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Les naufragés et les rescapés, Quarante ans après Auschwitz, Primo Levi (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 03 Février 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Biographie, Gallimard

Les naufragés et les rescapés, Quarante ans après Auschwitz, Primo Levi, Gallimard (Arcades), 1989, trad. italien, André Maugé, 200 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Primo Levi Edition: Gallimard

 

Paru initialement en 1986 sous le titre original I sommersi e i salvati, cet ouvrage est l’ultime écrit publié du vivant de Primo Levi, mort l’année suivante. Le titre ne permet pas de saisir avant lecture la thématique fondamentale de cette longue et profonde et féconde réflexion sur les raisons ou plutôt les déraisons historiques, sociologiques, politiques, qui ont provoqué la solution finale, mettant à la fois en parallèle et en opposition d’une part ceux et celles qui ont disparu dans la nuit et le brouillard de la plus horrifiante et la plus insensée des abominations mises en œuvre par l’homme contre sa propre espèce, d’autre part ceux et celles qui y ont survécu, victimes, bourreaux et complices, et posant un certain nombre d’interrogations cruciales. Il y a eu d’abord celles qui se sont imposées à l’auteur lorsqu’il a appris la parution, en 1959, en Allemagne, d’une version en allemand de Si c’est un homme.

Je me sentis envahi par une émotion violente et nouvelle, le sentiment d’avoir gagné une bataille.

[…]

Ismaëla, Catherine Weinzaepflen (par Yasmina Mahdi)

, le Jeudi, 02 Février 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Ismaëla, Catherine Weinzaepflen, éd. Des femmes Antoinette Fouque, février 2023, 160 pages, 15 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

Terminus L.A.

Pour aborder le dernier ouvrage de Catherine Weinzaepflen, Ismaëla (prénom rare d’origine hébraïque signifiant « Dieu a entendu »), il faut signaler qu’une poétesse s’accroche à des détails et ne balaye pas la réalité dans une vue d’ensemble, mais par petites touches. Ainsi, l’écriture est sobre, les phrases brèves, souvent réduites à de simples adjectifs. Et c’est sous la forme d’un journal que l’autrice nous livre les épreuves et les faits ordinaires d’une femme de ménage. Et ce, dans la deuxième ville des États-Unis en nombre d’habitants après New York, Los Angeles donc, située dans le Sud de l’État de Californie, sur la côte du Pacifique : « Hormis les voyous et les irréductibles, les noctambules sont de plus en plus rares à L.A. En revanche les clubs de gym sont pleins dès l’aube et les joggers courent sur la plage, l’un derrière l’autre ».

Baisers soufflés, Patrick Devaux (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Jeudi, 02 Février 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Baisers soufflés, Patrick Devaux, Pierre Turcotte éditeur, Coll. Magma Poésie, novembre 2022, 54 pages, 13,70 €

 

Dès les premières pages de ce recueil publié dans la Collection Magma Poésie, le lecteur se laisse bercer par la poésie aérienne de Patrick Devaux. Le poète ouvre sa « main de doutes » et souffle des mots qui, portés par le vent, s’envolent vers l’horizon comme autant de baisers-oiseaux. « Veilleur d’étoiles », il se tient à l’écoute des cris émis par les souvenirs, il les « devine » sur la plage du temps, comme un promeneur attentif aux coquillages, qui avance en prenant garde de ne pas les écraser. Il sait « l’écho » dont les phrases peuvent être gardiennes. Il sait qu’on ne pourra jamais tout dire « du vent qui traverserait la mouvante chevelure du temps ». Mais il dédie des mots ailés à la « passagère de l’oubli », celle que le train de la vie a emportée.

Ces « baisers soufflés » sont émis par des lèvres qui tremblent, et ces instants fragiles ressemblent à une « pause éternelle ». Au fil des métaphores, on savoure l’essence vibrante de la mémoire ressuscitée, douce mais teintée de gravité, car, comme le dit le poète, « la poésie vit parfois de terribles moments ». Mais la « beauté » n’est jamais loin, et celle d’une gare « dépend /des /souvenirs/ oubliés/ sur/ le quai / et/ d’un baiser/ soufflé/ dans / une main ».

Le Silmarillion, J.R.R. Tolkien (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 01 Février 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Science-fiction, Iles britanniques, Fantastique, Christian Bourgois

Le Silmarillion, J.R.R. Tolkien, Christian Bourgois, septembre 2022, trad. anglais, Daniel Lauzon, ill. Ted Nasmith, 480 pages, 24,90 € . Ecrivain(s): J. R. R. Tolkien Edition: Christian Bourgois

 

L’histoire veut que lorsque Tolkien, fort du succès de librairie du Hobbit en 1937, présenta à son éditeur, Allen & Unwin, mais aussi à Collins, Le Silmarillion, un lecteur d’un des comités de lecture rendit une note indiquant que le récit était fort mais trop teinté de mythologie pour être publié en même temps que Le Seigneur des Anneaux au mitan des années cinquante. Cette raison est doublée d’une autre, plus pragmatique : les frais d’impression étaient alors toujours très élevés en Angleterre, et ajouter un quatrième volume, à la destinée moins certaine, à ceux du Seigneur des Anneaux, était prendre un risque inconsidéré. Tolkien reprit son manuscrit mais n’arrêta pas pour autant de s’atteler à son œuvre, son grand œuvre probablement, entamé vingt ans avant la publication du Hobbit et poursuivi jusqu’à sa mort en 1973 – c’est son fils Christopher qui, à la demande de son père, organisa en un volume cohérent un ensemble d’histoires dispersées sur des milliers de pages manuscrites mais pas disparates en 1977. Et naquit la légende.

De l’Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts, Thomas De Quincey (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 31 Janvier 2023. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Iles britanniques, Gallimard, En Vitrine, Cette semaine

De l’Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts (On Murder Considered as one of the Fine Arts, 1827), Thomas De Quincey, trad. anglais, Pierre Leyris, 193 p. 7,90 € Edition: Gallimard

 

De Thomas De Quincey (1785-1859), on connaît surtout ses célébrissimes Confessions d’un mangeur d’opium (Confessions of an English Opium-Eater, 1822), tant admirées par Baudelaire qui s’en inspira jusqu’au bord du plagiat dans ses Paradis artificiels. On y trouvait déjà un écrivain sulfureux, fasciné par le mal, imprégné du goût de la provocation – ses Confessions s’attardent bien plus sur le plaisir procuré par la drogue que sur les dangers qu’elle fait courir. Cette attitude provocatrice et ce goût prononcé pour l’humour noir n’est pas une exception dans la littérature de langue anglaise. On le trouve régulièrement dans les pièces de Shakespeare – scènes et propos scabreux, goût du meurtre sanglant – dans le très puissant Recherche philosophique sur l’origine du sublime et du beau d’Edmund Burke et – dans le cas qui nous occupe – surtout dans le génial Modeste proposition (A Modest Proposal, 1729) de Jonathan Swift.