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Mon Frère, Daniel Pennac

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 28 Mai 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Mon Frère, avril 2018, 144 pages, 15 € . Ecrivain(s): Daniel Pennac Edition: Gallimard

 

Structuré par l’alternance de deux textes, typographiquement clairement distincts, l’un étant une fiction et le second renvoyant au travail de la mémoire, le roman de Daniel Pennac fait écho à celui de Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance. Là s’arrêtent les similitudes, puisque ce dernier donne à voir la défaillance de la mémoire et la volatilisation incompréhensible des souvenirs alors que l’autre, motivé par la disparition d’un frère, tente au contraire de réinvestir presque physiquement la présence du disparu. Ce sont plutôt la comparaison et la recherche de parallélismes entre les deux textes enchevêtrés qui s’imposent au lecteur.

Les chapitres pairs, en italiques, reproduisent de façon stricte bien que fragmentaire la nouvelle d’Herman Melville, Bartleby le scribe (traduite par Pierre Leyris). Quant aux chapitres impairs, ils recueillent un récit que l’on devine autobiographique, sans pour autant connaître la vie de l’auteur. Dès l’incipit, ce dernier nous renseigne sur l’omniprésence de l’intertextualité, à savoir son désir de monter au théâtre le Bartleby de Melville et les motifs qui y ont présidé.

La balade des perdus, Thomas Sandoz

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Jeudi, 24 Mai 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Grasset

La balade des perdus, avril 2018, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Thomas Sandoz Edition: Grasset

 

Quatre adolescents handicapés, chaperonnés par une éducatrice quelque peu hystérique, se retrouvent embarqués bien malgré eux dans une aventure rocambolesque, à la recherche de leur Castel, l’institution spécialisée qui les héberge. A travers le regard de Luc, tour à tour sévère et indulgent, le lecteur se familiarise avec cette équipée « boiteuse », et l’accompagne dans un voyage très mouvementé, sur les routes sinueuses des massifs alpins.

La grande originalité de ce roman tient à sa galerie de personnages, pour le moins peu banale dans le paysage romanesque, et à sa manière crue et sans complaisance d’aborder le handicap. Non que le thème de la différence n’ait pas déjà été traité de façon remarquable (pensons seulement aux chefs-d’œuvre que sont Des souris et des hommes et Le Bizarre incident du chien pendant la nuit), mais dans La balade des perdus, Luc, le narrateur, adopte volontairement la posture de l’anti-héros, de l’observateur lucide et objectif de ses propres calamités et de celles de ses camarades d’infortune :

Poste restante à Locmaria, Lorraine Fouchet

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 14 Mai 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Poste restante à Locmaria, avril 2018, 384 pages, 21€ . Ecrivain(s): Lorraine Fouchet Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Chiara vit entre une mère peu chaleureuse, Livia, qu’elle appelle par son prénom, et sa marraine, Viola, qui a toujours cherché à compenser le manque d’affection de la mère pour sa fille. D’ailleurs, Chiara semble plutôt épanouie, tout juste affectée par l’absence de ce père qu’elle n’a pas connu et qu’elle s’est inventé à partir des nombreux portraits, qui, plus de vingt-cinq ans après le drame, hantent encore l’appartement.

Tout bascule le jour où Viola, trahissant le secret de Livia, dévoile à Chiara que son père ne serait pas ce bel Italien, renversé par une Vespa en traversant la Piazza del Popolo, avant sa naissance, mais un marin breton, que sa mère aurait rencontré juste après le décès de son jeune époux. C’est la consternation. Livia, de son côté, ne comprend pas pourquoi sa meilleure amie l’a trahie, mais cette dernière se mure dans le silence. Quant à Chiara, elle décide de tout quitter du jour au lendemain pour se lancer sur les traces de ce père hypothétique, qu’elle espère encore vivant.

Le Ciel est à nous, Luke Allnutt

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 08 Mai 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Roman, Le Cherche-Midi

Le Ciel est à nous, mars 2018, trad. anglais, Anne-Sophie Bigot, 448 pages, 21 € . Ecrivain(s): Luke Allnutt Edition: Le Cherche-Midi

 

Si certains pensent que le bonheur est inaccessible à la prose romanesque et que le roman ne peut fonctionner sans drame, Le Ciel est à nous pourrait constituer un parangon de ce principe littéraire. De bout en bout, le récit est habité par le drame, et les rares moments d’accalmie nous laissent hébétés, incrédules, courbant presque l’échine, prêts à accuser le coup suivant, que nous craignons toujours être le dernier, le fatal.

Pourtant, Rob et Anna sont l’incarnation du couple parfait : beaux, riches et intelligents, ils vivent et travaillent dans les quartiers cossus de Londres. Tout leur réussit, et, pour parfaire leur bonheur, il ne leur manque qu’un enfant. Bien qu’une première tentative échoue (comme un funeste présage), la suivante aboutit. Les voici donc les heureux parents du petit Jack, un jeune garçon épanoui, plein de vie, d’amour, et de candeur. Seulement la vie peut se montrer cruelle, injuste, et parfois même immonde, une vraie saleté. C’est sans doute ce que Rob et Anna ont ressenti le jour où ils ont appris le cancer de leur fils, puis tous les jours qui ont suivi, à compter de la minute où leur a été annoncé le caractère incurable de la maladie.

Vers la beauté, David Foenkinos

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Jeudi, 12 Avril 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Vers la beauté, mars 2018, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): David Foenkinos Edition: Gallimard

 

C’est avec La Délicatesse que David Foenkinos signait son premier grand roman et c’est avec délicatesse justement qu’il nous invite à entrer dans l’univers pourtant tragique de Vers la Beauté.

Camille est une lycéenne un peu particulière, très solitaire et peu encline à partager les activités communément prisées par les adolescentes de son âge. Mais l’on comprend rapidement qu’elle est dotée d’une sensibilité artistique exceptionnelle, qui l’entraîne loin de l’effervescence qui devrait être celle de ses jeunes années. Sa mère, Clara, et son père, plus en retrait, tous deux profondément aimants, l’encouragent dans cette voie, à la fois contemplative et créatrice, puisqu’elle semble être la seule à même de garantir son épanouissement personnel. Et en effet, elle se transforme, se révèle, aussi bien à elle-même qu’à son entourage, à  compter du jour où elle s’initie à la peinture. Et puis survient le drame : deux minutes de violence irréversibles qui font basculer toute sa vie dans la béance de la terreur et du non-dit. Camille s’effondre, se terre dans le silence, s’abîme dans le désir de s’effacer, de disparaître, de ne plus être-au-monde.