Identification

Articles taggés avec: Devaux Patrick

Le Cahier orange, Bernard Caprasse (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 18 Décembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Le Cahier orange, Bernard Caprasse, éditions Weyrich, février 2020, 390 pages, 17,50 €

« Je t’aime, Kurt je t’aime tellement, mais je hais tout ce que tu représentes » : cette phrase en dit long sur l’état d’esprit de l’héroïne relatée dans un « cahier orange » retrouvé par Anton en 1990 à la mort de ses parents.

Olga, à la fois amoureuse d’un officier nazi occupant, et également impliquée presque malgré elle dans la résistance, sera emportée ainsi dans le sillage de la Grande Histoire avec, bien sûr, la roue qui tourne quand on annonce l’arrivée des Américains et que, parallèlement, la Résistance, renseignée notamment par Olga, marque des points alors que la Waffen-SS et la Gestapo vengent les leurs en massacrant des civils.

Se déplaçant à vélo, Olga va et vient suivant son instinct et son sens du devoir pour agir au mieux ou au moins mal : « J’ai pédalé à une vive allure dans le crépuscule. Je cachais depuis quelques jours un des membres d’une forteresse volante qui s’était écrasée par accident. Il était blessé et devait être évacué. Un des lieutenants de Marc m’avait fait parvenir un message. Ils le prendraient en charge ce soir ou alors demain ».

La Capture, Mary Costello (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 27 Novembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Roman, Seuil

La Capture, Mary Costello, août 2020, trad. anglais, Madeleine Nasalik, 272 pages, 19,90 € Edition: Seuil

 

Certes, c’est un roman, mais c’est, avant toute chose, une certaine façon d’écrire très personnelle : « Il poursuit son chemin. Les arbres l’apaisent. La vue d’un arbre, surtout en hiver, la silhouette nue qui se découpe contre le ciel, une splendeur. Il s’arrête, caresse un tronc. Jeune, fragile, innocent ». L’écriture s’active dans une sorte d’instantané même quand le passé est évoqué, ce qui m’a parfois fait songer à Duras.

Cette façon très personnelle de présenter le roman, avec souvent des personnages en introspection d’eux-mêmes, donne récit à cette âme profonde qui révèle une plume.

Ce n’est, toutefois, nullement un style donnant une apparence édulcorée, ni dans le ton, ni dans le sujet : « Il se souvient de la peur qu’il a eue la fois où il a mangé des asperges donnant à sa pisse une forte odeur de soufre ». Les images sont prises « en direct », scénarisées.

Summer Mélodie, David Nicholls (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 23 Octobre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Roman, Belfond

Summer Mélodie, David Nicholls, mai 2020, trad. anglais, Valérie Bourgeois, 512 pages, 22 € Edition: Belfond

 

Il faut savoir lire en écrivain pour traduire aussi bellement l’œuvre originale qu’on lit très clairement à travers cette traduction de Valérie Bourgeois. A la lecture, on remarque le roman ressenti de façon profonde avec sans doute autant de subtilité que dans la langue d’origine. Je n’ai pas, comme assez souvent, cette impression d’œuvre « traduite » mais de vraies sensations à lire une langue diversifiée, ce qu’elle est aussi certainement dans la langue d’origine.

Le roman commence par une fausse fin du monde « attendue » lors d’un cours de physique. L’atmosphère « jeune » est présente d’emblée et chacun peut ressentir profondément l’éventuelle nostalgie de cet âge où premier amour rime avec « toujours ».

Le roman situe bien l’idée qu’on peut se faire d’une rencontre aléatoire et d’un destin enclenché par une rencontre tout-à-fait fortuite :

Ce virus qui rend fou, Bernard-Henri Lévy (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 01 Octobre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Grasset

Ce virus qui rend fou, Bernard-Henri Lévy, juin 2020, 112 pages, 8 € Edition: Grasset

 

On sait BHL excité dans le sujet qu’il défend, la plupart du temps avec brio, et c’est encore le cas avec Ce virus qui rend fou. Avec ce titre a priori facile, cela annonce le « tout cuit », ce qui n’est pourtant pas le cas.

N’y voyez pas un ouvrage de vulgarisation ou force conseils pratiques. Il s’agit, à mon sens, d’un ouvrage très philosophique, voire parfois assez politique à défendre « l’esprit de la République » au sens étymologique du terme : « …Et j’ai toujours pensé que l’on ne rend service à personne quand on réduit la politique à la clinique, qu’on débite en maladies ce reste de l’homme que sont la mort et le mal et que l’on prétend, de ces maladies, guérir le genre humain ».

BHL fait la part belle à ses nombreuses références, et il faut avoir une sérieuse formation intellectuelle pour le suivre dans ses citations diverses, même si elles ne paraissent pas toujours utiles dans le sens explicatif de son sujet maîtrisé simplement et accessible au commun des mortels.

Aquapoèmes, Laetitia Extrémet (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 10 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Aquapoèmes, Laetitia Extrémet, Editions Le Chat Polaire, juin 2020, ill. Sabine Lavaux-Michaëlis, 84 pages, 12 €

 

Comme détachée de la marée à « son corps défendant », l’auteure, un peu druidique, semble donner du sens à la primauté originelle : « il me faudrait alors à l’aube remonter/ dans sa robe d’airain et son écrin cuivré/ cette lumière liquide des soleils du matin/… ».

Se révèle progressivement quelque chose de la Genèse à vouloir se sentir autre ; « alors je crie entre les lignes/ priant qu’on ne m’entende pas/ je n’ai que le silence à offrir/ et l’odeur des orages ».

Le thème marin, depuis certains poètes antiques jusqu’à Saint-John Perse, est universel, le poète niant rarement cette force originelle.

Chez Laetitia, il s’agit cependant d’autre chose, une expression sans doute plus maternelle dans le sens même de se sentir presque liquide amniotique. On peut même dire, je crois, qu’il y a une sorte de privation, d’arrachement avec davantage de force que de regret et aussi une grande certitude :

« J’excelle dans cet exil/ à n’être que d’écume ».