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Articles taggés avec: D'Hérart-Brocard Christelle

Tout ce qu’elle croit, Anne Lauricella (par Christelle d'Hérart-Brocard)

, le Lundi, 09 Mars 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Buchet-Chastel

Tout ce qu’elle croit, Anne Lauricella, février 2020, 288 pages, 18 € Edition: Buchet-Chastel

 

Qu’elle se dissimule derrière une narration à la troisième personne partiellement déponctuée, qu’elle donne la parole au « je » de l’enfant candide qu’elle n’est plus ou encore qu’elle recoure aux meubles, aux objets, aux choses pour témoigner d’un temps heureux et innocent, une seule et unique voix se dégage de ce récit à fleur d’âme, celle de la femme qui, affreusement, souffre et cherche, sinon à se reconstruire, du moins à contenir le mal qui la ronge et à en saisir le point de bascule. Car c’est bien là, à ce point de non-retour, que se situe toute l’intrigue : qu’a-t-il bien pu se passer et quand ?

La première partie du roman laisse entendre qu’un drame familial a eu lieu entre l’enfance et l’adolescence. Très vite, on comprend que le père, l’idolâtré, a trahi la confiance inconditionnelle de sa fille, a piétiné ses croyances virginales et laminé les fondements nécessaires à son épanouissement. Devenue femme, l’enfant chérie, modèle, promise à un brillant avenir, vit dans le dénuement à tout point de vue. Totalement instable, elle se trouve dans l’incapacité de créer du lien social. Père et mère lui ont tourné le dos.

Les aigles endormis, Danü Danquigny (par Christelle D'Hérart-Brocard)

, le Lundi, 02 Mars 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Les aigles endormis, Danü Danquigny, Gallimard, janvier 2020, 224 pages, 18 € Edition: Gallimard

 

L’histoire se situe en Albanie, à la toute fin du régime communiste, dirigé par Enver Hoxha, puis par son successeur, Ramiz Alia, et s’étend sur les trois décennies qui ont suivi la chute de la dictature et vu s’installer le Parti démocrate. L’auteur prend son temps pour dresser le portrait désastreux d’un pays gangréné par la misère, la peur et la corruption de ceux qui ont su tirer leur épingle du jeu aux lendemains désenchantés du communisme.

Dans la première moitié du roman, les personnages sont campés par des dialogues et des discours dont la teneur semble davantage servir le panorama socio-économique et politique de l’Albanie que révéler leur existence propre, individuelle : ils participent à ou témoignent de certains épisodes historiques majeurs sans qu’aucun d’eux n’acquière une véritable épaisseur romanesque, saillante ou saisissante. La structure temporelle, qui joue sur l’alternance de deux époques éloignées l’une de l’autre d’une vingtaine d’années, permet de porter un regard rétrospectif et critique sur des événements vécus, au préalable, de l’intérieur.

La petite conformiste, Ingrid Seyman (par Christelle d'Hérart- Brocard)

, le Mercredi, 26 Février 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Philippe Rey

La petite conformiste, Ingrid Seyman, Editions : Philippe Rey 22 août 2019, 192 pages, 17 € Edition: Philippe Rey

 

Esther, la narratrice, évoque son enfance, marquée par les fortes contradictions d’une famille bigarrée, où chacun cherche à faire entendre sa voix. Son récit de vie privilégie tantôt l’humour et la tendresse, tantôt la férocité ou la sévérité, selon l’instance d’énonciation prédominante : la petite fille précoce ou l’adulte et son point de vue rétrospectif.

Née à Marseille, de parents soixante-huitards, adeptes du fameux précepte il est interdit d’interdire, la fillette n’a d’autre choix que celui de composer avec la vie débridée qui règne à l’intérieur du cocon familial. Unis par la règle de la nudité dans leur trois-pièces, les individualités coexistent sans trop de heurts, grâce à de petits et gros mensonges, de petites et grandes concessions. Avec la complicité de ses deux enfants, Babeth, la mère résolument athée, échafaude de savants subterfuges pour réfréner les sautes d’humeur de son mari, et se ragaillardit en compagnie de ses deux bons amis, Gilles le chevelu et Suzanne la lesbienne.

Je reste roi de mes chagrins, Philippe Forest (par Christelle d'Hérart-Brocard)

, le Mardi, 22 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Je reste roi de mes chagrins, août 2019, 288 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Philippe Forest Edition: Gallimard

 

 

On a le souvenir de romans dont la structure narrative et/ou typographique mêle plusieurs histoires clairement distinctes et différents genres littéraires. Le phénomène reste rare mais pas inédit. C’est le cas notamment de W ou le souvenir d’enfance, de Georges Perec, et de Mon frère, de Daniel Pennac. On connaît par ailleurs quelques romans dont la principale motivation est la mise en abyme et la métaphore de leur propre création. Citons comme exemple Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino, ou encore Les Faux Monnayeurs d’André Gide. Avec Je reste roi de mes chagrins, Philippe Forest a eu cette incroyable ambition d’associer l’enchevêtrement des genres narratif et théâtral à un jeu très subtil de réflexivité et de rapport d’inclusion, par lequel l’enchâssement de l’œuvre dans l’œuvre devient à la fois enjeu et objet de la narration.

Mangoustan, Rocco Giudice (par Christelle D'Hérart-Brocard)

, le Vendredi, 11 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Allary Editions, Roman

Mangoustan, Rocco Giudice, août 2019, 240 pages, 17,90 € Edition: Allary Editions

 

 

Voici un roman qui laisse dubitatif parce qu’il est à la fois très convenu et étonnant par certains aspects. Il y est question de trois femmes, trois vies domestiques très différentes, trois destins parallèles qui bifurquent et se croisent fortuitement à Hong Kong, alors que l’île va à être balayée par un typhon du nom de « Mangoustan ». La structure narrative est sans surprise : une alternance de chapitres courts développant la vie de chacune des trois héroïnes. L’écriture n’est pas désagréable : une facture simple, un rythme alerte et volontairement désinvolte, puisque de nombreux dialogues, calqués sur la vie quotidienne, ponctuent une narration extradiégétique. On devine assez vite que les trois personnages principaux représentent des archétypes féminins assujettis à leurs relations conjugales. Le combat pour l’émancipation ne tarde pas à pointer son nez.