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Théâtre

Projet Grèce, Lisiane Durand (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 30 Octobre 2019. , dans Théâtre, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Espaces 34

Projet Grèce, Lisiane Durand, Editions espaces 34, septembre 2019, 90 pages, 15 €

 

J’aime les Grecs. J’aime La Grèce. Son continent et ses archipels. La Grèce est notre mère patrie, celle du théâtre, de la philosophie et de la poésie européenne. La Grèce antique et contemporaine.

Jacques Lacarrière en personne avait découvert la terre grecque d’abord en étudiant « classique » mais il y revint toujours en amoureux des vivants.

Je passai l’été 2015 entre la Grèce et la Turquie, témoin des itinéraires clandestins et dangereux des familles syriennes chassées de chez elles par la guerre, tentant de gagner les premières îles grecques, portes de l’Europe. Lisiane Durand, jeune diplômée de l’Ensatt, ouvre son texte Projet Grèce justement sur la période comprise entre le 15 juin et le 15 juillet 2015. La Grèce connaît alors une crise financière, économique et politique sans précédent. Le pays est montré du doigt par les instances européennes et mondiales comme le FMI. L’Allemagne devient la bête noire des Grecs : le pays puissant qui veut l’abattre.

Oh les beaux jours, Samuel Beckett (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 23 Octobre 2019. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Oh les beaux jours, mai 2019, 82 pages, 5,90 € . Ecrivain(s): Samuel Beckett Edition: Les éditions de Minuit

 

Engoncée jusqu’au torse dans un mamelon de terre, sous un soleil d’enfer, la vieille Winnie soliloque à perdre haleine telle une concierge n’ayant plus que quelques heures à vivre. Seule ? Pas tout à fait : son conjoint Willie, perclus, végétalise tranquillement quelques mètres derrière elle, en retrait, en contrebas, figé dans une sublime transparence, rampant parfois tel un vermisseau. Leur longue coexistence conjugale aurait-elle rabougri le lubrique luron, aurait-elle éteint le flambeau du tenant du sexe fort ? Winnie aurait-elle châtré Willie, à force de lui flanquer des coups d’ombrelle sur le citron ?

« Pauvre Willie… aucun goût… pour rien… aucun but… dans la vie… bon qu’à dormir… ». Winnie ne ménage guère Willie, tandem fantasque et hors-norme venant compléter le cortège de duos inventés par Beckett (1906-1989), littérateur solitaire aspirant au Deux : Mercier et Camier, Estragon et Vladimir, Pozzo et Lucky, Hamm et Clov… Histoire de se rappeler que Willie existe, Winnie le gratifie de temps à autre d’un coup de semonce dont elle a le secret : « Fut-il jamais un temps où je pouvais séduire… Ne te méprends pas sur ma question, Willie, je ne te demande pas si tu as été séduit, là-dessus nous sommes fixés, je te demande si à ton avis je pouvais séduire – à un moment donné… ».

Quand les voix dansent les cœurs galopent, Cédric Bonfils (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espaces 34

Quand les voix dansent les cœurs galopent, juin 2019, 81 pages, 15 € . Ecrivain(s): Cédric Bonfils Edition: Espaces 34

 

Le dernier texte de Cédric Bonfils se présente comme un recueil kaléidoscopique de 25 formes qui font entendre les voix, les trajectoires humaines, les passages et les traces de destins d’adolescents ou de jeunes adultes. Des monologues, des dialogues, un quatuor, des répliques identifiées, des versets, des distiques, du récit, une strophe… comme autant de recherches pour approcher le réel transfiguré comme si le multiple seul pouvait donner la parole à ces inconnus en partance, à ces exilés aussi de leur langue. Si l’inscription éditoriale du volume annonce des « poèmes dramatiques », formule habitée par tout un pan de l’histoire du théâtre français, il est sans doute plus juste de parler de Théâtre-Poésie : matière langagière et parole articulée se donnant l’une à l’autre. Le titre, Quand les voix dansent les cœurs galopent, n’est-il pas le signe, le signifiant de la phrase-image, d’un proverbe (quand le chat dort, les souris dansent) réinventé et humanisé, premier moment de l’art poétique de l’auteur. La première citation en épigraphe est empruntée justement à l’art poétique de Guillevic.

Debout un pied, Sufo Sufo (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 24 Septembre 2019. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espaces 34

Debout un pied, 2018, 70 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Sufo Sufo Edition: Espaces 34

 

Depuis des années déjà, le monde est confronté à la question des « réfugiés, des migrants, des exilés ». Des guerres, le terrorisme, des dictatures, la misère, ont poussé des millions de gens à partir de chez eux et à se mettre en route vers L’Europe, vers les Etats-Unis, en traversant les déserts, les grands fleuves, l’Océan et la Méditerranée. La littérature sous toutes ses formes, l’art, témoignent de ces parcours terriblement périlleux, mais la plupart du temps il s’agit d’un point de vue occidental. Le texte de Sufo Sufo, lui, est un regard africain posé sur ces départs vers un « là-bas » fantasmé. L’image de la première de couverture détermine le cœur du texte : des amarres et un fragment de coque de bateau : il sera question en vérité d’attachement ou de détachement, de partir ou de rester au port, au pays. A aucun moment l’auteur par le biais de ses personnages ne révèlera explicitement le nom du pays, de la ville portuaire, qui fait l’unité de lieu. Toutefois à plusieurs moments, le lecteur comprend qu’il s’agit bien du Cameroun, avec des allusions à l’entreprise coloniale allemande ou aux émeutes de la faim de 2008 ; sans parler des tensions et des violences dans les zones anglophones du pays. Un état de guerre (sociale, politique) qui ne s’avoue pas.

D’Amours, David Léon (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 09 Septembre 2019. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espaces 34

D’Amours, septembre 2019, 40 pages, 10 € . Ecrivain(s): David Léon Edition: Espaces 34

 

« L’art d’aimer »

Je reprends pour cette chronique le titre en traduction française du célèbre texte d’Ovide, mais en le détournant, parce qu’il me semble que David Léon considère, quant à lui, l’amour dans sa dimension créative entre théâtre et poésie. Le poète latin de son côté proposait à ses lecteurs une manière d’envisager l’amour. David Léon, lui, fait entendre une suite fragmentaire des états amoureux (chaque page correspond avec son titre, à un moment, à un lieu, à un état de l’amour) : son écriture fait art des corps, du désir, des  scènes érotiques et des voix des amants.

Le titre du livre plonge la lectrice, le lecteur, dans les songeries de textes qu’elle a lus. Je me souviens alors des Amours de Ronsard, du stendhalien De l’Amour, et des Fragments d’un discours amoureux de Barthes, que l’auteur lui-même convoque en épigraphe et dont il adopte, en quelque sorte, le principe de saynète comme celle de la rencontre, ou du regard porté sur l’endormi. Une expression populaire remonte aussi à ma mémoire : vivre d’amour et d’eau fraîche, comme si justement l’amour se vivait dans la simplicité régénératrice du monde. Et il y a de cela dans le lyrisme de David Léon.