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Articles taggés avec: Bret Stéphane

Les Fenêtres, Hanna Krall (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 07 Mai 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays de l'Est, Roman, Editions Noir sur Blanc

Les Fenêtres, Hanna Krall, avril 2021, trad. polonais, Margot Carlier, 149 pages, 18 € Edition: Editions Noir sur Blanc

 

La Pologne a capté l’attention dans les années soixante-dix : les observateurs ont assisté à la création d’un syndicat libre dans ce pays encore sous la domination du communisme, Solidarnosc. Le pape Jean-Paul II a contribué également, par son engagement et son prestige moral, au tournant de 1989, qui a engendré la disparition du communisme dans la partie orientale du continent européen.

Hanna Krall, femme de lettres polonaise, décrit dans ce roman, Les fenêtres, non pas l’histoire de la Pologne contemporaine, mais des situations précises, des ambiances, des caractères.

L’action du roman est située en 1984, juste après la levée de l’état de siège. Celina, l’héroïne du roman, est une jeune reporter photographe, elle est âgée d’une quarantaine d’années et assiste au procès de l’étudiant Grzegorz Przemyk, jeune étudiant assassiné par la milice à l’occasion d’une manifestation.

Le pouvoir des braves, Étienne Longueville (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 29 Avril 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Philippe Rey

Le pouvoir des braves, Étienne Longueville, avril 2021, 267 pages, 20 € Edition: Philippe Rey

 

On les appelle les romans d’entreprise, ces récits consacrés aux transformations douloureuses auxquelles sont confrontés les salariés d’entreprises délocalisées, détruites, anéanties par le cynisme d’actionnaires cupides ou par l’imprévoyance des gestionnaires. Nathalie Kuperman, dans Et pourtant nous étions des êtres vivants, a restitué la souffrance des salariés d’un laboratoire, promis à la fermeture. Dans Ils désertent de Thierry Beinstingel, c’est le management moderne qui est dénoncé, l’impératif de virer les anciens, forcément archaïques et dépassés… Isabelle Stibbe, sans être issue du milieu ouvrier, a su décrire les derniers soubresauts d’une fonderie et les espoirs des sidérurgistes de Lorraine de voir se ranimer un jour la flamme des hauts fourneaux dans son roman Les Maîtres du printemps.

Étienne Longueville, dont c’est le premier roman, s’inscrit dans cette belle série ; il décrit le sort des salariés de l’usine de Plaintel, fermée en septembre 2018. Cette usine, nous dit l’auteur dans la postface du roman, est imaginaire ; le récit s’inspirant de l’histoire de l’Usine Giffard ouverte à Plaintel en 1974.

Josée Meunier, 19, rue des Juifs, Michèle Audin (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 09 Avril 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Josée Meunier, 19, rue des Juifs, mars 2021, 194 pages, 17 € . Ecrivain(s): Michèle Audin

 

Dans l’un de ses précédents romans, Comme une rivière bleue, Michèle Audin avait décrit la Commune de Paris à partir des quartiers de Paris où celle-ci avait connu les activités et faits les plus marquants et significatifs ; elle avait restitué l’histoire à hauteur des destinées individuelles, obscures, celles des sans-grades.

Dans Josée Meunier, 19 rue des Juifs, l’auteure reprend ce mode de récit en le circonscrivant à un immeuble, celui du 19 rue des Juifs, situé dans le quatrième arrondissement de Paris. Elle prend pour point de départ une perquisition menée par un certain Victor Berlioz, commissaire de police de son état : il ressort quelque peu bredouille de sa descente de police, il n’a pu, en effet, cueillir des suspects et n’a recensé qu’une concierge, Madeleine, un coiffeur, Mlle Georgette, couturière, Madame Dubois, une ouvrière en cartonnages.

Pourtant, l’immeuble du 19 rue des Juifs fut le lieu d’où s’échappèrent Josée Meunier et d’autres membres de sa famille pour rejoindre en exil à Londres Albert Theisz, bronzier et ardent partisan de La Commune.

La Messe allemande, François Eulry (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 26 Mars 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Le Cherche-Midi

La Messe allemande, François Eulry, mars 2021, 268 pages, 19 € Edition: Le Cherche-Midi

 

Voilà un roman bien curieux, atypique, et complètement hors des clous d’un monde, le nôtre, peu habité par des préoccupations d’ordre spirituel ou théologique. Nous sommes en 1940, dans un camp de prisonniers, un Offizier-Lager selon la terminologie allemande, un camp réservé aux officiers et sous-officiers. Joseph, un officier français, se trouve amené à dire la messe à ses compatriotes qui ne sont pas tous, tant s’en faut, des croyants convaincus. Joseph a pris la décision de remplacer Paul, un curé breton incapable d’exercer son sacerdoce en raison d’une grave maladie. Ses compagnons de captivité comprennent également Henri, un instituteur, et Abel, militaire de carrière.

Sans nous dévoiler d’emblée les véritables raisons qui ont conduit joseph à accepter cette tâche, à laquelle il n’est nullement préparé, mentalement et intellectuellement, François Eulry nous décrit un homme marqué par la peur de ne pas être à la hauteur, par le doute, par des interrogations lancinantes sur l’efficacité du secours qu’il est censé apporter à ses compagnons de captivité. Joseph trouve les voies et moyens pour porter ce message du christianisme ; il s’adapte à ce décor cruel et dramatique de la détention :

Suite en do mineur, Jean Mattern (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 17 Mars 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Sabine Wespieser

Suite en do mineur, Jean Mattern, mars 2021, 161 pages, 17 € Edition: Sabine Wespieser

 

Comment faire face à la douleur d’une rupture, comment amortir le choc d’une perte ? C’est à ce questionnement qu’est consacré le roman de Jean Mattern, Suite en do mineur.

Robert Stobetzky est un homme d’âge mur, qui participe à un voyage organisé en Israël, par l’entremise de son neveu Emile qui l’a poussé à l’accomplissement de ce déplacement. Prisant très moyennement les circuits organisés, Robert, juif non pratiquant, dont les parents originaires d’un shtetl ukrainien ont miraculeusement échappé à la déportation en se cachant dans la campagne française, s’isole rapidement du groupe. Il arpente la Via Dolorosa dans la vieille ville de Jérusalem et croit y reconnaître Madeleine, une femme qui l’a aimé et déniaisé il y a trente ans à Paris en 1969.

Cette vision d’un autre temps devient alors le prétexte pour démêler les fils de la mémoire, ses mécanismes, ses lois parfois. Ainsi, le narrateur revisite-t-il la notion de deuil et parvient à la circonscrire et la définir :