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Articles taggés avec: Crahay Delphine

La poésie comme mode d’emploi du monde, Pascale Seys (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 18 Janvier 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Poésie

La poésie comme mode d’emploi du monde, Pascale Seys, Éditions Midis de la Poésie, 2019, 26 pages, 8 €


La poésie comme mode d’emploi du monde est un titre qui m’interpelle. À première vue, il semble exprimer, bien malgré lui, une vision du monde utilitariste, qui instrumentalise tout, y compris la poésie, pour s’en servir et le faire servir, pour l’employer. En somme, une vision qui est aux antipodes de la poésie – ou d’une certaine conception de la poésie. Il rappelle aussi les écrits éponymes, proses arides et indigentes, dont la prolifération manifeste l’état d’assistanat permanent où l’homme semble tombé – à moins qu’il y n’ait toujours été – et l’angoisse de la maîtrise, du contrôle, du mode d’emploi – comme si tout pouvait s’employer, et comme s’il n’y avait qu’une seule manière de faire, de dire, d’être.

La leçon du brin d’herbe, Olivier Bleys (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Jeudi, 14 Janvier 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

La leçon du brin d’herbe, Olivier Bleys, éditions La Salamandre, novembre 2020, 146 pages, 19 €


La leçon du brin d’herbe est un essai qui mêle récit et impressions de voyage, anecdotes et descriptions, réflexions et méditations sur les sujets qui importent l’auteur : la marche comme la façon la plus juste de prendre la mesure et le pouls d’un territoire, d’habiter le monde et soi-même ; un rapport à la nature fait d’humilité, d’admiration et de fascination pour ses étonnantes facultés de récupération, de réparation et d’adaptation, ainsi que d’une curiosité et d’un intérêt très vifs pour ses formes multiples et sa foncière étrangeté. L’ouvrage est composé de courts chapitres qui sont autant d’escapades où l’on suit Olivier Bleys dans ses marches intermittentes, des montagnes de Norvège aux baies de Madagascar.

C’est un livre qui donne à voir et à imaginer, offrant au lecteur sédentaire des voyages et un dépaysement par procuration, sans effort – c’est, je suppose, le principal attrait des littératures de voyage. Cet ouvrage donne aussi à réfléchir, et peut-être à penser. Olivier Bleys y expose les leçons qu’il a prises ou conçues – celle du brin d’herbe et les autres.

La Reine des souris, Camilla Grudova (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mercredi, 06 Janvier 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Roman, La Table Ronde

La Reine des souris, Camilla Grudova, novembre 2020, trad. anglais, Nicolas Richard, 48 pages, 5 € Edition: La Table Ronde


Au début, cela ressemble à une histoire d’amour comme les autres : rencontre à l’université, passion commune – pour le latin –, mariage précipité sans l’accord des parents, entre-soi amoureux… Il ne faut pourtant que quelques pages pour sentir que quelque chose cloche, coince, grince. L’entre-soi est presque un huis clos, tant la narratrice et Peter semblent éloignés du monde ; l’appartement où ils habitent se trouve au-dessus d’une épicerie fermée dont les stocks rancissent et moisissent, comme leur amour ; Peter est sujet à de drôles de manies – notamment celle qui remplit l’appartement de parapluies trouvés dans le cimetière où il travaille… Il faut enfin considérer le ton détaché, presque froid, avec lequel la narratrice raconte, de manière factuelle et distanciée, cet amour, comme une dissonance de plus. S’installe ainsi une atmosphère étrange et morbide, l’air de rien, comme si tout était parfaitement normal.

L’Univers sous mes pieds, Blandine Pluchet (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 07 Décembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits

L’Univers sous mes pieds, Blandine Pluchet, éd. Salamandre, novembre 2020, 147 pages, 19 €


L’Univers sous mes pieds est un récit de marche qui mêle vulgarisation scientifique, méditations et réflexions, descriptions et évocations de la nature, notations autobiographiques. Blandine Pluchet, physicienne de formation, nous y invite à la suivre dans ses promenades, ses songes et ses états d’âme.

Je n’ai pas grand-chose à en dire. Son propos est clair et simple, comme doit l’être celui de tout auteur qui prétend transmettre idées et connaissances au plus grand nombre, mais son style, fluide et assez agréable, n’a rien de notable. Je n’ai pas senti non plus de ton ou de voix singulière, qui traduirait un regard particulier, un point de vue ou une nuance propre, qui aurait du caractère.

La Garçonnière, Mylène Bouchard (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 30 Novembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

La Garçonnière, Mylène Bouchard, éditions La Peuplade, octobre 2020, 232 pages, 19 €


« Mais il n’y a dans le monde que des choses gâchées, au milieu d’une magnificence impossible à saisir », écrit André Dhôtel dans Les Rues dans l’aurore. L’amour impossible que raconte Mylène Bouchard dans ce beau roman en est une – de chose gâchée, de magnificence insaisissable.

Mara et Hubert se rencontrent à Montréal. C’est un coup de foudre, d’un genre particulier : un instant qui révèle et engendre une évidence, une reconnaissance, une nécessité, et qui se situe sur un autre plan que l’amour ou l’amitié entendus dans un sens commun et restreint. Pendant de longues années de fraternité amoureuse, ils vivront côte à côte, complices et intimement liés, d’abord par l’esprit et le cœur, puis par le corps, mais jamais ensemble, chacun restant comme à la lisière de l’amour : entre eux, rien ne s’ouvre qui ne se referme ensuite, et les grands rendez-vous sont manqués. De séparations en retrouvailles, jusqu’à la dernière rupture, leur vie passe – et l’amour, avorté, ne passe pas.