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Articles taggés avec: D'Hérart-Brocard Christelle

Gaeska, Eiríkur Örn Norđdahl (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 23 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Métailié

Gaeska, septembre 2019, trad. Islandais Éric Boury, 274 pages, 18 € . Ecrivain(s): Eiríkur Örn Norðdahl Edition: Métailié

 

Complètement déjantée, cette fiction islandaise fait à la fois rire et grincer des dents. Reykjavik se trouve dans un état d’urgence sans précédent : assiégée par des masses de contestataires de tout poil, accablée par une vague suicidaire de femmes se jetant par les fenêtres, dévastée par une terrible tempête de sable, la ville semble bien incapable de gérer l’ensemble des calamités qui la touchent frontalement. La police pare au plus pressé sans juguler l’hémorragie, les parlementaires parlementent mais ne trouvent ni accord ni solution à la crise ; pire encore, ils participent au chaos général en se bastonnant dans l’hémicycle. Dans cette ambiance de fin du monde, les destins croisés de deux couples se dessinent et viennent rajouter à la loufoquerie ambiante. Oli Dori, l’homme à tout faire, ne pense qu’à travailler et à bichonner Freylif, sa femme dépressive, droguée et alcoolique. Le député conservateur Halldor tombe dans une dépression aussi soudaine que pathétique avec pour seule hantise, l’idée de croiser sa femme, Milly, qui députée elle aussi dans un parti d’opposition, nourrit encore de grandes espérances pour son pays. L’histoire n’est pas exempte de bons sentiments, lorsque les protagonistes sont amenés, malgré eux, à aider une petite fille marocaine qui cherche désespérément ses parents, récemment émigrés et contraints de mettre en scène leur bonne intégration devant un public rassis d’Islandais fats et obèses.

Terre brûlée, Paula Vézac (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 16 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Le Rouergue

Terre brûlée, Paula Vézac, janvier 2020, 208 pages, 18,80 € Edition: Le Rouergue

 

La narratrice et auteure (elle insère de vraies photos de famille dans son récit) revient sur le décès accidentel de sa mère. Elle s’effondre, pleure à chaudes larmes, sans retenue ni pudeur. La douleur abyssale de la perte motive, à elle seule, la prostration et l’anéantissement. Mais très vite, on comprend que sa souffrance ne relève pas seulement du manque et de l’absence de l’être cher, irremplaçable, mais plus encore, d’un sentiment de culpabilité qui, de longue date, a sapé les fondements de l’amour filial. Assurément, la femme handicapée de soixante-et-un an, retrouvée morte asphyxiée dans son appartement, fut une très mauvaise mère : prostituée, alcoolique, droguée et souffrant de troubles mentaux, elle n’a pas pu, durant sa vie, offrir un cadre de vie décente et bienveillante à sa fille unique. Cette dernière, en toute légitimité, s’est donc non seulement éloignée de la toxicité maternelle mais a développé un sentiment de vive rancœur et même de haine à l’égard de celle qui n’a jamais su la protéger de sa violence résiduelle, à la fois physique et psychologique.

Tout ce qu’elle croit, Anne Lauricella (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 09 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Buchet-Chastel

Tout ce qu’elle croit, Anne Lauricella, février 2020, 288 pages, 18 € Edition: Buchet-Chastel

 

Qu’elle se dissimule derrière une narration à la troisième personne partiellement déponctuée, qu’elle donne la parole au « je » de l’enfant candide qu’elle n’est plus ou encore qu’elle recoure aux meubles, aux objets, aux choses pour témoigner d’un temps heureux et innocent, une seule et unique voix se dégage de ce récit à fleur d’âme, celle de la femme qui, affreusement, souffre et cherche, sinon à se reconstruire, du moins à contenir le mal qui la ronge et à en saisir le point de bascule. Car c’est bien là, à ce point de non-retour, que se situe toute l’intrigue : qu’a-t-il bien pu se passer et quand ?

La première partie du roman laisse entendre qu’un drame familial a eu lieu entre l’enfance et l’adolescence. Très vite, on comprend que le père, l’idolâtré, a trahi la confiance inconditionnelle de sa fille, a piétiné ses croyances virginales et laminé les fondements nécessaires à son épanouissement. Devenue femme, l’enfant chérie, modèle, promise à un brillant avenir, vit dans le dénuement à tout point de vue. Totalement instable, elle se trouve dans l’incapacité de créer du lien social. Père et mère lui ont tourné le dos.

Les aigles endormis, Danü Danquigny (par Christelle D'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 02 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Les aigles endormis, Danü Danquigny, Gallimard, janvier 2020, 224 pages, 18 € Edition: Gallimard

 

L’histoire se situe en Albanie, à la toute fin du régime communiste, dirigé par Enver Hoxha, puis par son successeur, Ramiz Alia, et s’étend sur les trois décennies qui ont suivi la chute de la dictature et vu s’installer le Parti démocrate. L’auteur prend son temps pour dresser le portrait désastreux d’un pays gangréné par la misère, la peur et la corruption de ceux qui ont su tirer leur épingle du jeu aux lendemains désenchantés du communisme.

Dans la première moitié du roman, les personnages sont campés par des dialogues et des discours dont la teneur semble davantage servir le panorama socio-économique et politique de l’Albanie que révéler leur existence propre, individuelle : ils participent à ou témoignent de certains épisodes historiques majeurs sans qu’aucun d’eux n’acquière une véritable épaisseur romanesque, saillante ou saisissante. La structure temporelle, qui joue sur l’alternance de deux époques éloignées l’une de l’autre d’une vingtaine d’années, permet de porter un regard rétrospectif et critique sur des événements vécus, au préalable, de l’intérieur.

La petite conformiste, Ingrid Seyman (par Christelle d'Hérart- Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 26 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Philippe Rey

La petite conformiste, Ingrid Seyman, Editions : Philippe Rey 22 août 2019, 192 pages, 17 € Edition: Philippe Rey

 

Esther, la narratrice, évoque son enfance, marquée par les fortes contradictions d’une famille bigarrée, où chacun cherche à faire entendre sa voix. Son récit de vie privilégie tantôt l’humour et la tendresse, tantôt la férocité ou la sévérité, selon l’instance d’énonciation prédominante : la petite fille précoce ou l’adulte et son point de vue rétrospectif.

Née à Marseille, de parents soixante-huitards, adeptes du fameux précepte il est interdit d’interdire, la fillette n’a d’autre choix que celui de composer avec la vie débridée qui règne à l’intérieur du cocon familial. Unis par la règle de la nudité dans leur trois-pièces, les individualités coexistent sans trop de heurts, grâce à de petits et gros mensonges, de petites et grandes concessions. Avec la complicité de ses deux enfants, Babeth, la mère résolument athée, échafaude de savants subterfuges pour réfréner les sautes d’humeur de son mari, et se ragaillardit en compagnie de ses deux bons amis, Gilles le chevelu et Suzanne la lesbienne.