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Articles taggés avec: D'Hérart-Brocard Christelle

Je reste roi de mes chagrins, Philippe Forest (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 22 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Je reste roi de mes chagrins, août 2019, 288 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Philippe Forest Edition: Gallimard

 

 

On a le souvenir de romans dont la structure narrative et/ou typographique mêle plusieurs histoires clairement distinctes et différents genres littéraires. Le phénomène reste rare mais pas inédit. C’est le cas notamment de W ou le souvenir d’enfance, de Georges Perec, et de Mon frère, de Daniel Pennac. On connaît par ailleurs quelques romans dont la principale motivation est la mise en abyme et la métaphore de leur propre création. Citons comme exemple Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino, ou encore Les Faux Monnayeurs d’André Gide. Avec Je reste roi de mes chagrins, Philippe Forest a eu cette incroyable ambition d’associer l’enchevêtrement des genres narratif et théâtral à un jeu très subtil de réflexivité et de rapport d’inclusion, par lequel l’enchâssement de l’œuvre dans l’œuvre devient à la fois enjeu et objet de la narration.

Mangoustan, Rocco Giudice (par Christelle D'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Vendredi, 11 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Allary Editions, Roman

Mangoustan, Rocco Giudice, août 2019, 240 pages, 17,90 € Edition: Allary Editions

 

 

Voici un roman qui laisse dubitatif parce qu’il est à la fois très convenu et étonnant par certains aspects. Il y est question de trois femmes, trois vies domestiques très différentes, trois destins parallèles qui bifurquent et se croisent fortuitement à Hong Kong, alors que l’île va à être balayée par un typhon du nom de « Mangoustan ». La structure narrative est sans surprise : une alternance de chapitres courts développant la vie de chacune des trois héroïnes. L’écriture n’est pas désagréable : une facture simple, un rythme alerte et volontairement désinvolte, puisque de nombreux dialogues, calqués sur la vie quotidienne, ponctuent une narration extradiégétique. On devine assez vite que les trois personnages principaux représentent des archétypes féminins assujettis à leurs relations conjugales. Le combat pour l’émancipation ne tarde pas à pointer son nez.

L’affaire Benedikt Gröndal, Gudmundur Andri Thorsson (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 01 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Gallimard

L’affaire Benedikt Gröndal, juin 2019, trad. islandais, Eric Boury, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gudmundur Andri Thorsson Edition: Gallimard

 

 

Ólafur Árnason, le narrateur, vieux magistrat au seuil de la retraite, revient sur sa vie passée dans une Islande rude, austère et tourmentée, qu’il a néanmoins choisi de servir. Aussi verra-t-il bon nombre de ses amis et accointances déserter la terre natale pour un ailleurs plus clément, et parmi eux, Anna, son amour de jeunesse. Cette fidélité indéfectible et irrationnelle à l’égard d’une passion platonique fait écho à son inébranlable loyauté envers l’identité islandaise et donne le ton de sa narration : grave, nostalgique et romantique, parfois caustique, voire incisive envers le microcosme universitaire. Cette voix, riche de nuances et de subtilités, est relayée par une écriture poétique et érudite dont la noblesse pourrait en intimider plus d’un. Et pourtant, quel ravissement de s’élever aux confins d’un univers si religieusement docte et extatique, au cœur d’Un tout petit monde (1) islandais :

L’Imprudence, Loo Hui Phang (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 24 Septembre 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman

L’Imprudence, août 2019, 144 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Loo Hui Phang Edition: Actes Sud

 

Dans ce premier roman, Loo Hui Phang affronte courageusement l’épineuse et douloureuse question de l’exil qui se trouve au cœur des préoccupations politiques et sociales actuelles. Son traitement romanesque et distancié (distance inhérente à la fiction et distance temporelle, puisque les événements évoqués eurent lieu durant les guerres d’Indochine) légitime une investigation apolitique, exclusivement centrée sur le chaos identitaire irréversible qui retourne les tripes de celui ou de celle ayant subi le déracinement. Autant dire que ce récit assez court, formellement subtil et aérien, comporte par ailleurs une forte densité émotionnelle, tout en évitant l’écueil des raccourcis psychologisants.

Jeune photographe de 23 ans, la narratrice vit à Paris où elle partage son temps entre sa passion professionnelle et son irrésistible penchant pour les ébats sexuels improvisés et sans lendemain, avec grand nombre de partenaires inconnus. D’où le titre du roman : L’Imprudence, leitmotiv romanesque et véritable substrat héréditaire. Depuis qu’elle a quitté le cocon familial, installé en Normandie, et rejoint la capitale, elle jouit pleinement de sa liberté de jeune femme française émancipée.

Dernier arrêt avant l’automne, René Frégni (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 24 Juin 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Dernier arrêt avant l’automne, mai 2019, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): René Frégni Edition: Gallimard

 

Le titre est romantique et poétique et il tient toutes ses promesses dans le corps du roman : Dernier arrêt avant l’automne n’est pas un long poème mais une narration en prose d’une telle sensualité qu’on pourrait presque en oublier l’intrigue et ne s’en tenir qu’à la forme, un peu comme si l’on déballait religieusement un cadeau enveloppé dans du papier de soie, plus envoûté par l’emballage que par son contenu. Cette sensation de grâce et d’harmonie se manifeste dès les premières lignes et perdure jusqu’au bout du récit :

« Le monastère est pourpre. L’automne a lancé sur le cloître et la maison de l’évêque ses longues draperies de vigne vierge, elles mordent les génoises et retombent en pluie de sang devant les sept fenêtres de chaque étage. Seule la chapelle reste blonde et fière au pied de la colline.