

Urbaine, l’auteure Lauren Elkin l’est sans aucun doute. Essentiellement. Viscéralement. Au point d’être avant tout méga-urbaine à l’image des mégapoles où se déroulent les récits qui fondent l’architecture de Flâneuse : New York, Londres, Paris, Tokyo ; et Venise bien sûr, la plus étendue de toutes puisqu’elle ne cesse de se multiplier dans le très vaste domaine de nos rêves. Lauren Elkin ne flâne qu’entre néon bitume et béton. Cela se ressent, se respire, s’évoque à chaque page, et faut-il le préciser, à chaque détour de rue.

Soit, c’est un choix, un angle me suis-je dit, en découvrant la photo de couverture qui annonce le propos. Il n’était pas le seul : l’univers mental de Flâneuse semble nous guider comme en ville, d’angle en angle :

Celui d’une flânerie résolument solitaire. Alors que d’expérience, nous le savons, s’aventurer à marcher seul(e) provoque (en principe) la rencontre.

Baroud gaulois en Publicie (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

Ou comment Florent Claude Labrousse détrôna SAS

 

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Qu’on ne s’y trompe pas ! Ces citations de marques ne sont pas celles de l’auteur qui, jusqu’en 2013, fut le champion incontesté d’une stratégie marketing peu courue en littérature : le placement de marque.

Gérard de Villiers écrivit ainsi 200 romans qui narraient les aventures internationales, jamais françaises, de Son Altesse Sérénissime Malko Linge, noble autrichien et espion. Il en vendit près de 150 millions d’exemplaires. Littérature de gare, disait-on dans le sérail en se bouchant le nez ; tout en lorgnant ce genre de pratique.