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Eparpillements, Natalie Clifford Barney (par Luc-André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 16 Novembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Eparpillements, Natalie Clifford Barney, éditions de La Coopérative, mars 2020, 80 pages, 12 €

 

Rien n’est plus indispensable aujourd’hui que de pouvoir s’immerger dans un bain d’intelligence, d’humour et de liberté. Et c’est encore possible en lisant un petit livre d’une belle densité que rééditent avec bonheur les éditions de La Coopérative, au catalogue aussi original que varié. Je veux parler d’Eparpillements de Natalie Clifford Barney, avec une préface et de rares photographies de Jean Chalon, l’un des intimes de l’auteur.

Eparpillements se présente comme un ensemble de pensées, d’aphorismes ou de maximes répartis en cinq chapitres, que publie en 1910 une Américaine parfaitement francophone installée à Paris, Natalie Clifford Barney. Connue pour ses nombreuses liaisons féminines, muse de célébrités comme Liane de Pougy ou de la poète Renée Vivien, ou encore de la peintre Romaine Brooks, elle accède, avec cet ouvrage, à la reconnaissance des milieux littéraires grâce à l’adoubement du plus grand critique de l’époque, Remy de Gourmont, qui écrira pour elle ses Lettres à l’Amazone.

Être dans ce qui s’en va, Tarjei Vesaas (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 19 Octobre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Pays nordiques

Être dans ce qui s’en va, Tarjei Vesaas, éditions Editinter / Rafael de Surtis, Coll. Pour une rivière de vitrail, 2006, trad. néo-norvégien, Eva Sauvegrain, Pierre Grouix, édition bilingue, 124 pages, 17 €

 

On pourrait être tenté de définir la poésie de Tarjei Vesaas par la négative en disant qu’elle n’est ni concrète ni métaphysique, ni réaliste ni métaphorique parce qu’au fond elle est un peu tout cela à la fois. Véritable aboutissement d’une œuvre littéraire conséquente qui rapproche son auteur de ses illustres compatriotes Henrik Ibsen ou Knut Hamsun, elle est, à la différence de ses romans et nouvelles, inédite en français. Poésie d’une rare intensité, traversée d’un fort sentiment de la Nature, de la vie, de l’amour et de la mort mais aussi d’un sens aigu des apparences et de leur jeu. Car, chez Tarjei Vesaas, le poème ne s’arrête pas à ce qu’il décrit ou même suggère, il va plus loin, il ouvre un autre horizon, il se diffracte. Il cherche à creuser sous la surface ou le vernis des images et des mots.

C’est ainsi que l’on pourrait qualifier cette poésie de poésie des profondeurs, tant le thème du souterrain, de ce qui est caché, des racines y est prégnant, tout ce travail invisible des « choses (qui) / se rencontrent en lutte dans les profondeurs ». Sonder « la profondeur du feu » alors que « calme est la surface » et que « l’obscurité vient d’en haut », voilà l’ambition suprême du poète, qui est non pas d’inverser, encore moins de détruire, mais de révéler.

Poèmes, Edith Södergran (par Luc-André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 06 Juillet 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Poèmes, Edith Södergran, éditions Rafael de Surtis, trad. suédois (Finlande) Régis Boyer, 200 pages, 22 €

 

« Nous devons aimer les longues heures de maladie de la vie

et les années contraintes du désir

comme les brefs instants où fleurit le désert »,

Edith Södergran

 

Voici une publication de première importance. D’abord parce que l’auteur, la poète finlandaise d’expression suédoise, Edith Södergran, qui tient une place centrale dans la poésie moderne des pays scandinaves, reste méconnue en France. Ensuite parce que, grâce au travail des éditions Rafael de Surtis, le volume reprend l’ensemble de son œuvre, cinq recueils et deux suites d’aphorismes. Enfin parce que la poésie qui s’y exprime frappe par son originalité, sa puissance d’évocation et, pourrait-on dire, sa grandeur tragique.

Cahiers des chemins qui ne mènent pas, Jean-Louis Bernard (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 27 Avril 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Cahiers des chemins qui ne mènent pas, éditions Alcyone Coll. Surya, 2019, 64 pages, 17 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Bernard

 

 

Le nouveau recueil que nous livre aujourd’hui Jean-Louis Bernard se compose de 54 poèmes qui sont à vrai dire des textes en prose dont certains, au nombre de 10, abritent en leur sein un poème proprement dit. Faisant fi des distinctions traditionnelles pour aller à l’essentiel, là où se nouent énergie et rythme, images et sons, le poète, par ce recours à la prose, loin de diluer la concentration et la puissance de ses mots (telles qu’elles apparaissent dans ses précédents titres, A l’ordre de l’oubli, et Ce lointain de silence, dont on trouvera ici la critique), au contraire les déploie dans un nouvel espace. Car, si l’on y retrouve, comme dans toute œuvre élaborée, ses thèmes récurrents, l’absence, le silence, le paradoxe du langage qui dit et ne dit pas, ils se trouvent cette fois pris dans une perspective plus large qui les propulse, les enrichit, et les consacre.

Père, François Mary (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Mercredi, 09 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits

Père, François Mary, éditions Plein Chant, 2018, 74 pages, 10 €

 

Raconter la mort du père, la mort de la mère, par les ressources de la littérature, de ce qu’elle procure à la fois comme distance et comme concentration, beaucoup ont tenté de le faire, peu y sont parvenus. François Mary, dans son dernier ouvrage, Père, y réussit parfaitement. Il y a chez lui, à le lire, non seulement un goût profond pour l’écriture mais aussi une extrême attention aux êtres et aux choses qui l’entourent, une vraie sensibilité, une authentique humanité qui le rapproche par exemple d’un Gustave Roud, avec un sens du tragique, de l’irrémédiable, comme dans l’évocation – admirable à tout point de vue – de la mort du jeune chat.

Le livre réunit deux textes de nature différente. Le premier, en italique, a été écrit dans une sorte d’urgence, juste après la mort du père. Le second, intitulé Notations, est plus tardif et regroupe des « souvenirs morcelés » qui n’avaient pas trouvé leur place dans le premier. Ce n’est donc pas une redite mais plutôt un changement de focale, ce second texte s’élargissant aux figures des grands-parents et donnant ainsi aux parents, ainsi qu’au fils, une dimension familiale, une assise dans le temps.