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La Une Livres

Abraxas, Bogdan-Alexandru Stanescu (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 10 Février 2026. , dans La Une Livres, Critiques, Pays de l'Est, Roman, Gallimard, En Vitrine

Bogdan-Alexandru Stanescu, Abraxas, Gallimard, du monde entier, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, 654 pages, 27 € Edition: Gallimard

 

Abraxas, formule magique, appel à un élément divin, représentation païenne… Tout ce qui transpire dans ce livre parle de/à plusieurs voix. Chacun des personnages principaux est montré, faisant des allers-retours dans sa vie, telle qu’elle est, telle qu’il pense vouloir qu’elle soit, et telle qu’elle lui échappe.

Roman de la déchirure entre soi et la représentation de soi, entre le passé qui boucle, qui s’étonne et dont on s’étonne et le présent qui devient le cœur -et le chœur- du passé.

Un livre de mort, de passages entre la vie que l’on croit tenir et l’engloutissement, bouffi de créatures chimériques et la violence du présent.

Marie-Héloïse, fille du Roy – Raphaël Confiant (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 09 Février 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Mercure de France

Marie-Héloïse, fille du Roy – Raphaël Confiant – Mercure de France – 8 janvier 2026- Folio – 304 pages - 9€ . Ecrivain(s): Raphaël Confiant Edition: Mercure de France

 

Louis XIII régnant, Marie-Héloïse, enfant abandonnée à qui a été attribué arbitrairement le patronyme Levasseur, est élevée « dans l’amour de Dieu » au sein de l’orphelinat de l’Hôpital des Cent Filles, à Paris où, relativement librement, « chacune vivait dans sa chacunière ».

« Mes hurlements avaient attiré des passants devant l’église Saint-Sulpice, un matin d’hiver, et une mendiante m’avait transportée ici à la hâte avant de prendre la discampette ».

Très tôt remarquée pour sa beauté, « trop belle pour ne pas être déshonnête » selon son confesseur, elle est sélectionnée au sortir de l’adolescence, et pourvue d’une dot royale de cinquante livres, avec trente  autres « filles du Roy », pour un transfert vers les possessions françaises d’Amérique afin d’y être mariée à un des colons nouvellement établis là-bas dans le cadre d’une politique de peuplement colonial à laquelle sont aléatoirement associées également des prostituées raflées au hasard dans les rues et éventuellement quelques condamnées de droit commun.

Mitteleuropa (Les carnets secrets de Redo), Vincente Luis Mora (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 05 Février 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Espagne, En Vitrine, Editions Maurice Nadeau

Mitteleuropa (Les carnets secrets de Redo), Vincente Luis Mora, Trad. François-Michel Durazzo, Ed.Maurice Nadeau-Les Lettres Nouvelles, 9 janvier 2026, 208 p., 21 € Edition: Editions Maurice Nadeau

 

Peut-être l’un des meilleurs romans de 2025/2026, précieuse publication des Editions Nadeau, ce récit aux accents kafkaïens propulse le lecteur dans la petite ville perdue de Szonden, sur les bords de l’Oder, dans l’Oderbruch, région marécageuse de la Prusse, dans la première moitié du XIXe siècle.

Redo Hauptshammer, le héros narrateur de ce récit saisissant, né dans un bordel autrichien dont sa mère était la propriétaire et tenancière, arrive en cet endroit perché sur une charrette sur laquelle s’empile le déménagement de ses maigres biens au sommet de quoi trône le cercueil contenant le cadavre de son épouse Odra, récemment tuée par la balle perdue d’un soldat napoléonien en fuite, avec le dessein de s’installer sur une terre dont il s’est accaparé le titre de propriété dans des circonstances rocambolesques.

Des femmes. Toutes. Mireille Diaz-Florian (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 05 Février 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Des femmes. Toutes. Mireille Diaz-Florian Éditions du Palio [148 p.] 18€

 

Des Femmes. Toutes, de Mireille Diaz-Florian, ne relève pas du simple récit de filiation, mais d’une traversée expérimentale de l’outre-tombe, où l’écriture se constitue en tombeau scriptural. L’ouvrage engage une poétique de la mémoire qui excède l’autobiographie pour inscrire l’histoire familiale dans une réflexion plus large sur la transmission, la condition féminine et les puissances performatives du langage.

Le récit s’ouvre sur une situation liminaire : l’accompagnement de la narratrice auprès de sa mère mourante. Cette scène inaugurale produit un télescopage du temps narratif. Le présent y est suspendu, ouvrant un espace intermédiaire où la mémoire devient mode d’existence. Dans cette zone de porosité temporelle, la narratrice et la mère continuent de « vivre » par la remémoration, là où le corps, entravé par la souffrance, ne le permet plus. Le texte adopte ainsi une temporalité stratifiée, dans laquelle le passé n’est pas révolu mais activé, rendu opérant.

Pour le centenaire de Jean Sénac (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, En Vitrine, Cette semaine

 

En cet hiver 2026, puisque nous allons célébrer, le 29 novembre prochain, le centenaire de sa naissance, et puisqu’il faut sans cesse raviver les mémoires oublieuses, lisons ou relisons Jean Sénac, assassiné à Alger, rue Élisée-Reclus, dans la nuit du 29 au 30 août 1973.

Lisons la belle, l’indispensable biographie de Bernard Mazo publiée par les Éditions du Seuil en 2013, au titre si éloquent, Jean Sénac, Poète et martyr. Lisons les Œuvres poétiques, hélas incomplètes, publiées par Actes Sud en 1999 et, parce qu’épuisées, rééditées en 2019. Lisons les « carnets, notes et réflexions, 1942-1973 » publiés par Guy Dugas, toujours au Seuil, en 2023, sous le titre Un cri que le soleil dévore – c’est bien sûr un vers de Sénac qu’a choisi Dugas comme étendard, comme résumé brutal, lumineux d’un parcours.