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Classiques Garnier

 

Les Éditions Classiques Garnier sont une maison d'édition française fondée en 1833 sous le nom de Garnier Frères, est un éditeur d'œuvres de référence en littérature et sciences humaines.

De la santé des gens de lettres, Samuel-Auguste Tissot (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 23 Septembre 2019. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Histoire

De la santé des gens de lettres, avril 2018, 212 pages, 24 € . Ecrivain(s): Samuel-Auguste Tissot Edition: Classiques Garnier

Le traité du médecin suisse Samuel-Auguste Tissot (1728-1797) constitue, dans le meilleur sens du terme, une curiosité littéraire. Il n’est pas de ces œuvres médiocres que l’on arrache à leur sommeil séculaire dans les bibliothèques où elles eussent mieux fait de rester. De la Santé des gens de lettres connut plusieurs rééditions au XVIIIe siècle, une traduction en anglais (1762), quatre réimpressions aux XIXe et XXe siècles. L’ouvrage est représentatif d’un triple mouvement. D’abord, la vulgarisation du discours médical par le recours à la langue française, prolongeant ce qu’avait accompli Ambroise Paré : si les médecins, pour conquérir leurs grades, soutenaient toujours leurs thèses en latin, ils diffusaient ensuite leurs idées dans des ouvrages français, qui rejoignaient les bibliothèques des non-spécialistes (« Pas de livres que je lise plus volontiers, que les livres de médecine, pas d’hommes dont la conversation soit plus intéressante pour moi, que celle des médecins ; mais c’est quand je me porte bien », écrivait non sans humour Diderot, cité p.42). Tissot avait dans un premier temps publié un Sermo academicus de valetudine litteratorum (1766), qu’il traduisit et amplifia. Ensuite, le livre de Tissot apparaît représentatif de l’avènement d’une nouvelle cléricature, les « gens de lettres » laïcs (qu’on n’appelait pas encore les « intellectuels ») doublant d’abord, puis remplaçant l’ancienne, les religieux lettrés.

Tolérance, liberté de conscience, laïcité, Quelle place pour l’athéisme ?, Louise Ferté, Lucie Rey (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 26 Juin 2019. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Tolérance, liberté de conscience, laïcité, Quelle place pour l’athéisme ?, Louise Ferté, Lucie Rey, avril 2018, 252 pages, 34 € Edition: Classiques Garnier

 

Grand historien de la philosophie, Étienne Gilson définissait ainsi l’athéisme : « doctrine qui, après mûre réflexion, conclut comme une certitude rationnelle que rien qui réponde au mot “dieu” nexiste en réalité » (cité p.9). La phrase mérite d’être examinée de près. « Après mûre réflexion » exclut la négation de Dieu sous le coup du désespoir ou de la colère. « Certitude rationnelle » va dans le même sens : il ne s’agit pas de proclamer l’inexistence de Dieu après une catastrophe collective (comme le séisme de Lisbonne) ou un deuil privé. « Rien qui réponde au mot “dieu” » correspond au nœud du problème. Que convient-il de mettre sous ce vocable ? Le créateur d’un univers infini, fait de milliards de galaxies contenant chacune des milliards d’étoiles ? L’entité qui accompagne le destin individuel de tous les êtres humains ayant jamais vécu (et qui veille sur eux) ? L’intelligence qui sait tout de tout et de tous à chaque seconde ? Le mot « Dieu » recoupe-t-il la même chose dans le judaïsme que dans l’islam ou chez les Aztèques ?

Cioran, archives paradoxales, Collectif (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Cioran, archives paradoxales, Collectif, février 2019, 273 pages, 39 € Edition: Classiques Garnier

 

 

En mémoire du mariole atrabilaire

Pour qui aime Cioran ou souhaite le découvrir, se frotter à ses élucubrations fulgurantes, ce spicilège d’une étoffe résistante tombe à point nommé. Fruit de diverses études menées par des connaisseurs de l’œuvre du funambule de l’abîme, il explore l’archipel cioranien et en valorise toutes les richesses. Le thème de la solitude en est le pivot : « Véritable aiguillon existentiel et nœud gordien de son œuvre, la solitude est à la fois, chez Cioran, ressort littéraire et invitation au mutisme » (Aurélien Demars).

La Stásis dans la politique d’Aristote La cité sous tension, Esther Rogan (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 20 Novembre 2018. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La Stásis dans la politique d’Aristote La cité sous tension, janvier 2018, 430 pages, 52 € . Ecrivain(s): Esther Rogan Edition: Classiques Garnier

 

On connaît la formule d’Aristote suivant laquelle l’être humain est unzoôn politikon, un animal destiné à la vie en société. Comme l’ont montré les multiples exemples d’enfants sauvages ou d’enfants-loups (qu’il se soit agi d’expériences ou de hasards), aucun individu ne peut se développer normalement loin de ses semblables.

Une fois ce principe posé, Aristote ne s’est pas contenté d’imaginer, comme tant de penseurs, une société idéale, harmonieuse, où chacun vivrait en bonne entente avec ses semblables. Il a introduit au cœur de sa vision une notion redoutable, la stásis, vocable polysémique, que les dictionnaires de Bailly et de Magnien-Lacroix traduisent par soulèvement, révolte, division politique entre deux personnes, opposition, désaccord, querelle… Le mot n’est pas spécifique au lexique aristotélicien, qui se retrouve dans le Nouveau Testament.

Alkemie n°21, L’utopie (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 21 Septembre 2018. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Revues

Alkemie n°21, L’utopie, Classiques Garnier, juin 2018, 338 pages, 35 € Edition: Classiques Garnier

 

Alkemie se présente comme une revue semestrielle de littérature et de philosophie. Chaque numéro se fonde sur un thème traité en profondeur autour duquel se greffent diverses créations, fictions ou réflexions. Les numéros antérieurs ont abordé les thématiques cardinales de la mélancolie, l’oubli, la mort, la solitude, le silence, l’autre, l’éros, l’ennui, l’imaginaire… Le numéro 21 paru en juin 2018 se focalise sur l’utopie. Il s’ouvre sur une agora extrêmement stimulante portant sur le diptyque de l’absurde et du langage. Quatre écrivains d’origine roumaine y sont convoqués : Cioran, Fondane, Tzara, et Ionesco, le drolatique dramaturge qui révolutionna le théâtre traditionnel et qui confirme ici son talent d’essayiste et de théoricien de l’art : « S’attaquer à un langage périmé, tenter de le tourner en dérision pour en montrer les limites, les insuffisances, tenter de le faire éclater, car tout langage s’use, se sclérose, se vide ; tenter de le renouveler, de le réinventer ou simplement de l’amplifier, c’est la fonction de tout créateur ». Tristan Tzara, lui, percute les conformismes, affûte ses formules à l’emporte-pièce : « Je ne suis ni pour ni contre et je n’explique pas car je hais le bon sens ». Aurélien Demars, à l’appui de ce quatuor virtuose de libres penseurs plaide implicitement pour un isolement salutaire :