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Théâtre

Le Malade imaginaire, Molière (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 16 Octobre 2020. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Le Malade imaginaire, Molière, juillet 2020, 256 pages, 2,95 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Depuis la pandémie du Coronavirus de 2019-2020, le personnage d’Argan nous est devenu familier, avec ses craintes d’hypocondriaque concernant tous les aspects de sa santé. Heureusement, les danses et ballets qui introduisent chaque acte et cloturent la pièce, véritables petites scènes exotiques, le premier de ces intermèdes célébrant Louis XIV, contribuent à dédramatiser la thématique. La pièce a été conçue pour être jouée à la période du carnaval et relève de l’esthétique non seulement classique mais baroque, avec des divertissements costumés, chantés et dansés, qui font partie intégrante du spectacle et sont annoncés, pour les deux derniers d’entre eux, par l’un des personnages, Béralde.

La place des chants dans cette pièce est d’autant plus importante que Cléante se fait passer pour le maître de musique d’Angélique et que ceux-ci se livrent à l’acte II à un échange amoureux crypté, devant un public qui n’y voit goutte. Comme toujours, masque et travestissement, qui engendrent des procédés de double énonciation, sont infiniment plaisants pour le spectateur qui en sait davantage que les personnages dupés.

L’Ile des esclaves, Marivaux (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 09 Octobre 2020. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

L’Ile des esclaves, Marivaux, juillet 2020, 128 pages, 2,95 € Edition: Folio (Gallimard)

 

L’Ile des esclaves met en scène la situation suivante : échoués sur une île, quatre protagonistes, deux maîtres et deux valets, sont avertis par Trivelin, le gouverneur de l’île, qu’ils doivent échanger leurs statuts, leurs noms et leurs habits pendant une durée de trois ans. Ainsi, Arlequin et Cléanthis prennent les rôles et les apparences de leurs maîtres, le général athénien Iphicrate (qui signifie « celui qui gouverne par la force » en grec) et l’aristocrate Euphrosine (prénom de l’une des trois Grâces de la mythologie grecque, qui signifie « joie »), ces derniers devenant leurs valets.

On pense aux fêtes romaines des Saturnales, qui se déroulaient en décembre pendant une semaine et pendant lesquelles les barrières sociales disparaissaient, maîtres et esclaves étaient égaux et s’offraient des cadeaux, organisaient des réjouissances. Mais Marivaux va plus loin puisqu’il propose une véritable inversion des rôles : on est au XVIIIe siècle et la révolution française n’est pas loin.

Le Iench, Eva Doumbia (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 30 Septembre 2020. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud/Papiers

Le Iench, Eva Doumbia, septembre 2020, 80 pages, 12,50 € Edition: Actes Sud/Papiers


Le Iench (le chien en verlan) résonne comme un écho tragique à la question de « la vie noire » dans nos sociétés contemporaines, et plus particulièrement en France. Texte d’actualité brûlante écrit avant le meurtre de George Floyd, à Minneapolis, par un policier blanc, ou évocation mémorielle dans des interludes, au fil des années depuis 2005, des victimes des violences policières. Le théâtre s’était déjà saisi de cette matière de la confrontation, entre police et gamins, jeunes hommes aux origines lointaines, dans les banlieues. On se souvient de la très belle pièce de Michel Simonot, Delta Charlie Delta, paru aux Editions Espaces 34, en 2016, retraçant les émeutes urbaines de 2005 à Clichy-sous-Bois et la mort de Zyed et de Bouna, électrocutés, alors qu’ils avaient trouvé refuge dans un transformateur EDF pour échapper à leurs poursuivants.

Le théâtre est dans le pré (2) (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 08 Septembre 2020. , dans Théâtre, Les Chroniques, La Une CED


Le Collectif artistique Le Lieu-Dit, après Puissance de la Douceur, spectacle donné en ouverture du « micro-festival post confinement », a donné carte blanche à Vanessa Amaral (membre du collectif) et à Gabriela Alarcon-Fuentes, pour rêver, penser le mot sirène en amont de la représentation. Chimère maléfique ou amoureuse, ayant traversé tant d’univers imaginaires, voici la sirène. Proposition, chantier, écriture en devenir, en attendant les sirènes, se dévoile : texte lu ou dit, feuillets encore en mains comme aux répétitions.

Travail donc à deux voix, à deux corps. Tout d’abord, songe du célèbre conte cruel d’Andersen. La petite sirène, là, dans la campagne, émerge d’une mer de hautes herbes blondes que le vent par rafales agite ; elle danse dans les vagues végétales. Mais n’y-a-t-il pas dans le domaine du roi de la mer un grand jardin ?

Les gens légers, Jean Cagnard (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 17 Juin 2020. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espaces 34

Les gens légers, 75 pages, 13 € . Ecrivain(s): Jean Cagnard Edition: Espaces 34


L’œuvre de Jean Cagnard est une œuvre prolifique, touchant à tous les grands genres littéraires (romans, nouvelles, poésie), mais le théâtre sans doute tient une place de choix dans l’ensemble de ses œuvres. Il a d’ailleurs été en 2018 lauréat du grand prix de Littérature Dramatique pour Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face.

Les pièces de Jean Cagnard ont été publiées notamment chez Ed. 1057 Roses, Ed. Théâtrales et Espaces 34.

Espaces 34 propose une seconde édition des Gens légers, sorti en 2006. D’une certaine manière, le texte s’affirme dans un temps suspendu. Il s’agit d’une pièce qui échappe à quelque chose de particulier : elle ne prononce pas, elle n’articule pas ce que certains appellent hâtivement son sujet. L’auteur, en une seule page dense que l’on pourrait nommer « postface », écrit qu’il a effacé le mot shoah parce qu’il ne lui appartient pas. C’est un mot fantôme comme ces étranges voix qui se croisent ici.