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Ecume, Véronique Bergen (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux 16.11.23 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Editions des Equateurs

Ecume, Véronique Bergen, éditions des Equateurs, Onlit-Roman, août 2023, 416 pages, 21,90 €

Edition: Editions des Equateurs

Ecume, Véronique Bergen (par Patrick Devaux)

 

Roman d’amour entre deux êtres que tout oppose : un marin en quête d’aventure à l’instar du capitaine Achab pour Moby Dick et une fille à hôtesse embarquée dans une aventure marine à priori pas de son goût. Le roman se veut océanique à dénouer nos désastres écologiques et une mer épuisée : « Cent cinquante millions de tonnes de poissons, crustacés, mollusques, animaux marins pêchés par an en 2021, un plafond dépassé d’année en année, trois millions deux cent mille navires en Asie… ». Dans une nature affolée, la « Mirabelle », le bateau utilisé par les protagonistes « doit comprendre que les trompettes ne sonnent pas le Jugement dernier mais que, sur la grande scène de l’Univers, le ciel, les mers aux abois, se réveillent, reprennent leurs droits ». Le roman se veut également plaidoyer écologique.

Lire Véronique Bergen c’est penser les relations humaines autrement, avec vivacité, tragédies sous-entendues évoquées à travers l’enfance d’Anaïs, révélées par des actes très scéniques avec des mots entrechoqués entre troubles, amour, sexe, prise de conscience d’une réalité brute, parfois âpre mais possible voire dans la vraie vie, dense, cruelle parfois. L’auteure ose tout en démystifiant les acquis avec un certain bouleversement qui donne le ton personnel de ce roman où, d’une ligne à l’autre, on peut passer d’un capitaine Achab revu et remis à sa place à une scène de sexe. Il y a souvent plusieurs évocations dans une même idée avec un genre de déplacement de l’évocation première donnant cette impression de réalité « augmentée » à partir de références connues prônant le contre-exemple et le cas particulier : « A côté de la dépression post-partum, il y a la dépression post-nativitas de nourrissons qui développent un non-amour pour leurs géniteurs. On cite des exemples de fœtus qui haïssent leur abri utérin et la voix maternelle, de bébés qui rejettent les seins gorgés de lait, les caresses, les panades, les pioupioupioupious, les soins, les langes, les biberons, les regards, les visages grimaçants et gazouillants collés autour de leur berceau ».

Ecume est débordant d’une humanité qui se veut en sursaut à préserver les libertés, proposant une complicité possible avec une nature blessée qui demande réparation avec également l’animalité vive de l’héroïne blessée et qui, indirectement, en révèle l’approche.

Quant à la grandeur, elle se manifeste à celle rendue à la Moby Dick de Melville qui, cette fois, a le beau rôle tandis que la condition humaine, non plus, n’est pas oubliée quand l’auteure évoque la guerre du Kippour et le contexte israélo-palestinien ou, comme dans ce passage à propos de Singapour, elle rappelle les libertés fondamentales : « Natalia, pourquoi venir dans une dictature qui interdit les manifestations, les grèves, l’homosexualité masculine, qui censure la presse, qui applique la peine de mort ? Tu sais qu’ici, ils pratiquent la pendaison par zoom… ».

Magnifique roman où les hauts-fonds humains rejoignent ceux de Moby Dick.

 

Patrick Devaux

 

Véronique Bergen est licenciée en philologie romane et en philosophie de l’université libre de Bruxelles et docteur en philosophie de l’université Paris-8, membre de rédaction de la revue Lignes, travaille à l’interface de la philosophie, du roman et de la poésie. Sa rencontre avec Pierre-Yves Soucy, fondateur de La Lettre volée, à Bruxelles, lui permet de publier ses premiers recueils de poésies chez lui : Brûler le père quand l’enfant dort, et Encres. Suivront, chez L’Ambedui et chez Le Cormier, toujours avec Pierre-Yves Soucy, d’autres écrits. Ses travaux philosophiques portent notamment sur Deleuze, Badiou, Sartre. Elle est élue le 10 février 2018 à l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique au siège de Philippe Jones.

 

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A propos du rédacteur

Patrick Devaux

 

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Patrick Devaux est né en Belgique sur la frontière avec la France, habite Rixensart, auteur d’une trentaine d’ouvrages auprès d’éditeurs divers en poésie, quelques prix d’édition, 3 romans parus dont 2 aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune; 2 recueils de poésie récents (2016 et 2017) parus aux éditions Le Coudrier ; membre de l’AEB (association des écrivains Belges) et de l’AREAW (association royale des écrivains et artistes de Wallonie), il a aussi de nombreux contacts en France ; il anime une rubrique « mes lectures » sur le site de la revue Vocatif www.moniqueannemarta.fr de Nice depuis 2013 et fréquente de près ou de loin les écrivains du groupe de l’Ecritoire d’Estieugues de Cours la Ville  et de l’association LITTERALES de Brest ; publie aussi dans diverses revues de poésie. Fréquente aussi les réseaux sociaux, faisant ainsi connaitre la poésie d’auteurs moins connus ou disparus.