Identification

Articles taggés avec: Desrosiers Jacques

A propos de Bartleby, le scribe d'Herman Melville (par Jacques Desrosiers)

Ecrit par Jacques Desrosiers , le Mercredi, 12 Mai 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Roman, USA

Un siècle et demi après sa parution, j’ai lu la fameuse nouvelle d’Herman Melville, Bartleby, the Scrivener (Bartleby, le scribe). L’auteur de Moby Dick est un géant dans l’histoire de la littérature. Camus le plaçait au-dessus de Kafka parce qu’il voyait chez lui une part de lumière absente chez le second. Mais cette clarté lui venait, selon Borges, de la « curieuse lumière ultérieure » que Kafka projetait sur lui. Une chose est certaine, il ne fait pas très clair dans Bartleby, encore que tout dépende de la lecture qu’on en fait.

Embauché comme copiste dans un cabinet d’avocat de Wall Street, Bartleby se montre vaillant au début, mais un jour où l’avocat lui demande de comparer un document avec ses collègues, il répond : I would prefer not to. Par la suite, peu importe ce qu’on lui demande, cet homme calme donne toujours la même réponse. Il n’accepte pas ni ne refuse, mais dit préférer ne pas le faire. Bientôt il ne fera plus rien, se contentant de regarder le mur aveugle en face du bureau, et s’enfermera dans le silence. Un matin, l’avocat se rend compte que Bartleby a dormi à l’étude, qu’il n’a nulle part où aller et n’a pas l’intention de partir. Il lui propose divers accommodements, il pourrait venir rester chez lui ? Non, il préférerait ne pas. Il répond toujours avec douceur, c’est un homme paisible, pâle, mélancolique, sans colère, à peine ironique. Mais voilà, il ne fait pas ce qu’on lui demande et devient fort dérangeant. Tout cela finira mal (La version originale de Bartleby est en accès libre.)

La Maison hantée, Shirley Jackson (par Jacques Desrosiers)

Ecrit par Jacques Desrosiers , le Mercredi, 23 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Rivages/noir, Fantastique, Roman

La Maison hantée, Shirley Jackson, trad. anglais (USA) Dominique Mols, Fabienne Duvigneau, 270 pages, 8,20 € Edition: Rivages/noir

 

La Maison hantée (1959) de Shirley Jackson, tout comme sa plus célèbre nouvelle, La Loterie, est fait pour vous maintenir sur la corde raide du début jusqu’au-delà de la fin, parce que Jackson ne cherche pas à résoudre une énigme ou dénouer une situation, mais à révéler, à travers l’horreur ordinaire, de sombres vérités humaines. Les humains en question avaient d’ailleurs réagi violemment à la parution de La Loterie dans le New Yorker en 1948 : déluge de plaintes à la revue, désabonnements massifs, on lui demanda de s’excuser d’avoir écrit une telle histoire, et les gens du village de la côte Est où elle vivait, même le facteur, cessèrent de lui adresser la parole. Des crédules voulaient savoir où pouvait bien se dérouler ce genre de tombola aux États-Unis. Jackson a bravement ignoré toutes les demandes, n’a jamais accepté d’expliquer cette histoire à glacer le sang. Si une barbarie sauvage pouvait faire irruption dans de tranquilles villages une fois l’an par fidélité à une ancienne coutume, c’est qu’elle était incrustée à l’intérieur des familles, entre les parents, les enfants, les voisins, les amis.