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La Une Livres

La Nuit comme le jour est lumière, François Huguenin (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 27 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Biographie

La Nuit comme le jour est lumière, François Huguenin, Les éditons du Cerf, janvier 2022, 176 pages, 18 €

 

« Green m’a révélé la violence des sentiments qui campaient en moi et auxquels je ne comprenais rien. Il m’a parlé du silence de Dieu en mettant en lumière un désir inassouvi et que je ne savais nommer.

Green m’a sauvé ».

Il faut toujours prendre au sérieux les noms que donnent les écrivains à leurs livres, La Nuit comme le jour est lumière en est l’exemple parfait. Il donne la note à laquelle va s’accorder le livre, comme le fait un chef de chœur. Les romans et les Journaux de Julien Green sont des pièces musicales (1) qui se répondent, sombres ou lumineuses, souvent tremblantes, certaines brillent plus que d’autres par leur force littéraire, mais toutes révèlent les tourments et les inspirations de l’écrivain qui s’attache toujours à la langue française, sa langue, celle de ses confessions et de sa consécration à l’Académie française.

D’une île à l’autre, Patrick Renou (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 27 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Presses de la Cité

D’une île à l’autre, Patrick Renou, août 2021, 320 pages, 20 € Edition: Presses de la Cité

 

Tout est vrai dans ce livre pourtant un roman. Dans sa préface l’historienne Arlette Farge parle d’un style tendre et persuasif.

J’ajouterai qu’il est sincère et efficace à plus d’un titre.

Tout d’abord, le romancier est un travailleur acharné de détails et de documentations diverses à partir du moment où le hasard lui met entre les mains, chez un bouquiniste, un livre ancien sur les paquebots et qui lui révèle, à bord, la présence d’une passagère clandestine donnant naissance, en pleine mer, à une petite fille. Ensuite il cherchera à savoir et construira, autour de la vie d’un couple et de l’enfant à naître, un roman profondément humain et attachant.

Passagère clandestine sur « L’Ile de France », Milena quitte la Lettonie avec New York pour objectif.

Enceinte, sur le bateau, initialement, personne ne la comprend : « Elle raccrocha, regarda Milena comme la Sainte Vierge “Mais d’où tu viens ?”. Toujours est-il que sainte, célibataire ou fille de joie, Jeanne la couvrait de soins ».

La Poésie de la terre ne meurt jamais, John Keats (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 26 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Poésie, En Vitrine, Cette semaine

La Poésie de la terre ne meurt jamais, John Keats, Poesis Editions, novembre 2021, trad. anglais, Cécile A. Holdban, Thierry Gillyboeuf, 128 pages, 16 €

Ce recueil offre, d’abord, d’admirables traductions (par Cécile Holdban) des plus forts poèmes de Keats, dont voici – la lecture ici suffit à tout – deux extraits (l’un tiré de : À l’automne ; l’autre de : Bright star) :

« Saison des brumes et des fruits veloutés,

Amie intime du soleil mûrissant,

Conspirant avec lui pour charger et bénir

De fruits les vignes courant sous les toits de chaume ;

Pour courber sous les pommes les arbres moussus des jardins

Et gorger chaque fruit de maturité jusqu’en son cœur ;

Capter l’indicible, Silvaine Arabo (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Mercredi, 26 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Capter l’indicible, Silvaine Arabo, éditions Rafael de Surtis, septembre 2021, 76 pages, 15 €

 

Ce recueil est une quête, une aventure exploratoire dont la visée est de déchiffrer en transparence la grande énigme du monde, « l’arcane mystérieux » qui se cache sous le voile des apparences, afin de « reconquérir en somme le privilège d’être ».

Cette mission s’inscrit dans la continuité de la spiritualité ancestrale, de « toutes ces mains filant le destin du silence / D’âge en âge / De blancheur en blancheur ».

L’auteure incite le lecteur à s’engager lui aussi sur ce chemin : « L’univers est en toi / Entends, ami, entends / Le chant suprême des Transparents ! ».

Pour l’accompagner, elle, poète, « Elle – tisseuse », l’aide à ouvrir « les vannes de l’indicible », à percevoir ce « grand souffle arrimé au métier transparent », ce « quelque chose en l’être qui se détend / qui vibre, enfin, dans l’univers du reflet ».

Elle lui délivre quelques indices, points de repères qui éclaireront son parcours : ainsi, il reconnaîtra

Au-delà du fleuve et sous les arbres, Ernest Hemingway (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 25 Janvier 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine, Cette semaine

Au-delà du fleuve et sous les arbres (Across The River And Into the Trees, 1950), trad. américain, Paule de Beaumont, 347 pages . Ecrivain(s): Ernest Hemingway Edition: Folio (Gallimard)

L’autre mort à Venise

L’infinie mélancolie qui reste au cœur après la lecture de ce roman tient certes au désespoir de son principal personnage mais aussi à une Venise trouble, fantomatique, hantée par ses lieux mythiques traversés et retraversés ici ; le Harry’s, le Florian, le Palais Gritti, la Piazza San Marco, sont le décor et la métaphore de ce dernier chemin du colonel vieillissant, rongé par les souvenirs de la Guerre et son amour pour la jeune et belle Renata.

Hemingway utilise un flux de conscience décalé dont le héros n’est pas le narrateur. Et la structure de ce roman repose largement sur le support narratif de ce flux : le dialogue, époustouflant de maîtrise, véhicule de l’amour, de la détresse, des regrets, des blessures du corps et du cœur du colonel. Renata est son Autre, celle par qui le discours advient à son esprit et sa mémoire. Renata est son inconscient, son discours inversé qui le renvoie à lui-même : à son désespoir elle oppose sa confiance et son optimisme, à sa réserve son enthousiasme, à sa volonté d’oubli la demande de souvenirs précis et détaillés. La jeune fille fait naître du vieux soldat l’histoire de sa douleur, comme une catharsis vivante et tendre.